‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 184 sur 247 · Commentaire · texte numérisé non relu

Commentaire

5. « Pardonnez-moi les ratures que je fais à chaque bout de champ dans mes lettres, qui m'embarrasseraient fort s'il fallait que je les décrivisse. » (A Brossette, p. 30.) — CL une de ces ratures, dans le fac-similé, p. 82. Il corrige une répétition de mots.

l'évol. du vehs kk. 25

Le Lyrisme.

Ce serait un insoutenable paradoxe de ranger Boileau parmi nos vrais lyriques, sous prétexte qu'il a composé péniblement quelques odes. Ses tentatives suflîraient à justifier son dire* : la nature partage les lalents entre les auteurs, et souvent on méconnaît son génie, on s'ignore soi-même lorsque, excellent satirique, un poète sage et pondéré s'imagine qu'il pourra, à force de patience et d'application, fabriquer une pièce conforme à toutes les lois du genre lyrique, el qui soit vraiment une ode. Son erreur est si forte, qu'elle ne constitue pas une simple illusion d'amour-propre personnel, mais un véritable système : au dire de Ménage, Boileau ne peut contester que Chapelain, « quoique poète fort dur, n'ait fait autrefois, je ne sais comment, une assez belle ode - ».

Le xix" siècle, qui est devenu justement difficile, conteste toute aptitude lyrique à notre poète. Lamartine écrit en termes formels • « On ne peut plus dire que le Français n'a pas l'àme lyrique. Mais il est vrai de dire que Boileau ne l'avait pas dans ses odes ; il chantait sans lyre, il brûlait sans feu, il palpitait sans souffle^ ». Rien ne saurait mieux faire mesurer toute la distance qui sépare Boileau du lyrisme romantique, qu'une comparaison entre Victor Hugo et lui sur le même thème; pour égabser un peu les chances, je choisirai mon exemple dans la prose de Victor Hugo : lisez dans le « Paris à vol d'oiseau « de Notre-Dame de Paris la fameuse symphonie des cloches, et ce finale superbe : « Dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries; que cette fournaise de musique; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierre hautes de trois cents pieds; que cette cité qui n'est qu'un orchestre; que cette symphonie qui fait le bruit d'une

1. Cf. Musset, Le mie Prtf/ioni : il y esl qiicslion d'un ouvrage artistique

Très compliqué, Où l'on voit qu'un monsieur très sage S'est appliqué.

2. Mencif/iana, IIF, 73. Et c'est l'ode au cardinal Uichelieu!

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