‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 49 sur 247 · IV, IO0-234, notamment p · texte numérisé non relu

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brouiller l'esprit. Je me réserve à la venue des maux, sans les prévenir en attendant \ » Scepticisme philosophique, ou résignation religieuse, c'est tout un, comme résultat : il n'y a pas dans tous les vers de Malherbe une seule vibration religieuse -. Une philosophie glaciale refroidit sa pensée et du même coup sa Muse.

Autant que l'on peut en juger, à travers un certain nombre de contradictions^ inséparables de la pensée d'un homme qui ne fait pas profession de philosophie ou de théologie, Malherbe pratique une sorte de fatalisme qui repose surtout sur un fonds de mépris pour la vie. Même quand son neveu se fait jésuite, il ne s'émeut pas trop ^ Qu'importe l'habit dont on s'affuble en ce bas monde? la vie est une pure sottise. Cela ne veut pas dire qu'il faille pour cela mener une existence simplement passive. On ne doit pas s'abandonner de propos délibéré au nonchaloir, mais tâcher de bien mener sa barque, si l'on se sent le vent en poupe; si l'on a la chance contre soi, il n'y a rien à faire : « Qu'on dise ce qu'on voudra de la prudence humaine, je ne la veux pas exclure de l'entremise de nos affaires, quand ce ne serait que de peur de trop autoriser la nonchalance; mais pour ce qui est des événements, il faudrait d'autres exemples que ceux que j'ai vus jusqu'à cette heure, pour me faire croire qu'elle y ait aucune juridiction. Qui est heureux ira aux Indes sur une claie; qui est malheureux, quand il serait dans le meilleur vaisseau du monde, il aura de la peine à traverser de Calais à Douvres, sans courir fortune de se noyer. » (IV, 73.) Une sorte d'épicurisme, plus romain que grec, introduit dans ce nihilisme moral un semblant d'activité. Il est bon de suivre les mouvements de notre nature qui nous poussent à chercher la volupté dans la gourmandise ou la sensualité : à soixante-douze ans, il écrit à Racan, à propos des femmes : « C'est un sentiment que j'ai eu dès ma naissance, et qui jusques à cette heure est encore si puissant en mon âme, que je

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