‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 21 sur 247 · Gasté, p · texte numérisé non relu

Gasté, p

Enfin pour le son ion^ s'il ne compte damnation que pour trois syllabes dans ce vers de huit pieds :

Pour sa damnation n'encourir (I, 288, 65),

il fait la diérèse dans question et dans tentation :

Toute la questi-on n'est que d'un cimetière. (I, 57, 15.) De l'enfer les tentati-ons. (T, 288, 82.)

Pour l'e muet dans une syllabe finale, Malherbe a fait une fois ce qu'il reproche à Desportes : il a employé soient dans une pièce dont la date est incertaine, mais qui, à coup sûr, par la perfection de tous les autres détails prosodiques, ne peut être rangée ni dans les œuvres du début, ni dans celles de la fin :

So/enHoujours de nectar nos rivières comblées *.

Pour l'e muet, précédé d'une voyelle, à la fin d'un mot et dans le corps du vers, Malherbe est très régulier dans toutes les pièces de sa maturité, celles qu'il avouait, qu'd avait eu le temps de corriger. On ne trouve de bizarreries que dans ses vers du commencement ou de la décadence, soit dans des ébauches, soit encore dans des pièces où il n'était pas libre. Ainsi, dans une chanson composée pour Mme de Rambouillet sur un air donné, Malherbe finit chaque couplet par un vers où l'hémistiche se termine à un e muet non élidé :

En vous seule on trouve qu'il gèle toujours ^.

Serait-ce là une trace de ce que Quicherat appelait la coupe féminine ^? Je le crois. On pourrait même penser que Ve muet doit compter, que le vers est de onze et non de dix pieds, si nous

1. I, 298, 38. Cf. sur une de ces fautes de début, corrigées plus tard, la remarque de M. Régnier, V, lxxxvi, et I, 44, variantes.

2. 1, 248. Il en est de même pour le second vers de chaque couplet, où la césure porte également sur un e muet. Je ne crois pas que M. Régnier, le continuateur de M. Lalanne, ait raison de dire, à propos d'un autre vers de cette clianson : « Il se donne une ancienne licence relative à l'e muet, en faisant une syllabe de l'e de supplie » (V, lxxxvi). Cette théorie a pour elle Ménage : « Malherbe fit cette chanson sur un air qu'on lui avait donné : d'où vient que le dernier vers de chaque couplet est irrégulier, le premier hémistiche étant de six syllabes, dont la dernière est féminine » (p. 510). Il est difficile d'accorder celte façon de scander le vers avec les théories sur la césure épique. Cf. Clair Tisseur, Modestes Observations sur Vart de versifier, p. 48, 67-t38.

3. Traité de versification française, 2° édition, p. 324-330.

n'avions dans les Larmes de saint Pierre, écrites en alexandrins, un exemple analogue :

Quilte-moi, je te prie, je ne veux plus de toi *.

De même dans une ode, ou, pour mieux dire, dans un fragment d'ode, en vers de huit pieds, on trouve un e muet non élidé et non compté :

Las5</ed'un repos de douze ans. (I, 213, 102.)

Dans deux autres cas, Ve muet final n'est pas élidé, et compte; mais il faut remarquer que ces exemples figurent dans des pièces du début :

Le thym, le serpolet, et \d. pourprée û^mt ^ . Anthée dessous lui la poussière mordit ^.

En somme, dans sa pratique, sauf de bien, rares exceptions, antérieures au moment où il se fit ses principes, ou postérieures à l'époque de son talent \ il se conforme aux règles que nous avons tirées du Commentaire. Ce qui est encore plus certain, c'est qu'en réunissant ses théories et sa pratique, on constate déjà une tendance à restreindre pour la quantité les licences et même la liberté de l'ancien vers.

1. I, 9, 132. Il est vrai que, dans l'édilion de 16S9, ce mot est orthographié ainsi :

Quitle-moy, je le pri', je ne veux plus de loi.

Ménage ajoute : « Nos anciens ne faisaient point difficulté de dire je te jm', pour je te prie, je te supplV pour je te supplie. Mais il y a déjà longtemps que celle licence esl bannie de notre poésie » (p. 9 et 241).

2. Gaslé, la Jeunesse de Malherbe (Caen, Delesques, 1890), p. 45.

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