D'Olivet, p
dit : <( ace long dans grâce, espace ou lace : hors de là, toujours
bref* », de son côté Racine trouve que grâce peut très bien rimer
avec menace ^ A ce compte on ne saurait condamner comme une
licence la rime de :
grâce avec audace (II, 5/i3, 139/i); ylace (II, 62, 437); raceiXW.^
disgrâce avec face (II, /i09, 807); glace (II, 287. 707); place
(III, 35, 295); trace (II, 532, 117/i;.
A plus forte raison devons-nous montrer quelque indulgence pour les autres voyelles longues ou brèves, où ce qui nous semble une faute n'est le plus souvent qu'un changement de prononciation. Nous serions en effet tentés de trouver faibles les rimes suivantes :
Mais nous verrons bientôt si la fière Antigone
Aussi bien que mon cœur dédaignera le trône. (I, 443, 820.)
D'une commune voix ils l'appellent au trône.
Cependant les Persans marchaient vers Babylone. (II, 490, 218.)
Il n'en était pas ainsi au xv[i^ siècle. En effet L. Racine ne dit rien sur ces vers : son silence est une première preuve que ces rimes n'avaient alors rien de choquant : d'Olivet conlîrme cette supposition ^
Pour le son è, la question est assez embrouillée, car sa quantité paraît avoir bien varié depuis Racine jusqu'à nos jours; d'Olivet critique des rimes qui nous semblent très justes, comme cesse et Grèce'"; au contraire il trouve très bonnes des rimes qui nous paraissent discutables, comme extrême et diadème^. Les grammairiens ne se sont jamais très bien entendus sur ces nuances de sonorité; la prononciation exacte étant au moins douteuse, c'est le cas d'appliquer aux poètes l'adage « in dubiis liber tas », et de ne pas les chicaner sur une facilité qui peut, sans offenser bien vivement l'oreille, nous valoir à l'occasion un beau vers.
Racine à coup sûr l'entendait bien ainsi. C'est en vertu de ce prin-