‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 192 sur 247 · Cf. notammenl le Lutrin, cli. II, v. 123-136, etc · texte numérisé non relu

Cf. notammenl le Lutrin, cli. II, v. 123-136, etc

Me dit que ces bienlails. dont j'ose me vanter.

Par des Vers immortels ont dû se mériter.

C'est là le seul chagrin qui trouble encor mon âme, (E. V, 135.)

Nous voilà bien loin des insomnies de Victor Hugo '.

Tout en Boileau nous étonne, tant il diffère des écrivains modernes. Il n'est pas infatué de son mérite, jusqu'à rester dans la vie de tous les jours drapé dans son talent :

Que les vers ne soient pas votre éternel emploi.

Cultivez vos amis, soyez homme de foi.

C'est peu d'être agréable et charmant dans un Livre;

Il faut encor savoir et converser et vivre. (A. P., IV, 121.)

Cela ne l'empêche pas d'aimer son métier, et d'être en proie, tout comme un autre, à l'obsession de son génie :

C'est en vain qu'aux Poètes Les neuf trompeuses sœurs, dans leurs douces retraites. Promettent du repos sous leurs ombrages frais : Dans ces tranquilles bois pour eux plantés exprés. La Cadence aussitôt, la Rime, la Césure, La riche Expression, la nombreuse Mesure, Sorcières, dont l'amour sait d'abord les charmer, De fatigues sans fin viennent les consumer. (É. XI, v. 69. j

On conçoit maintenant quelle a dû être l'influence de Boileau. Pour la mieux faire comprendre, il est bon de l'étudier à un double point de vue, de voir ce qu'elle a été sur ses contemporains et aussi sur l'opinion publique, sur l'opinion publique d'abord. Je tâcherai de renouveler la question^ en citant autant que possible des témoignages assez peu connus, ou, pour parler pkis congrûment, rarement cités dans les études sur Boileau. En étudiant les hauts et les bas de sa réputation, nous nous rendrons encore mieux compte de sa véritable valeur, partant de ce qu'il peut y avoir de légitime dans son influence.

Au milieu des nuits, s'éveiller! quel mystère!

Songer, sinistre et seul, quand tout dort sur la terre! Quand pas un œil vivant ne veille, pas un feu. Quand les sept chevaux d'or du grand chariot bleu Rentrent à récurie et descendent au pôle, Se sentir dans son lit soudain toucher l'épaule Par quelqu'un d'inconnu qui dit : Allons! c'est moi! Travaillons! — La chair gronde, et demande pouniuoi, etc. {Contemplations y t. I. p. 272.)

Qui a déjà été fort bien traitée par M. Lanson, p. 182 s([q.

On pourrait ('"crire tout un livre sur ce sujet : Les ennemis de Boileau, à plus forte raison sur cet autre poncif: Le bien et le mal qu'on a (lit de Boileau. Mon intention n'est pas, dans une fin de chapitre, d'esquisser ni l'un ni l'autre de ces ouvrages, mais de montrer ce que l'on a pensé de Boileau jusqu'à nos jours, uniquement par grandes époques.

L'année qui suit la publication de l'Art poétique voit Boileau prophète en son pays. En 1675, Mme de Thianges donne au duc du Maine, en guise d'étrennes, une grande chambre dorée : au-dessus de la porte on lit, en grosses lettres, Chambre du Sublime. A l'intérieur on voit un certain nombre de personnages faciles à reconnaître : les figures sont en cire. Au dedans de la balustrade qui, à la mode du temps, coupe la chambre en deux, on voit le duc du Maine, naturellement, puis La Rochefoucauld, Bossuet, Mme de Lafayette et, naturellement aussi, Mme de Thianges. En dehors du balustre, Boileau, armé d'une fourche, empêche sept ou huit méchants poètes de s'avancer. Racine, près de son ami, fait signe à La Fontaine, placé un peu plus loin, d'approcher '. Boileau est là bien à sa place, et en bonne paslure. C'est bien ainsi qu'il doit apparaître aux yeux de son époque.

Au siècle suivant, Boileau maintient ses positions, à l'x^cadémie française. D'Alembert le met sur le même rang que Racine, et même que Voltaire, ce qui est tout dire alors ^ Attendons quelque temps encore : près de cent ans après la « chambre du Sublime », Boileau est bien déchu de sa splendeur passée. Dans le parti de l'opposition à la royauté, on ne veut plus voir en lui que le plat courtisan de Louis XIV ^ Puis Boileau se relève. En mai 1780, Linguet, voulant faire le panégyrique de Dorât qui vient de mourir, ne trouve pas de plus bel éloge que celui-ci : Dorât a su « peindre avec aisance, souvent en vers dignes de Boileau, les objets ou les préceptes dont il s'occupait ^ ». Enfin la baronne d'Obcrkirch, dans ses délicieux

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