Ed. M.-L
Au coiilraiie, par dérogation à l'usage général, il ndmel Jouer comme monosyllabe :
Hé bien, me plains-je à lort?Me joi/es-lu pas, Amour? (VIII, 360, 36.)
Il en est de même pour le cas, très rare du reste, où il ne compte pas IV muel à la fin d'un mot, devant une consonne :
Ce partisan, c'est la ra/Z^c-Cornay. (l\, [22, 26.)
Vallée ne compte là que pour deux syllabes. Compagnie n'est que trissyllabe dans un vers de dix pieds (V, 309, 67). Enfin La Fontaine ne craint pas de mettre dans un alexandrin :
Bon! jurer? Ce serment vous /ie-t-il davantage? (V, 263, 272.)
Même liberté pour le compte des diphtongues. 11 n'est conséquent avec lui-même que quand une voyelle est précédée d'un ou. 11 fait alors régulièrement la diérèse ; par exemple , dans ouailles (V, 302, 8); Jouirai (I, 275, 43); Louis (VII, kOl, 82). Dans tous les autres cas il a deux poids et deux mesures. S'il fait la synérèse pour estropiai (VII, 362, 977); sanglier (I, 188, li, etc.); hier (VII, 79, 1195); il fait la diérèse pour rosier :
Cueillir du rosier : prenez garde aux épines '.
S'il comble piol pour deux syllabes (VII, 313, Zi23), il fait la synérèse pour dussions :
Que nous dussions tous suivre en esclaves ces princes. (VII, 611, 268.)
S'il admet druide comme trissyllabe (V, 3/i3, 29), il met dans un vers de sept syllabes :
Ruinera ville et pacage. (VIII, 435, 56.)
Sans doute l'on pourrait dire que dans ces différentes contradictions La Fontaine suit l'usage, qui n'observe aucune règle logique en matière de prononciation. Il est un cas pourtant où cette explication ne vaudrait plus : il arrive à La Fontaine de donner deux quantités au même son. C'est ainsi que pour le mot poêle il le compte tantôt pour deux et tantôt pour trois syllabes, prenant au
1. VII, oTl, 134. Si tant est que Je vous prendisms vert soit de La Fontaine. Cf. Notice biograpliique, I, cxlv.
gré de ses convenances tantôt la prononciation courante, et tantôt la prononciation conventionnelle des poètes * :
Même précaution nuisit au poète Eschyle. (II, 294, 4'*.)
Poètes picards, et poètes de Ctianipagne. (IX, 151, 48.)
Je vous dirai : Dormez, Poètes picards. (IX, 152, 62.)
De Votre Altesse humble servant et Poète. (IX, 211, 29.)
Dès que le Poète lui verra. (IX, 457.)
Le Poète avait l'air d'un rendu. (IX, 206, 14.)
Non, mais l'art des Poètes n'est rien. (IX, 457.)
Le Poète autrefois n'en dut guère. (II, 386, 18.)
Ne sont en l'ouvrage du Poète. (III, 233, 15.)
Les cas où le mot compte comme trissyllabe sont plus rares :
Le Poète d'abord parla de son héros. (I, 99, 14.) La vengeance due au Poète -.
On le voit : La Fontaine viole manifestement la seule règle objective que Malherbe ait pu tlxer pour la quantité. L'affranchissement commence, et continue pour des questions plus importantes.
Hiatus. — Cacophonie. — Vers monosyllabiques.
La Fontaine ne fait certainement pas d'hiatus pour le plaisir de contrecarrer Malherbe. 11 les évite même, lorsqu'il le peut facilement :
Ce que je vous dis là, /'on le dit à bien d'autres. (I, 252, 19.)
Pourtant Théodore de Banville pense que nous avons perdu, à l'interdiction de l'hiatus, un trésor de nuances harmonieuses, comme celles du xv^ et du xvi'' siècle, ou encore comme « les effets charmants que le révolté La Fontaine a parfois obtenus » à l'aide de ce