‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 247 sur 247 · Génie du Christifunsive, 2'' partie, I. I, ch. o · texte numérisé non relu

Génie du Christifunsive, 2'' partie, I. I, ch. o

le xvii'^ siècle pour les principes de ce trop exact versificateur. Et Ton peut mesurer la force de l'engouement pour l'alexandrin de Malherbe aux efforts surhumains que doit déployer le romantisme pour secouer ce joug, au nombre des gens de goût qui disent maintenant encore : Malherbe est grand, et Boileau est son prophète.

Chose étrange ! Mettez dans la balance, d'un côté, quatre génies, que tout le monde compte parmi nos plus grands poètes, que tant de critiques considèrent même comme nos quatre premiers poètes; et de l'autre, deux écrivains de talent, critiques judicieux, esprits systématiques, un peu froids, supérieurs sans doute à une infinité dé poetae minores, mais tout à fait inférieurs à Corneille, La Fontaine, Molière, Racine : et vous constaterez que les deux versificateurs de talent l'emportent d'abord sur les quatre poètes de génie : qu'il faut une révolution artistique pour modifier cet ancien régime littéraire, aussi mal équilibré que l'ancien régime politique. Entre deux prosodies, l'une large, libre, fondée sur des chefs-d'(euvre incontestés, l'autre étroite, asservie, échafaudée sur des raisonnements contestables et des œuvres simplement estimables, la foule des rimeurs et des prosodistes n'hésiste pas : elle abandonne les traces du génie pour suivre l'ornière du talent.

A cela du reste, on pourrait trouver un certain nombre de raisons. La meilleure ne serait-elle pas encore celte longue docilité qui a fait longtemps du Français le sujet le plus facile à goiwerner, notre amour de la règle et de la régularité, notre passion pour les formules simples et nettes (pii font de nous le peuple le plus commode à mener, notre horreur de l'anarchie (et tous les génies sont anarchiqucs, puisque chacune de ces puissances nouvelles considère comme une insupportable servitude l'ordre qui la précédait), notre horreur de l'anarchie, qui nous conduit trop souvent à la servitude, jusqu'à ce qu'une révolution fasse succéder un peu de liberté, payé par des désordres, à l'ordre acheté par l'asservissement?

La Révolution contre Malherbe et Boileau s'est appelée le romantisme. Au fond elle n'était peut-être qu'une Restauration, puisqu'elle faisait succéder aux décrets tyranniques des versificateurs Malherbe et Boileau les lois libérales, généreuses des poètes Corneille, La Fontaine, Molière, Racine.

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