OEuvres de Racine, VII, 42, 48, 5o
3. M. Duchesne, Histoire des poèmes épiques français du AT//'' siècle, Thorin, 1870, p. 323-329.
Boileaii est plus à son aise quand il s'agit des choses de l'esprit. Sa véritable Muse, c'est la critique littéraire. C'est à elle qu'il doit ses meilleurs vers satiriijues; c'est encore à elle qu'il est redevable, dans l'ode, de son inspiration la plus fraîche. Ses stances à Molière, tout au moins la première et la dernière, ont quelque chose du mouvement lyrique : il semble que sa pensée soit comme soulevée; si elle retombe vite, à la seconde et à la troisième strophe, elle s'élève tout d'abord, et se relève à la fin : elle ne vole pas, si l'on veut, mais elle voltige :
En vain mille jaloux esprits.
Molière, osent avec mépris Censurer ton plus bel ouvrage :
Sa charmante naïveté S'en va pour jamais d'âge en âge Divertir la Postérité.
Laisse gronder tes envieux :
Ils ont beau crier en tous lieux Qu'en vain tu charmes le vulgaire, Que tes vers n'ont rien de plaisant.
Si tu savais un peu moins plaire, Tu ne leur déplairais pas tant.
Ce n'est pas seulement l'esprit de Boileau qui l'inspire ici : son cœur parle dans ces jolis vers : Molière l'a presque toujours bien inspiré. Il y a un peu d'émotion vraie dans l'éloge funèbre qu'il en a fait *. S'il ne comprend pas tout Molière ^, il a du moins le mérita de l'admirer très fort, là où il le trouve bon, et de faire apprécier à son siècle les côtés nobles de ce génie qui s'écarte pourtant si loin de lui et pour la forme et pour le fond : c'est une preuve de sa valeur d'esprit comme critique, et aussi comme poète; une explication de son influence sur son temps, de son autorité sur la pensée française.
Valeur. Influence.
Je crois que c'a été une malechance pour Boileau d'être baptisé, je ne sais par qui, le législateur du Parnasse. Ledit Parnasse, étant
1. Épître VU, v. i9 sqq. Le Grand Condé n'aurait pas accueilli ces vers comme il le fit pour un autre écrivain : « Un poète présentant à .^L le Prince l'épitaphe de .Molière, M. le Prince lui dit : J'aimerais bien mieux que ce fût lui qui m'apportât la vôtre. • (Menagiana, I, 197.)