Lalanne, I. xxiv
LE LYRISME. Sr)
de la cour, s'habituant si bien, dit M. Lalanne, à faire parler la passion d'autrui, qu'on cite comme des raretés les pièces d'amour qu'il compose pour son propre compte '. Son aptitude pour ce métier est telle, qu'on trouve presque moins de passion dans les vers qu'il débite en son nom, que dans ceux qu'il compose pour Alcandre, c'est-à-dire pour Henri IV.
Peut-être pourrait-on expliquer ce fait bizarre par un royalisme exalté, sentiment fort respectable surtout à cette époque, et qui aurait pu lui dicter d'aussi beaux vers lyriques que ceux des Odes de Victor Hugo, composées alors qu'il était jacobite. Mais il ne faut pas se laisser prendre à l'enthousiasme d'un courtisan ". En réalité, Malherbe n'a qu'indifférence glaciale pour ses maîtres. C'est surtout à leur décès qu'il laisse apercevoir le fond de son cœur. Voyant un de ses amis affligé de la mort des deux fils jumeaux de Monsieur le Prince, Malherbe lui adresse cette consolation, qui dénote quelque insensibilité : « Monsieur, monsieur, cela ne vous doit point affliger: ne vous souciez que de bien servir, vous ne manquerez jamais de maître ^ ». Cela n'est que de la froideur : voici presque de la brutalité : il écrit à Peiresc : « J'oubliais à vous dire que la reine Marguerite mourut hier au soir à onze heures. M. de Valavez a été la voir; pour moi, je la tiens pourvue, car il y a une presse aussi grande qu'à un ballet, et n'y a pas tant de plaisir. » (UI, 492.) Enfin il est curieux de voir comment il traite son grand protecteur, son Alcandre. Henri IV avait été assassiné le ih mai 1610 : dès le 19 mai, Malherbe entrevoit d'où lui viendra la consolation : « Notre bonne reine commence pour le moins sa régence le plus heureusement qu'on le pouvait souhaiter », (IH, 166.) En juin, il écrit à Peiresc, sans la moindre ironie : « Contentez-vous que pour un si grand changement, il n'y en eût jamais si peu : nous avons eu un grand roi, nous avons une grande reine... On se console partout, et
1. I, xxiv-xxv. Cf. les lettres qu'il écrit <■ pour Calisle, à un président ••, « pour Caliste, à un qui lui avait écrit », « pour Astérie, à monsieur le cardinal de Joyeuse », etc. (IV, 234-238; cf. III, 82; I, 151.)
2. Le 18 juillet 1193, un de ses descendants, Malherbe, paraît devant le tribunal : " Son défenseur ne fut pas plus heureux en rappelant qu'il était l'arrièrepetit-flls du poète Malherbe, et le dernier de son nom. Malherbe, dit Du Lac, en montant sur l'échafnud, a crié à plusieurs reprises : Vive Louis XVII! Je meurs pour Louis XVII! Mais le peuple indigné de ces croassements impies n'a répondu que par le cri souverain, le cri vertueux : Vive la République! » (Wallon, Histoire du tribunal révolutionnaire de Paris, I, 265.)