Coios familier, IIF
tempAte ». Puis reportez-vous l)rusquement à la Satire des Embarras de Paris :
Tandis que dans les airs mille cloches émues D'un funèbre concert font retentir les nues, Et se mêlant au bruit de la grêle et des vents, Pour honorer les morts, font mourir les vivants.
Prenez même les deux plus jolis vers de Boileau , au début du chant IV du Lutrin,
Les cloches dans les airs de leurs voix argentines Appelaient à grand bruit les Chantres à Matines,
et dites si jamais pareil contraste a frappé votre esprit, s'il n'y a pas autant de différence entre ces deux inspirations qu'entre un pauvre petit morceau de boîte à musique et la grande phrase à l'unisson de tous les instruments à cordes dans X Africaine '.
Bien entendu, pour juger du mérite de Boileau comme poète lyrique, il est plus équitable de le comparer à ses contemporains ou à ses successeurs immédiats. A ce point de vue, on peut dire que son ode sur la prise de Namur vaut à peu près le Malherbe des jours ordinaires, est presque égale à plus d'une pièce de Jean-Baptiste Rousseau, et se trouve assez supérieure à Le Franc de Pompignan, sauf, bien entendu, une strophe, la fameuse "strophe. L'abbé du Bos ne voit que cette pièce à opposer à toute la poésie latine, pour l'harmonie imitative -.
1. Serait-ce trop forcer la note que d'attribuer à Boileau une certaine part dans une œuvre de V. Hugo, non des meilleures du reste :
Quoi! me prouverez- vous parce discours profane
Que l'Homme, qu'un Docteur est au-dessous d'un Ane?
Oui, d'un Ane : et qu'a-t-il qui nous excite à rire?
Nous nous moquons de lui; mais s'il pouvait un jour,
Docteur, sur nos défauts s'exprimer à son tour....
Ah! Docteur, entre nous, que ne dirait-il pas? (S. VIII, 275.)
Il le dit, copieusement, dans le poème que V. Hugo lui a consacré : <■ Devant le pédant, il a dressé l'àne qui le coiffe de son bonnet. Satire admirable, encadrée dans un poème éblouissant. » (P. de Saint-Victor, Victor lluf/o, p. 325.)
2. " Les auteurs latins sont remplis de ces plirases imitatives, qui ont été admirées et citées avec éloge par les écrivains du bon temps.... Il ne me souvient ([ue d'un seul morceau de Poésie Française qui soit de cette espèce, et qu'on puisse opposer en quelque façon à tant d'autres vers que les Latins dé tous les temps ont loués dans les ouvrages des Poètes qui avaient écrit en langue vulgaire. C'est la description d'un assaut qui se trouve dans l'Ode de Despréaux
11 est vrai que celte ode est la grande affaire de toute la vie littéraire de Boileau, et qu'il y travaille avec toute la patience que mérite ce genre, suivant La Fontaine. Dès la campagne de Hollande, Boileau rêve vaguement à ce projet :
Tantôt, dans les ardeurs de ce zèle incommode,
Je songe à mesurer les syllabes d'une ode. (É. VIII, 5.)
Nous sommes en 1675, et l'ode est de 1693. Comme dirait Marot,
Vray est qu'il y songea Assez longtemps.
Quand il trouve enfin l'événement attendu, même tranquillité dans la besogne : la prise de Namur est du 5 juin 1692 : l'année suivante, presque jour pour jour, il écrit à Racine : « J'ai en quelque sorte achevé l'ode sur Namur, à quelques vers près, où je n'ai pas encore attrapé l'expression que je cherche * ». Ainsi elle n'est pas encore tout à fait terminée. Boileau se réserve de ne la finir que sur les conseils de son ami : « Je vous l'envoierai un de ces jours; mais c'est à la charge que vous la tiendrez secrète, et que vous n'en lirez rien à personne que je ne l'aie entièrement corrigée sur vos avis ^ ». Vous devinez à l'avance ce que Boileau demande au plus grand lyrique du xvii" siècle : une idée poétique, une image éclatante, une correction heureuse allégeant le mouvement d'une strophe? Vous n'y êtes pas du tout. Boileau cherche et sollicite des corrections grammaticales : il n'est pas content de quelques répétitions de mots ou d'idées: « Trouvez bon que je vous prie encore ici de ne rien montrer à personne du fragment informe que je vous ai envoyé, et qui est tout plein des négligences d'un ouvrage qui n'est pas encore digéré. Le mot voir y est répété partout jusqu'au dégoût. La stance, Grands défenseurs de l'Espagne, etc., rebat celle qui dit : Approchez, troupes altières, etc. J'ai déjà retouché à tout cela; mais je ne veux point l'achever que je n'aie reçu vos remarques, qui sûrement
sur la prise de Namur. Le Poète y dépeint en phrases imitalives et en vers élégants le soldat qui gravit contre une brèche, et qui veut,
Sur les monceaux de piques,
De corps morts, de rocs, de Lricpies,
S'ouvrir un large chemin.
Réfierions crifir/ues, 1" partie, section 3o, l. 1. p. 341 de l'éd. de 1735.