‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 213 sur 247 · Mémoires:, I · texte numérisé non relu

Mémoires:, I

:î. " Je prendrai comme exemple ces vers de Racine :

Son visage odieux m'afflige et me poursuit,

Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.

mérite a élé alleinl par Racine plus rapidement qu'il ne l'aurait pu faire tout seul. Mais ce serait une chimère de penser que Racine eût été moins grand ])oètc si Boileau n'avait pas existé. Peut-être eùt-il été, comme versificateur, satisfait de lui-même à moins de frais, et découvririons-nous chez lui un plus grand nombre de ces petites taches qui ont excité plus d'étonnement, ce semble, que la chose n'en méritait : dans Esther, vous rime avec nous, ce qui est assez commun, je l'avoue ; et de plus l'une de ces deux rimes est à la fin d'un acte, l'autre au commencement de l'acte suivant \ On trouve encore dans Bajazet quatre rimes féminines de suite :

II peut l'avoir écrit sans m'avoir offensée. Il peut même... Lisons, et voyons sa pensée :

« Ni la mort, ni vous-même,

Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime,

Puisque jamais je n'aimerai que vous. » Ah! de la trahison me voilà donc instruite! Je reconnais Tappas dont ils m'avaient séduite. (II, 537, 1265.)

L'habitude qu'ont les tragiques de ne pas compter les lettres dans la suite des alexandrins, de les écrire en vers libres, ou même en

Ce malin j'ai voulu devancer la lumière; Je l'ai trouvé couvert d'une alTreuse poussière, Revêtu de lambeaux, tout pâle; mais son œil Conservait sous la cendre encor le même orgueil.

« Ce tableau n'est-il pas composé suivant toutes les règles, et admirablement combiné pour produire l'efTet de fascination? Sur un fond obscur et terreux, où l'on entrevoit des lambeaux de vêtements à peine indiqués, nous voyons une face livide, et au milieu cet œil, cet œil unique, étincelant :

Revêtu de lambeaux... tout pâle... mais son ŒILI

Au moment où le poète frappe ce mot décisif, la suggestion verbale s'opère; notre vision, jusque-là flottante et indistincte, se fixe tout à coup, et notre pensée s'immobilise dans la contemplation de ce tableau imaginaire, si bien centré et dégradé. •> P. Souriau, la Suggestion dans VArt, p. 216.

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