‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 39 sur 247 · P. 399. — Cf. p · texte numérisé non relu

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2. 1, 256, 47. — Je ne cite que pour mémoire les cas qui se présentent dans sa pièce inédite :

Car ceux qui regardant la noble architecture

De ce bienheureux corps, admirant la nature

Des astres, et de vous la puissante grandeur.

Gasté, p. 38; cf. p. 38-39, 45.

bernent, c'est peut-être qu'il obéit à un secret instinct de poète lyrique : comme le remarque M. Sully Prudhomme, l'enjambement convient peu dans l'ode '. N'importe : sa défense fait d'abord loi pour tous les alexandrins, même dans les pièces en rimes plates; et^ pendant plusieurs années, le vers n'ose plus enjamber sur le vers qui le suit -. On a peu d'exemples, dans l'histoire de la versification française, d'une pareille influence, d'une autorité aussi tyrannique. Il est juste de reconnaître que Malherbe est le premier à respecter la loi qu'il édicté. De là vient en partie le triomphe de sa doctrine, sur tous les points que nous avons étudiés jusqu'ici. Peut-être est-ce pour la môme raison, prise en sens inverse, que la condamnation prononcée par Malherbe contre les licences poétiques fait moins autorité après lui, sa pratique ne corroborant plus sa théorie sur ce point aussi exactement que sur les autres.

VU

Licences.

Un de ceux qui ont le mieux défini les licences soi-disant poétiques, c'est l'abbé Maury : « Cette sévérité du mètre, dit-il, fixe rigoureusement au poète, dans chaque ligne, le nombre des syllabes, le condamne à une précision qui l'autorise à des licences heureuses ^ ». C'est bien là l'interprétation classique de la théorie des

1. « Le mode lyrique ne se prête pas aux enjambements. Victor Hugo n'en use guère que dans ses pièces à rimes plates. » (Réflexions, p. 83.) V. Hugo reconnaît du reste que le procédé peut avoir du mauvais, que lui-même peut faire

De lourds alexandrins l'un sur l'autre enjambant, Comme des écoliers qui sortent de leur banc.

(Voix intérieures, édit. ne varietur, HI, 316.)

2. Chapelain écrit à Grentemesnil, le 4 mars 1662: « Pour votre plainte sur la gêne que nos modernes ont donnée à notre versification, je la trouve la plus juste du monde.... Les enjambements n'étaient pas seulement reçus dans les langues mortes, mais ils en faisaient la principale force et les beaux ornements, et c'est un grand désavantage pour la nôtre que les courtisans et les ignorants ayent fait prévaloir leur goût en ce particulier-ci au goût des habiles et sensés. Pour les enjambements la chose est si résolue qu'il serait inutile de réclamer dessus, et à l'égard des vers ils ont une exclusion absolue.... Votre Malherbe est celui qui a donné le premier branle à cette sévérité : et son crédit vit encore chez nos poètes plus de trente ans après sa mort. 11 n'y ferait pas sûr pour moi si je voulais tenter de les délivrer de ces chaînes, et ce serait s'opposer en vain au torrent. » Correspondance, II, 210, note.

,V 3. Essai sur l'éloquence de la chaire, 1827, I, 118.

licences, et c'est bien mesquin. Changer une lettre à la lin d'un mot pour rimer plus exactement à l'œil, c'est commettre une faute d'orthographe avec préméditation. Violer une règle de la grammaire pour faire son vers, c'est manquer de probité artistique.

Au contraire, négliger une règle, parce qu'elle est conventionnelle et inutile, briser une entrave grammaticale parce qu'elle est devenue trop étroite pour l'idée qu'elle prétend enchaîner, c'est faire en vers ce que les grands écrivains font en prose, c'est créer. Une licence légitime ne devrait être chez le poète qu'une conquête sur la routine des grammairiens, conquête qui puisse servir aussi bien en prose qu'en vers.

Lequel de ces deux systèmes Malherbe a-t-il suivi, pour les licences d'orthographe, de prononciation, de morphologie et de syntaxe? Il ne se montre pas très sévère dans ses critiques sur l'orthographe de Desportes ', et la raison en est très simple. L'orthographe n'est pas encore fixée, même au milieu du xvii'' siècle, à plus forte raison au début. Après les interminables discussions et disputes des grammairiens du xvi^ siècle, en particulier de Meigret et de Guillaume des Autels, il fallait qu'une autorité reconnue par tous tranchât la question. Or l'Académie n'existait pas encore. Son Dictionnaire ne devait paraître qu'en 169/i. Restait l'usage, très capricieux, si l'on en juge par les remarques de Vaugelas ou par les manuscrits du temps. Ce sont là questions trop connues pour qu'il soit utile d'insister. Je les rappelle seulement pour expliquer la bénignité singulière de Malherbe sur cette question ^

Quand Desportes écrit :

Tu t'abuses toi-même, ou tu me porte envie,

Malherbe se contente de rétablir la véritable forme dans la marge. (IV, 273.) Dans sa pratique il n'est guère plus sévère pour lui-même. Sans doute il faut laisser de côté les formes qui nous semblent bizarres parce qu'elles ne ressemblent pas aux nôtres, lorsque ces différences d'orthographe ne concernent ni la rime ni le nombre des syllabes, lorsque par exemple Malherbe écrit : Il n'est orgueiiil endurci ^.

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