‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 72 sur 224 · II · texte numérisé non relu

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LA RIME. i3(>

ne sais, ea particulier pour le /, si dans les deux cas on faisait sonner celte consonne, ou si on Tétouffait, ou encore si on la faisait entendre à une des deux rimes et non pas à Taulrc. Corneille fait rimer nets ^y^ç, projets ^ ; huit avec bruit (IV, 291, 54); Sabaot/i avec mot (IX, 127, 6); David avec 7'evit *. Étaicnt-ce des rimes faibles ou nulles? Je n'oserais me prononcer. Le problème du reste est d'un intérêt très secondaire, étant donné le petit nombre des cas où on peut le poser. Il n'en est pas de même pour les mots terminés par une s.

Actuellement, lorsque nous lisons à haute voix du Corneille, comme du reste presque tous les grands poètes du xvii* siècle, nous sommes étonnés par le nombre des rimes qui, avec notre prononciation actuelle, nous semblent faibles, comme Pallas et las, c'està-dire celles dans lesquelles nous faisons sentir Vs fmale d'un côté, et non pas de l'autre. Cette difficulté existait-elle pour Corneille et ses contemporains? Trois réponses sont possibles : V même du temps de Corneille, il y aurait eu là une faute contre Toreille, une licence poétique, par laquelle on aurait admis que cette rime, bonne pour l'œil, était suffisante pour Torcille; 2^ ces rimes auraient été exactes, parce qu'on aurait fait siffler Vs de chaque côté; 3** ces rimes seraient au contraire bonnes parce que, dans les deux cas, on éteindrait plus ou moins complètement la sifflante.

La première explication est à rejeter absolument, parce que les singularités de rime qu'il faudrait expliquer de cette façon seraient presque innombrables dans Corneille, tandis qu'on remarque au contraire que les licences poétiques sont extrêmement rares chez lui. C'est surtout au xviii® siècle que fleurit la théorie de la licence poétique, parce que, étant donnée l'ignorance à peu près complète de la grammaire historique et de l'histoire de la prononciation, c'est-à-dire la croyance erronée où l'on est alors que ni la grammaire ni la prononciation n'ont varié depuis le début du xvu' siècle, les poètes et les critiques sont tentés alors de prendre pour une licence poétique une singularité qui était simplement conforme à une orthographe

1. IX, 482, 13. ÉtaiUce une rime aussi désagréable pour Toreille que celle-ci dans une des Ballades par échos de Victor Hugo :

Tenez vos cornets Nets?

2. IX, 185, 20. U est vrai qu'on prononçait Davii. — Cf. Thurot, II, 115.

vieillie dès lors, ou abandonnée depuis, à une prononciation particulière, usitée à la cour, à la ville, ou dans les provinces.

Sans doute, on pourrait faire à mon raisonnement l'objection suivante : pourquoi ne se serait-on pas permis au xvii* siècle, et en très grand nombre, les libertés que des poètes bien plus sévères de notre temps, comme Victor Hugo, ou mieux encore comme les Parnassiens, s'octroient sous le nom de licences poétiques contre la rime? — Mais justement ces taches, très rares du reste chez les écrivains du xix° siècle, et fort désagréables, ne peuvent s'expliquer que comme une faiblesse, dont la seule circonstance atténuante serait les précédents établis par les poètes classiques. Or, sur le point spécial qui nous occupe, la licence poétique, qui ne peut jamais être supportée qu'à titre de singularité, ne serait plus une exception à la règle, mais la règle elle-même, tant les cas en seraient nombreux. Donc, pour les finales en 5, la rime devait être alors sinon riche, du moins suffisante, c'est-à-dire que la prononciation, si elle n'était pas identique pour les rimes en question, devait être tout au moins très rapprochée. Il ne nous reste donc plus qu'à choisir entre les deux autres explications proposées plus haut.

Ces rimes étaient-elles exactes parce qu'on faisait sonner à la fin des deux mots placés à la rime 1'^ finale, ce qui aurait été (chose très fréquente en poésie, où Ton conserve fort longtemps des pratiques tombées en désuétude dans l'usage courant), ce qui aurait été, dis-je, un souvenir de la prononciation antérieure, celle qui avait cours au xvi® siècle *? Cela semble impossible dans un très grand nombre de cas où 1'^ finale n'est pas, dans les deux mots qui riment, précédée par les mômes lettres : par exemple pour les rimes de Arsidas et attentats (VII, 78, 1707); Pallas et états (VI, 597, o07); Phocas et états (V, 229, 1686); Prusias et états (V, 526, 318); Mars avec étendards (X, 186, 5); avec hasards (II, 361, 415); avec regards (X, 277, 352); remparts (VI, 277, 535); Valensaxec violents (V, 84, 1517); avec bouillants {V, 92, 1710); étincelants (V, 71, 1218); Carlos avec mots (V, 427, 207); Colchos ^vQd flots (VI, 285, 694); avec 7nots (VI, 265, 239).

On peut donc conclure avec une certaine vraisemblance que, toutes les fois qu'un nom propre rime avec un de ces noms communs

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