‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 130 sur 247 · III, 209, 10, note · texte numérisé non relu

III, 209, 10, note

Gens de cour, gens de ville, et sacrificateurs,

Et docteurs. (V, 583, .Ï6.) Je l'obtiendrai du sort, ou je Jure vos yeux

Que les cieux, etc. (VII, 241, 82o.) Je le vois bien, cruelle. Adieu : qu'Acis évite

Mon courroux. (VII, 266, 208.) Car d'autres geas m'ont dit qu'ils avaient admiré

Ce degré. (IX, 266.) J'eusse ainsi raisonné, si le ciel m'eût fait ange

Ou Thiange. (IX, 176, 8.)

Dans une pièce adressée à Mme de Thiange, on ne voit pas du tout poiH'quoi La Fontaine aurait voulu « escamoter » sa correspondante. Enfin, on ne pourrait trouver de meilleur exemple que ce dernier-ci, pour prouver que La Fontaine n'avait probablement aucune intention en écrivant le fameux vers tant admiré à la suite de Chamfort : dans l'opéra de Galatée, Clymène dit à la Nymphe, qui aime le berger Acis :

Quand on est de ce rang, l'on doit encourager Son berger. (VII, 259, 109.)

Du reste, comme nous l'avons déjà vu pour l'exemple tiré de la fable des Chèvres, exemple qui faisait l'admiration de Nodier, en admettant cette critique admirative, et surtout très conjecturale, les vers de deux pieds devraient être beaucoup plus propres que les Irissyllabes à « escamoter » quelque chose ou quelqu'un. Or, pour deux que l'on pourrait citer, où le mètre semble bien rendre cette impression, « quelque chose a disparu », combien n'éveillent aucune autre idée que cette constatation très prosaïque : ce vers ne compte que deux syllabes. Voici d'abord les deux passages où il semble que le mètre soit adéquat à l'idée :

C'est promettre beaucoup; mais qu'en sort-il souvent?

Du Vent. (I, 398, 13.) L'homme au trésor arrive, et trouve son argent

Absent. (II, 437, 20.)

Soit. Mais fort souvent, et le plus souvent, il n'y a aucun effet perceptible :

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle Que celle De cette paix. (I, 176, 17.)

Au pied de ce château, dès la petite pointe

Du jour. (IV, 424,423.) Déesse des appas, écoutez les soucis

D'Acis. (VII, 2o6, o3.) D'Howart tout rornement, avec le beau berger

Verger. (IX, 383.)

Enfin, quel effet d'harmonie « imitative » pourrait-on découvrir dans ce tout petit vers qui contient comme l'ironique résumé de la morale stoïcienne : abstine et siistine?

Que doit faire un mari quand on aime sa femme"? Rien. (V, 114, 164.)

Je crois avoir suffisamment démontré qu'il ne faut pas faire entrer les effets d'harmonie imitative dans le compte des avantages et des inconvénients du vers libre. 11 reste à établir le bilan exact des qualités et des défauts de ce procédé.

Quoique le vers de La Fontaine paraisse avoir été écrit plutôt pour les yeux que pour l'oreille, il faut pourtant admettre que, comme tous les autres poètes, notre auteur s'est toujours adressé à un auditeur idéal, ou, si l'on préfère, à ce lecteur exercé qui n'a pas besoin de déclamer à haute voix, pour entendre chanter à son oreille le vers qu'il lit simplement des yeux. On peut, je pense, étudier un instant sa métrique au point de vue de l'audition. En ce cas, il faut remarquer que les rimes léonines présentent dans le vers libre un inconvénient tout particulier.

Elles produisent dans les vers du poète des coupes imprévues. Prenons le passage suivant :

Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :

Vous m'entendez, je vous entends;

Il suffit. Et quant aux merveilles Dont votre divin chant vient frapper les oreilles, etc. (III, 128, 48.)

Ne pourrait-on pas entendre aussi bien ceci :

Il suffit. Et quant aux merveilles Dont votre divin chant Vient frapper les oreilles, etc.

De même pour ces vers :

Mais d'où vient qu'au Renard Ésope accorde un point.

C'est d'exceller en tours pleins de matoiscrie?

J'en cherche la raison, et ne la trouve point.

Quand le Loup a besoin de défendre sa vie, etc. (lit, 133. i.)

La rime léonine coupe ce dernier alexandrin en deux vers de six pieds :

Quand le Loup a besoin De défendre sa vie ' .

Le meilleur exemple que l'on puisse donner de ces interversions du rythme produites par la rime léonine se trouve dans la fable du Vieillard et des trois jeunes hommes :

Il ne convient pas à vous-mêmes,

Repartit le Vieillard. Tout établissement

Vient tard, et dure peu. La main des Parques blêmes

De vos jours et des miens se joue également.

Nos termes sont pareils par leur courte durée.

Qui de nous des clartés de la voûte azurée

Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment, etc. (III, 156, 13.)

Ne pourrait-on pas découper très naturellement dans le texte de La Fontaine les vers suivants :

Il ne convient pas à vous-mêmes.

Repartit le Vieillard,

Tout établissement vient tard, Et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également, etc.

Pour éviter cet unique mais incontestable inconvénient du vers libre, à savoir la disparition assez fréquente de la lîn du vers pour l'oreille, La Fontaine ne se rejette pas sur l'enrichissement, mais sur la répétition de la rime : c'est ainsi qu'il reprend plusieurs fois les mêmes assonances, féminines ou masculines :

Maître Corbeau, sur un arbre perché,

Tenait en son bec un ïromage.

Maître Renard, par Todeur alléché.

Lui tint à peu près ce langage :

Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau.

Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumag-e, etc. (I, 62.) L'Athlète avait promis d"en payer un talent;

Mais quand il le vit, le calant N'en donna que le tiers; et dit fort franchement Que Castor et Pollux acquittassent le reste. '< Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant (I, 100.)

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