‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 163 sur 247 · Cf. Jeunes et vieilles barbes, de M. Theuriet · texte numérisé non relu

Cf. Jeunes et vieilles barbes, de M. Theuriet

4. C'est déjà ce que disait Ménage : <• La prose de Molière vaut beaucoup mieux que ses vers. » (Menagiana, I, 144.)

dit Lamartine \ Et la seule chose étonnante, c'est qu'il ait composé quelques-unes de ses pièces en prose. Il semble que ce soit à Molière que M. Sully Prudhomme a songé lorsque, dans une page superbe, il a montré que la poésie est par excellence le langage des âmes nobles, et convient seule pour exprimer certains états d'âme supérieurs à la vulgarité où à la platitude : « La versification est, d'une part, très favorable à cette expression en ce qu'elle est la forme littéraire la plus musicale que puisse affecter le langage ; mais, d'autre part, comme elle n'est pas spontanée, elle entre en conflit avec la phonétique normale, qui s'offre la première à l'écrivain; elle a donc une tendance à fausser le style. On le constate aisément dans les vers composés sans aptitude ni expérience par des prosateurs excellents du reste; leur style y est devenu étonnamment plat. Il faut un don natif, développé par un long exercice, pour s'exprimer en vers avec la même fidélité à sa pensée, avec le même air d'aisance qu'en prose. Ce qui rend la médiocrité plus odieuse dans la première de ces formes littéraires que dans la seconde, c'est que le style y perd jusqu'à la sincérité. Dans le langage des vers la maladresse fait mentir. Tandis que, en prose, la pensée moule elle-même sa forme, elle la reçoit du vers mesurée d'avance; c'est à elle à s'y ajuster. Quand elle n'y réussit pas, elle est gênée, et, par suite, aliène son caractère propre, ne semble plus ni originale ni distinguée. On devine tout de suite qu'elle a endossé un habit qui n'était pas fait pour elle. Souvent, dans l'espoir d'éviter cet inconvénient, elle préfère se travestir, surprendre, éblouir par le clinquant. Pour la pensée du vrai poète, le' vers n'est ni une camisole de force, ni un costume; il est le vêtement qui lui sied, un manteau royal qu'il faut savoir draper, et que la roture intellectuelle et morale ne portera jamais bien ". »

Ce n'est pas que chez Molière ce manteau royal ne fasse quelques plis. Nous avons déjà vu, dans le cours de cette étude, que le poète introduit, rarement sans doute, mais trop souvent encore, des chevilles qui alourdissent son vers; que des inversions quelquefois malheureuses embrouillent sa pensée. Nous n'avons plus à revenir sur ces questions, mais nous avons à signaler encore trois faiblesses, l'une contre l'har-

1. « On peut être proverbial chez nous, sans être poétique. C'est le don de Boileau, de Molière, de Voltaire, les plus spirituels des écrivains en vers, mais les moins véritablement poètes. » (Cours familier, III, 28 7.)

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