‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 17 sur 247 · I, 213, 214; cf., dans les Larmes de Saint-Piei're · texte numérisé non relu

I, 213, 214; cf., dans les Larmes de Saint-Piei're

L'Aurore, d'une main, en sortant de ses portes, Tient un vase de fleurs languissantes et mortes, Elle verse de l'autre une cruche de pleurs. (I, 1", 363.)

« Quoique l'Aurore soit une grande pleureuse, je ne crois pas qu'on puisse lui faire répandre des larmes dans sa cruche, pour les répandre ensuite sur la terre, si ce n'est en vers burlesques, où les plus grandes extravagances passent aujourd'hui pour les plus grandes beautés ». Ménage, p. 236,

'^. 1, 112. Il est inutile d'insister sur cette question désagréable, surtout après Clievreau dont l'étude sur ces détails est très complète, I, p. 278, 280, 368-369, 400-410. Ménage, dont l'habileté à découvrir des équivoques obscènes dépasse quelquefois toute imagination (p. 303, .ï78-o79), dit fort justement, à propos d'un vers de l'ode pour la Reine pendant sa régence ^I, 209, 3) : « Il faut avoir l'imagination étrangement gâtée pour trouver dans les auteurs de semblables ordures » (p. 381.)

faut lui appliquer bien plutôt la méthode dont il se servait pour son propre compte au témoignage de l'abbé Du Bos : comme Molière, c'était à sa servante, à sa cuisinière, qu'il lisait ses œuvres, pour voir si ses vers prenaient, comme on disait alors au théâtre'. Malherbe comprenait donc, quand il s'agissait de lui-même, qu'un vrai poète songe bien un peu aux critiques en écrivant, mais qu'il s'adresse surtout au grand public. Or la foule ne regarde pas les œuvres au microscope, pour y découvrir des tares invisibles à l'œil nu. Ce qu'il faut de plus remarquer, c'est combien ces fautes si vénielles sont rares chez Malherbe. Leur gravité est encore diminuée par ce fait qu'on ne les trouve guère que dans les pièces de jeunesse, désavouées par l'auteur, ou au contraire dans celles de la fin, qu'il n'avait pas pu corriger, qu'il aurait publiées lui-même seulement après ce minutieux travail de ratures et de corrections dont il s'est acquitté pour toutes les œuvres de sa maturité, travail qui lui a permis d'atteindre, malgré Minerve, à la perfection, grâce à cet amour pour la précision que nous avons étudié jusqu'ici.

La recherche de l'exactitude grammaticale, de la vérité dans les mots et dans les tours, le respect religieux de la langue, lui ont permis d'arriver jusqu'à la beauté sobre, au goût attique. On le voit, par une lente élaboration, faire sortir d'une gangue rugueuse et noirâtre une perle fine, au clair orient. Ces fautes de goût qu'il appelle des oisonneries, chez Desportes, disparaissent, grâce au labeur patient de sa lime, des premières fontes de sa pensée. Ce n'est pas seulement la Cour qu'il dégasconne, ou plutôt qu'il « désilalianise - », c'est encore et surtout la poésie en général, et la sienne en particulier. Ce n'est que dans les Larmes de saint Pierre, poème imité du Tansille, qu'on retrouve les oisonneries critiquées chez son prédécesseur. Encore Malherbe a-t-il une double excuse : il est fort jeune, n'ayant que trente-deux ans; et de plus il désavoue ce péché de jeunesse ^ Pour les pièces de la maturité, qu'il reconnaît comme siennes, nous pouvons, sinon par les manuscrits, du moins par les éditions successives, découvrir ses secrets de fabrication, ses procédés pour l'épuration de sa pensée et de sa forme.

1. Abbé Du Bos, Réflexions critiques sur la poe'sie et sur la peinture, 6° édition, nSb, t. H, p. 350. Cf. BoLihours, Entretiens cVEurfene et rfMmfe,!^ entretien, p. 270.

2. Si j'ose m'exprimer ainsi d'après Malherbe, d'après Balzac aussi qui parle de ceux qui « italianisaient en français » {Socrate chrétien, p. 194).

Page 1