‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 34 sur 247 · Cf. Crouslé, Éléments de versification française, p · texte numérisé non relu

Cf. Crouslé, Éléments de versification française, p

de celle prononcialion en Vendômois, où l'on entend des paysans dire, par exemple : « Moue, je respecte la loué ». Ils parlent comme déclamaient les meilleurs orateurs du grand siècle : Palru écrit,, comme il prononce : « Ce n'est plus dans les cellules ou dans les parloûërs qu'on la déchire * ».

C'est encore à l'usage de Paris que Malherbe se conforme lorsqu'il emploie ces rimes que l'on appelle encore de nos jours, et si improprement, normandes : lorsque l'on fait rimer ensemble deux mots en er dont l'un rend le son é et l'autre le son erre, on dit que c'est une rime normande. C'est ainsi que pour une strophe où Malherbe met :

Et qu'il ait de quoi se vanter A la table de Jupiter (I, 32, 160),

Ménage dit : « Vanter et Jupiter ne riment pas, er en vanter étant fermé, et ouvert en Jupiter. Notre poète emploie encore ailleurs ces rimes vicieuses que nous appelons normandes, parce que les Normands qui prononcent Ver ouvert comme Ver fermé les ont introduites en notre poésie.... On ne doit jamais les employer si ce n'est pour ne pas perdre quelque belle pensée '. » Ces rimes auraient été en effet normandes si Malherbe et les Parisiens avaient prononcé vatité et Jupité. Mais il n'en est rien. Au témoignage de Du Cardin, en 1620, Vr « se prononce rudement » dans Jupiter, enfer, Lucifer, comme dans ferrum et terror, tandis que dans les infinitifs la consonne finale « sonne plus doucement » comme dans fero, tero^. Une curieuse remarque de Vaugelas, De la lettre 7?, finale des infinitifs, nous indique encore plus précisément quel

d. XVP plaidoyer, éd. de 1681, t. I, p. 473. Cette prononciation subsiste à Paris jusqu'à la fin du xvm" siècle. A la Constituante, le 7 mai 1191, l'abbé Couturier dit : « Moi, je vous cite ma loi qui est aussi la vôtre. — Uxe voix a gauche : Malouet. (On rit.) — M. Couturier. Non, ma loi. » (Journal lorjographique, XXV, 287.) Là la plaisanterie confirme ma règle. Ici, l'exemple, aussi probant, devient dramatique. Au tribunal révolutionnaire une pauvre femme est victime de sa prononciation : » D. A elle demandé si, le 9 de ce mois, en présence ie plusieurs citoyens elle n'a pas dit qu'il fallait un roy? — R. Qu'elle n'a point parlé de roi, tel qu'était Capet ou tout autre, mais d'un rouet-maître, instrument à filer. — Le juge qui l'interrogea mentionne cette réponse sur l'enveloppe du dossier. » (Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire^ IV, 402.)

2. P. 363-364. — Cf. p. 228 : ■< Pécher et cliair ne riment pas bien, chair étant beaucoup plus ouvert que cher ».

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