‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 20 sur 247 · Brunot, la Doctrine de Malherbe, p · texte numérisé non relu

Brunot, la Doctrine de Malherbe, p

2. On en pourrait relever bien des cas dans les chansons les plus modernes; pour rester dans le domaine scientifique, je ne citerai que cet exemple, tiré de notre folk-lore :

Nicolas Guillot, marchand d'allumettes,

Qu'a vendu sa femm' pour un' vieill' poir' blette.

{Mélusme, n° du 5 mai 1888, p. 101.) .

3. 1, 217, 206; cf. Thurot, De la prononciatioii française, etc., t. II, p. 341. Cf. dans l'édition de 1723 : croistre comme un fan de lionne, I, 83.

(ju'on en faisait un monosyllabe, ton ou tan, alors comme aujourd'hui '.

Pour \e muet dans le corps d'un mot, Malherbe ne le compte pas lorsqu'il est réellement muet; exemples ces deux vers :

Qui seront près de vous, et crieront à l'entour (I, 3, 18). Marieront ma fortune avecque le bonlieur (I, 3, 24).

La chose nous paraît toule naturelle, notre prononciation étant encore celle de Malherbe. Au contraire nous serions surpris de voir fléau compté comme monosyllabe dans ce vers :

Allez, fléaux de la France, et les pestes du monde (I, 219, 4),

si nous ne savions que jusqu'au commencement du xviii* siècle on prononçait « flô » ^ Dans ce vers,

Des plus riches présents de sa docte poésie ^,

Malherbe, en ne comptant Voé de poésie que pour une syllabe, se conforme encore à l'usage des poètes, et aussi à la prononciation courante de son temps \ Mais alors pourquoi critiquer le même procédé chez Desportes? Il y apis : il lui arrive, rarement il est vrai, de ne se conformer ni à ses propres principes, ni à la pratique de ses contemporains, lorsque, pour la même diphtongue, il fait ou ne fait pas la synérèse.

Ainsi, pour le son iè, il fait la diérèse, une seule fois, à la vérité :

Le prophète laurier y croisse, et le lierre ',

tandis que dans tous les autres cas il ne compte la diphtongue que pour un seul pied :

Que vous ne voudriez pas pour Fempire du monde. (I, 13, '2'6Q.)

Et livriez de si belles clioses. (I, 34, 53.) Non qu'il ne me soit grief que la terre possède. (T, 43, 69.) A peine la quatrième lune. (I, t83, 33.)

1. I, 312, 17; cf. Tliurol, ibid., el Littré, Dictionnaire, article Taon.

2. Thurol, I, 512-513. Cf. I, "4, variante : Il est temps, ô grand dieu, que les fléaux de ton ire.

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