‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 97 sur 224 · VERS MONOSYLLABIQUES · texte numérisé non relu

VERS MONOSYLLABIQUES

Car loi, Loup, lu le plains, quoiqu'on no Tait rien pris. (I, 137, 14.) Car que faire en un glle, à moins que Ton ne songe. (I, 171, 2.) J'en veux Taire à ma lèle. Il le fit, et fit bien. (I, 204, 80.) Ce que je vous dis là. Ton le dit à bien d'autres. (I, 252, 19.) Je le fais; et je baise un beau sein quand je veux. ([, 272, 14.) 11 prend à tous les mains; il meurt; et les Irois frères. (1, 339, 32.) Ce que je liens, dit-il, est-il en vie ou non? (I, 342, 11.) Qu'il eût du cbaud, du froid, du beau temps, de la bise. (II, 13, 12.) Dans Tombre et dans les fers. — A ces mots il se livre. (Il, 293, 36. ) Mit son lit en plein champ, loin des loits, sous les cieux. (Il, 295, 4b. j Que ne Ta-t-il donc dit? Mais nul d'eux ne l'a su. (II, 297, 78.) Qu'il plait au Sort : c'est là Tun des points de leur loi. (II, 391, 11.) On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire. (II, 429, 34.) Est pris, mis en un sac; et ce qui fut le pire. (III, 4, 8.) Le nôtre, un peu trop vieux pour voir au fond des eaux. (III, 19, 8.) Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que faire. (III, 24, 15.) Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes. (III, 47, 10.) Plus ils sont, plus il coûte; et je ne les tiens bons. (III, 97, 36.) En est-il? dit le Loup. Pour moi je n'en vois guère. (III, 191, 87.) Dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus. (III, 229, 42.) On en vient sur un rien pour les trois quarts du temps. (III, 229, 44.) Je le veux, dit le Loup : il m'est mort un mien frère. (III, 234, 38.) Peu de grands sont nés tels en cet <\ge où nous sommes. (III, 249, 11 .) Car, si je ne suis Dieu, tout au moins je suis roi. (VII, 176, 543.) On ne vous l'a pas dit peut-être au fond d'un bois. (VII, 220, 480.) Que ma bouche en dit moins qu'il n'en est dans mon cœur. (VU, 602, 94. )

La conclusion, c'est que là où La Fontaine semble se rapprocher de Malherbe et se conformer à ses règles sur Tharmonie des vers, il ne fait qu'obéir à son instinct de pocle, ou, si l'on préfère, suivre ce raisonnement : à égalité de valeur intrinsèque, de deux pensées, celle qui est rendue de la façon la plus mélodieuse est supérieure à Taulre, et, en somme, plus poétique. Mais, sitôt que la règle de Malherbe lui semble plus formelle que réelle, lorsqu'elle interdit, par exemple, l'hiatus non parce qu'il est dur, mais parce qu'il présente une rencontre de voyelles, si douce qu'elle soil; lorsqu'elle proscrit le vers monosyllabique, non point parce qu'il est dur, mais parce qu'il se compose de mots d'une syllabe, La Fontaine s'insurge nettement, et ne prend conseil que de son génie.

Nous Talions prouver tout à l'heure

pour la rime.

L EVOL. DU VERS KR.

tlO LA FONTAINE.

I«a Rime.

Naturellement noas n*avoiis même pas à nous demander si La Fonlaine a respecté les minuties du code de Malherbe, les trois premières règles en particulier; si Ton trouve chez lui rimant ensemble le simple et le composé, des mots provenant de la même racine, ou qui ont quelque convenance entre eux. Car nous allons constater les violations les plus flagrantes des deux règles suivantes, les plus importantes, les seules qui présentent un intérêt véritable, une valeur objective '.

Il est bon d'abord de rappeler la protestation très nette de La Fontaine contre la richesse de la rime. Dans la deuxième fable du premier livre, où il se représente discutant avec un critique que Ton peut indifféremment appeler Malherbe ou Boileau, il vient de risquer la rime de priant avec amant :

Je vous arrête à cette rime.

Dira mon censeur à Tiostant; Je ne la tiens pas légitime, Ni d^uoe assez grande vertu :

Hemettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte. Maudit censeur! te tairas-tu?

El le censeur aurait beaucoup à dire sur des rimes comme celles-ci : Repas ci goujats (I, 102); Appas et larqs (11, 17); Economat et achapt (II, 262); Mars et parts (III, 371); An et Abraham (V, i2i); Dan et Amsterdam (V, 96) ;Flouët et étroit (1, 107); Vérité et assuré (I, 114); Nette et entrefaite (I, 169); Forests avec procez (I, 49) ; Circonspect et bec (I, 341) ; Modèle et belle (1, 111) ; Apprests ci frais (I, 57); Bled cl mutilé (I, 330); Aînesse et Grèce (I, 89); Vitesse et serait-ce (1, 171); Jette et arreste{l, 42); Echappées et empruntées {II, 91); Rollet et bouquet (II, 87); Coucher ci Berlinguier (II, 97); Cercueil cl deuil (IV, 18); Chien et Bethléem (V, 65); Net et Cornay{\, 51); Rominagrobis et souris (I, 436); Fils avec petits (I, 90); V entend-il avec outil

1. Toutes les références de ce paragraphe sont faites à Tédition Marty- Laveaux, ({iii reproduit Torthographe de la dernière édition publiée du vivant de La Fontaine : la question de l'orthographe est très importante pour la rime.

{I, 287); Soucie et fantaisie (1, 72); Philosophie et compagnie (II, 202); Mirant et tost (I, 116); Idiots et animaux (I, 289); Nopi et rfone (I, 284); Phantosme et royaume (I, 99); Carrosses avec nopces (I, 129); L'o5/ et Renaud (II, 193); Factotum et soupçon (II, 149); Gro.ç et 6roc5 (IV, 92); /?67?05 et Fûtwj: (V, 34).

Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer très fréquemment des rimes de Chartres dans La Fontaine *. Notre poète fait rimer :

Déçeuë BLYec issue (IV, 22); Deus avec plus (I, 221); Écheùt avec fust (I, 122) ; Gageure avec avanture (II, 102) ; Seur avec dur (1, 112); veu avec retenu (I, 46).

Faibles pour Tœil , ces rimes sont au contraire relativement exactes pour Toreille. II ne faudrait pas en conclure que La Fontaine se préoccupe de satisfaire pleinement un auditeur. Sans doute, c'est quelquefois l'ignorance de la prononciation du xvii" siècle qui nous fait concevoir des doutes sur la valeur de certaines rimes. Ainsi Adam rime exactement avec Cam, d'après les grammairiens de la fin du xvi" siècle et du commencement du xvii**. Examen peut rimer fort bien avec hymen, parce que les uns prononcent examène et hymène, les autres hymin, examin '.

Mais très souvent, nous constatons que La Fontaine se contente d'une assonance assez vague : il mettra à la rime :

Dieu sait et hicjacet (IV, 333); net avec baudet (I, 188); avec met (I, 249); avec cabinet (III, 298); Monsieur avec flatteur (I, 40); avec rieur (I, 217); avec honneur*.

Je ne sais s'il n'est pas plus irrégulier encore de faire rimer ensemble des longues et des brèves. La Fontaine ne s'en fait pas faute, lui qui met :

Parnasse avec grâce (I, 220); Saule avec école (I, 58); Parole avec rôle (I, 142); Sau$se avec endosse (V, 52).

Il faut ajouter à cette liste des infractions aux règles de Malherbe quelques rimes normandes assez rares :

L'air rime avec enfermer (IV, 341); cher avec chercher (I, 145); avec consumer (II, 213); avec rocher {l\, 199); avec toucher (V, 102); fiers avec volontiers (I, 112); avec humilier

Page 1