Histoire du Romantisme, Charpentier. 1884 (p
:]. 11 n'admet pas que Boileau termine un vers par un monosyllabe : • On ne peut... approuver ce vers de Boileau :
Que me sert en effet d'un admirateur fade.
Les vers français qui se terminent par un monosyllabe devraient le faire
pari un petil nombre rrcxcoptions. Même la lime A'iiJiot avec Amyot. <lont Boileau étail assez lier ', n'a rien de remarquable.
La deuxième satire, dans laiiuelle le poète s'est appliqué, d'après Brossetle, à réconcilier la rime et la raison, « en n'employant dans celle pièce que des rimes extrêmement exactes », renferme un très grand nombre de faiblesses, de pauvretés de rime. On trouve rimant ensemble des verbes à l'infinitif, comme chercher et broncher, des adjectifs comme insipide et vicie; la consonne d'appui y manque fréquemment : défaut rime avec Quinaiit, à la grande indignation des néo-romantiipies ^ Cela n'est pas du reste pour nous déplaire, le fétichisme de la consonne d'appui n'étant (pi'une théorie fantaisiste, et les vrais poètes, même parmi les modernes et les plus récents, ne s'en souciant en aucune façon.
La seule recherche que l'on puisse souligner chez Boileau, c'est la tendance à évitei- certains petits défauts critiqués par Malherbe. C'est ainsi que les rimes normandes, comme ailiers et fiers, sont inOniment rares %• que la liste complète des vers léonins de Despréaux serait bien vite faite '\ Sauf ces vétilles, Boileau a le mérite
précéder d'une syllabe niuellc ou d'un autre monosyllabe dont la liaison étroite avec le mot précédent ne déplace point son accent. » (P. 131, note 2.)
1. É. VII, 90. " M. Despréaux citait quelquefois les rimes d'Idiot et A'Amyol dans ces deux vers, comme des rimes riches et extraordinaires. » (Brossetle.)
2. « Certes entre Boileau et la Rime c'était une guerre à mort, car, en lui dictant des mots qui exprimaient le contraire de sa pensée, l'implacable Déesse avait encore soin que ces mots ne rimassent pas entre eux! Car si le mot Quinaut exprimait mal la pensée de Boileau, il était bien malheureux pour lui qu'il en fût réduit à le faire rimer avec défaiil, puisqu'il manque à cette rime la coNSOiNXE d'appui, et que pour rimer convenablement avec défaut, il aurait fallu écrire non pas Quinaiit, mais Qiiifuul.... Sans consonne d'appui, pas de poésie; le poète consentirait plutôt à perdre en route un de ses bras ou une de ses jambes qu'à marcher sans la consonne d'appui; mais Boileau n'avait ni à la retenir, ni à se séparer d'elle, il ne la rencontre jamais que par hasard, et cet érudit, ce latiniste excellent, ce critique fin et sagace dont on relira toujours les lettres, ce sévère ami ([ue Molière et Racine avaient raison d'écouter religieusement, mourut sans s'être douté que pour rimer exactement avec fif/ure il aurait fallu écrire non pas Vabbé de Pure, mais Vabbé deGure. » (Th. de Banville, Petit Traité, p. o6-57.) Banville du reste n'est pas l'inventeur de cette théorie : en 1837, elle est déjà exposée par Dupaty : « Oui, inon cher monsieur de Banville, M. Dupaty a vanté et inventé avant vous la consonne d'appui. » (Legouvé, Soixante Ans de souvenirs, V'' partie, p. 157.)