ACTE V, sel
Cher Zacharie, hé bien! que nous apprenez-vous? (III, 687-688.)
« Ce vers n'en a pas d'autre dans l'acte pour rimer avec lui. L'Académie n'en a rien dit; c'est d'Alembert qui a fait une note sur ce sujet. Il a dit : « Le premier vers du cinquième acte rime avec rantépénultième du précédent. Racine a cru pouvoir en user ainsi, parce que le chœur lie les deux actes ensemble, et que Salomith, qui termine le quatrième acte, commence le cinquième. » La Rochefoucauld-Liancourt, Éludes littévaires et morales de Racine (1856), I, 230, note.
prose, excuse lirrégularité du début, mais non celle de la fin, car Racine a oublié, distraction singulière, les deux rimes masculines avant ou après la lettre. Il y a pis. A la grande indignation de Gastil- Blaze, Racine n'hésite pas à mettre à la suite des rimes féminines qui ne se ressemblent pas, dans les strophes de ses chœurs \ En épluchant ainsi les vers de Racine, on finirait bien par y trouver des défaillances ". Mais presque toujours ces critiijues seraient misérables, et prouveraient simplement que n'ayant pas le sens de la poésie, on essaye d'y suppléer par la connaissance de la versification. Or la poésie chez Racine domine la versification . Le poète ne sacrifie pas sa pensée à de vains scrupules de forme. Il n'appartient pas à la Maison Malherbe, Boileau successeur, mais à l'École des grands poètes. Or presque toujours les grands poètes sont de médiocres rimeurs, et Racine ne fait pas exception à la règle. Sans doute la rime est chez lui, comme chez tous nos poètes, l'élément primordial du vers, et ses alexandrins, privés de l'assonance, deviennent aussitôt sourds et muets ^ Pourtant sa rime est rarement riche. Elle est tout au plus suffisante pour l'œil. D'après son fds, Racine, « si sévère sur la rime dans ses tragédies », se serait « donné quelque liberté dans une comédie ^ ». En effet, on trouve dans les Plaideurs :
II nous le fait garder jour et nuit, et de près :
Autrement, serviteur, et mon homme est aux plaids. (II, 148, 42.)
Au contraire, pour la tragédie, nous le voyons corriger quelquefois, dans ses rééditions, les libertés excessives qu'il s'était d'abord données. Il reprend ces deux vers,
La jalouse fierté que son nom m'inspirait M'avait déjà rendu son ennemi secret,
1. « Cette licence damnable, ce défaut insupportable pour une oreille musicienne, Racine l'a reproduit dans les Stances d'Esifier : Rois, chcssez lu calomnie, qu'il destinait à la musique. » {Molière Musicien, 11, 8-9.)
2. Edélesland du Méril lui reproche bien, comme un manquement au principe même de l'art, de mettre à la suite des rimes masculines et féminines sur le même son (p. 127, note 2).
3. C'est ce que fait L. Racine, qui éteint les huit premiers vers de Mithridate, en les mettant en prose : « Ils ne sont vers ni par les inversions, ni par les épithètes, et il semble que ce ne soit que la rime, quoiqu'elle se présente toujours d'elle-même, qui fasse apercevoir qu'on lit des vers.... Quelle différence pour le plaisir de l'oreille, quand tous ces mots sont rangés dans une mesure soutenue par les rimes. » Remarques, I, 487-488.