II, 29!. — Cf. Thurot, II
(II, 203); avec estafier (IV, 27); mer avec massacrer (II, 118); avec manger (11,127); avec rocheh (III, 27). Pour la sixième el dernière règle sur les vers léonins, je dois reconnaître qu'il n'y en a pas un très grand nombre chez La Fontaine. Est-ce par déférence pour Malherbe? Je croirais plus volontiers que La Fontaine a senti rinconvénient de cette irrégularité surtout à cause du vers libre. La rime léonine présente en effet tous ses inconvénients dans les vers de mesure inégale, bien plus que dans Talexandrin : elle ajoute aux coupes prévues par le poète des coupes supposées par faudileur. Je ne puis donner de ce genre de faute qu'une liste relativement courte :
Il sera Dieu; même je veux. (I, 266.)
Et nous achèverons
Notre moisson quand nous pourrons. (I, 140.) Louis et le destin me semblent de concert Entraîner TUnivei's. Venons à notre fable *.
Il ne faudrait pas conclure de tout cela que Ija Fontaine a évité de parti pris la rime riche. Il l'admet au contraire très bien à l'occasion. Mais il ne la recherche pas. La rime semble avoir occupé un rang si secondaire dans ses préoccupations poétiques qu'il lui est arrivé une distraction unique : il a oublié une fois la seconde rime, dans la fable 7 du livre VII, et a laissé imprimer le passage fautif dans toutes les éditions qu'il a pu corriger :
Sa grimace déplut : le Monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort celte sévérité,
Et, flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du Prince, et Tantre, et celte odeur, etc. *.
1. 1, 35i. — Cf. Fables, 1. !I, f. 13, v. 7; f. 14, v. 28; f. 15, v. 23; 1. 111, f. 1, v. 51 : I. IV, f. 2, v. 16 sqq.; f. 3, v. 1; f. 19, v. 47; I. V, f. 13, v. 5; f. 20, v. 23 et v. 30; I. VI, f. 3. v. 11 ; 1. VIL f. I, v. 21; f. 3, v. 2; L VIII, f. 9, v. 20, I. IX, f. 10, v. 10: Discours à Mme de la Sablière, v. 19; 1. X, f. 4, v. 33; f. 10, v. 28, 29; 1. Xll, f. 1, Y. 74; f. 2, v. 27; f. 10, v. 17; f. 15, v. 66; f. 23, v. 37.
2. Cf. la noie de rédilion Hachette, II, 131. — Cf. deux rimes masculines différentes de suite : Fables, I. IV, f . 18, v. 9. Il y faudrait joindre une autre distraction si Ragotin était de lui :
Sortez, allez attendre Isabelle ici près^
Courez, et vous, songez à la suivre de près, (IV, 309.) Je citerai pour mémoire, comme singularités, quatre rimes masculines de suite :
Quiconque avec elle naîtra
Sans faute avec elle mourra.
Et jusqu*au bout contredira,
Et 8*n peut encor par delà. (I, 107.)
La correction très ingénieuse, imaginée par Montenault :
Sa grimace déplut : le Monarque irrité L'envoya chez Pluton faire Le dégoûté,
celte correction, dis-je, supprime la faute. Je ne sais s'il ne vaut pas mieux la conserver. Ce n'est qu'une distraction de plus au compte du Bonhomme; et là où Boileau verrait un cas pendable, un crime de lèse-prosodie, je ne trouve qu'une peccadille, et une preuve de plus de l'indifférence de La Fontaine pour la question de la rime.
La Gésiird.
Au contraire, la césure attire toute son attention, naturellement, puisque la plus grande partie de l'harmonie de nos vers en vient. Et naturellement aussi La Fontaine ne se pique pas de suivre les règles de Malherbe, bonnes pour un apprenti poète, non pour un maître qui a fait son chef-d'œuvre, et ne se préoccupe guère de ne jamais séparer le sujet du verbe, lallribut de l'auxiliaire, etc.
Après avoir constaté que la grande majorité des alexandrins est régulièrement coupée à l'hémistiche, j'ajouterai que La Fontaine sait éviter pourtant toute nionotonie, même dans ces vers presque trop réguliers, en coupant les deux hémistiches par des césures placées en différents endroits *.
Un de ses rythmes préférés est l'alexandrin quaternaire, coupé de trois en trois syllabes :
I^ Fontaine a également composé une pièce toute en rimes masculines « à la manière de Neuf-Germain • :
Va chez le Turc et le Sophi,
Muse, et dis de Tir à Calis,
Que malgré la ligue d'Augsbourg,
Monseigneur a pris Philipsbourg, etc. (V, 184.)
Enfin il a composé une épitre monorime en ure (V, 211).
1. Une fois pour toutes, m'appuyant, pour ces coupes, sur le sens, je prie que Ton ait confiance en moi pour la façon dont je place les césures dans mes citations : le sens du contexte ordonne impérieusement les coupes que j'indique, et non celles que l'on pourrait imaginer, à première lecture, sur ces vers isolés. La plupart des exemples sont pris, à dessein, dans les Fables, qui sont le point de perfection de son talent de versificateur.
Qu'un logis, I où lui-même | il n'entrait | qu'en rampant. (II, 486, 49.) Dont l'abord, | dont la voix, | dont le nom | fait rougir. (II, 277, 50.) A celui I du Chasseur | et du Loup | de ma lable. (II, 348, 42 ) J'en aurai, | dit le Loup, | pour un mois, ] pour autant. (II, 350, 40.)
La Fontaine a tiré une fois du mélange de ce rythme et de l'alexandrin de Malherbe un effet très heureux : trois vers coupés seulement à l'hémistiche décrivent la fatigue d'un malheureux, dont la marche devient de plus en plus saccadée, au quatrième vers coupé en quatre parties :
Un pauvre Bûcheron, | tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot j aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, | marchait à pas pesants,
Et tâchait | de gagner | sa chaumine | enfumée. (I, 407.)
On trouve encore, quoique moins fréquemment, des rythmes comme ceux-ci :
4—2—3—3 Mais c'est demain | qu'il faut j tout de bon | écouter. (I, 356, 38.)
Un roitelet j pour vous | est un pesant fardeau. (I, 426, 3.)
3 — 3 - 2 — 4 Le destin | se montra | soigneux | delà pourvoir. (Il, 445, 8.)
Ce qui ajoute encore à la variété de ces rythmes, c'est que les césures n'ont pas toutes la même importance, et que celle du milieu du vers n'est pas toujours la plus sensible :
Elle, Il qui n'était pas | grosse || en tout | comme un œuf. (1, 66, 3.) Dépose I en son giron | ses œufs, || et croit qu'en paix. (1, 454, 33.) Mais j'ai les miens, | la cour, || le peuple || à contenter. (1, 200, 24.)
Je ne crois pas que l'on puisse trouver étrange celte façon de scander les vers de La Fontaine. Les partisans déclarés de l'alexandrin genre Malherbe y trouvent la césure à l'hémistiche, ce qui leur semble capital : ils transigeront facilement sur la question des césures secondaires. Au risque de leur déplaire, il faut aller plus loin, et reconnaître que La Fontaine a employé un nombre considérable d'alexandrins ternaires, c'est-à-dire coupés par deux césures, dont aucune n'est à l'hémistiche, ce que Becq de Fouquières appelle des rythmes du système romantique '.