‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 15 sur 247 · Histoire de l'Académie, éd. Livet · texte numérisé non relu

Histoire de l'Académie, éd. Livet

2. Bouhours, la Manière de bien penser dans les ouvrages de l'esprit, premier dialogue, p. 35 de l'éd. de MDCLXXXVII.

Quand il parle en son nom, Bouhours n'est pas moins sévère : tout en reconnaissant à Malherbe du sens et de la netteté, il prétend que, semblable au bon Homère, notre poète s'endort quelquefois, et que, dans cette somnolence littéraire, il ne laisse échapper que du galimatias. Bouhours prend un exemple dans une des meilleures odes, une des plus travaillées, celle qui est adressée à Bellegarde, grand écuyer de France :

C'est aux magnanimes exemples

Qui sous la bannière de Mars

Sont faits au milieu des hasards,

Qu'il appartient d"avoir des temples;

Et c'est avecque ces couleurs

Que l'histoire de nos malheurs

Marquera si bien ta mémoire.... (I, 113-114.)

Bouhours remarque, non sans justesse, qu'il n'appartient pas à des exemples d'avoir des temples, même quand ils sont faits au milieu des hasards, et que l'on ne comprend guère ce que sont ces couleurs qui servent à marquer une mémoire. On serait tenté, après avoir lu la remarque de Bouhours, de dire, comme un des interlocuteurs du dialogue : à la vérité cela n'est pas net, et je n'y avais pas pris garde \

En appliquant à Malherbe le système de son Commentaire sur Desportes, on trouve en effet, quoique en très petit nombre, toutes les fautes qu'il reproche à son prédécesseur.

C'est un très mauvais synonyme que d'appeler le soleil une planète claire et belle (I, 78, v. 81).

11 y a une phrase numérale très fâcheuse dans ce vers :

Et de celte prison de cent chaînes fermée ^.

Peut-être, dirons-nous après Malherbe, n'y en avait-il que quatrevingt-dix-neuf?

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