L EVOL. DU VERS FR
La Rime.
Naturellement nous n'avons même pas à nous demander si La Fontaine a respecté les minuties du code de Malherbe, les trois premières règles en particulier; si l'on trouve chez lui rimant ensemble le simple et le composé, des mots provenant de la même racine, ou qui ont quelque convenance entre eux. Car nous allons constater les violations les plus flagrantes des deux règles suivantes, les plus importantes, les seules qui présentent un intérêt véritable, une valeur objective '.
11 est bon d'abord de rappeler la protestation très nette de La Fontaine contre la richesse de la rime. Dans la deuxième fable du premier livre, où il se représente discutant avec un critique que l'on peut indifféremment appeler Malherbe ou Boileau, il vient de risquer la rime àa priant avec amant :
Je vous arrête à cette rime.
Dira mon censeur à l'instant; Je ne la tiens pas légitime, >"i d'une assez grande vertu :
Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte. Maudit censeur! te tairas-tu?
Et le censeur aurait beaucoup à dire sur des rimes comme celles-ci : Repas Qi goujats (I, 102); Appas et larqs (II, 17); Economat et achapt [il, 262); Mars ei parts (III, 371); An et Abraham (V, 121); Dan et Amsterdam (V, 96); Floiiët et étroit (I, 107); Vérité et assuré (I, ll/i); Nette et entrefaite (I, 169); Forests avec procez (I, /i9); Circonspect Qi bec{l, 3/il); Modèle el bette {l, 111); Apprests et frais (1,57); Bled et inutile (I, 330); Aînesse et Grèce (I, 89); Vitesse et serait-ce (1, 171); Jette et ar?'este{l, Zi2); Echappées et empruntées (II, 91); Rollet et bouquet (II, 87); Coucher et Berlinguier (II, 97); Cercueil et deuil (IV, 18); Chien et Bethléem (V, 65); Net et Cornay (V, 51); Rominagrobis et souris (I, 436); Fils divez petits (I, 90); L'entend-il avec outil
1. Toutes les références de ce paragraphe sont faites à l'édition Marty- Laveaux, qui reproduit l'orthographe de la dernière édition publiée du vivant de La Fontaine : la question de l'orthographe est très importante pour la rime.
(I, 287); Soucie et fantaisie (I, 72); Philosophie et compagnie (II, 202); Mirant ^i tost (I, 116); Idiots et animaux (1, 289); iVo/i et donc (l, 28/i); Phantosme et royaume (1, 99); Carrosses avec nopces (1, 129); L'o-ç/ et Renaud (II, 193); Factotum et soupçon {II, l/i9); Gmç et ôroc? (IV, 92); /?^/)o.ç et Fa^^r (V, 34).
II ne faut donc pas s'étonner de rencontrer très fréquemment des rimes de Chartres dans La Fontaine \ Notre poète fait rimer :
Déçeuë aixec issue (IV, 22); Deus avec plus (I, 221); Écheût di\ec fust{\, 122); Gageure a\ecava?iture{U, 102); Seur avec «fwr (1,112); veu avec retenu {Ij !iQ).
Faibles pour l'œil , ces rimes sont au contraire relativement exactes pour l'oreille. 11 ne faudrait pas en conclure que La Fontaine se préoccupe de satisfaire pleinement un auditeur. Sans doute, c'est quelquefois l'ignorance de la prononciation du xvii^ siècle qui nous fait concevoir des doutes sur la valeur de certaines rimes. Ainsi Adam rime exactement avec Cam, d'après les grammairiens de la fin du xvi^ siècle et du commencement du xvII''^ Examen peut rimer fort bien avec hymen, parce que les uns prononcent examène et hymè?ie, les autres hymin, examin \
Mais très souvent, nous constatons que La Fontaine se contente d'une assonance assez vague : il mettra à la rime :
Dieu sait et hicjacet (IV, 333); net ^\qq, baudet (I, 188); avec met (I, 2/i9); avec cabinet (III, 298); Monsieur avec flatteur (1, 40); avec rieur (1, 217); avec honneur \
Je ne sais s'il n'est pas plus irrégulier encore de faire rimer ensemble des longues et des brèves. La Fontaine ne s'en fait pas faute, lui qui met :
Par?iasse avec grâce (1, 220); Saule avec école (1, 58); Parole avec rôle (I, 142); Sausse avec endosse (V, 52).
Il faut ajouter à cette liste des infractions aux règles de Malherbe quelques rimes normandes assez rares :
L'air rime avec enfermer (IV, 3/(1); cher avec chercher (I, 145); avec consumer (II, 213); avec rocher (IV, 199); avec toucher (V, 102); fiers avec volontiers (I, 112); avec humilier