‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 38 sur 247 · IV, 389; cf. p. 405, iH · texte numérisé non relu

IV, 389; cf. p. 405, iH

l'enjambement. 59

Enfin, malgré son habitude d'éviter toute terminologie spéciale dans sa versification, il emploie une fois le terme consacré pour désigner cette particularité, et relève comme « vers qui enjambent sur le suivant » les lignes que voici :

Ayant depuis deux jours vainement pourchassé Le vaillant Mandricard, il descend tout lassé De chaud et de travail '....

Ce n'est pas chez lui une simple sévérité à l'usage exclusif de son prochain, mais une réelle question de conscience littéraire, de probité poétique, car il repousse pour son usage personnel la pratique de l'enjambement; on en trouve infiniment peu dans ses œuvres parachevées; je n'en connais que deux exemples :

Que tu sais bien qui n'a remède Autre que d'obéir à la nécessité. (I, 271, 72.) Mais cela m'arrivant, Quelle serait ma gloire? Et pour quelle aventure ^....

Quant au cas que souligne Ménage, il existe plutôt dans l'imagination du commentateur que dans la réalité des faits; qu'on en juge : il est question de l'immortalité :

Et les dieux ont gardé ce don,

Si rare, que Jupiter même

Ne le sut faire à Sarpédon. (I, 33, 29.)

La virgule qui sépare la fin du premier vers du commencement du second n'empêche pas Ménage de dire : « Malherbe enjambe ici d'un vers sur l'autre; ce qui est quelquefois permis, comme l'a très judicieusement observé M. Des Marets dans la préface de son Clovis : « Ce serait une pure faiblesse que d'abandonner la force en ces ren- « contres pour de tels scrupules, pourvu que l'on n'y retombe pas « souvent » (p. 557).

Si Malherbe condamne par sa théorie et par sa pratique Fenjam-

Page 1