‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 56 sur 247 · I, 149-130. — Ménage, p · texte numérisé non relu

I, 149-130. — Ménage, p

i. Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde

Que toujours quelque vent empêche de calmer. (I, 273.)

Ce dernier vers <• ne peut être rapporté qu'à oîide. Ainsi il n'y a rien qui réponde à verre.... J'ai oui dire à M. de Racan qu'ayant fait cette objection à Malherbe, et lui ayant conseillé de changer cet endroit, il approuva son objection; et que surl'heure même, et en sa présence, il changea cet endroit de cette façon :

Son état le plus ferme est limage de l'onde

Que toujours quelque vent empêche de calmer.

(Ménage, p. 215-216.)

et de les habiller à la mode (IV, 67j. A plus forte raison, quand il s'agit de vers, refuse-t-il de laisser publier ce ([u'il n'a pas eu le temps d'achever à loisir \

Nous savons à peu près combien de temps il lui faut pour atteindre ce qu'il considère comme sa perfection. Pour les Stances

Donc celle merveille des cieus, elc. (I, I66j,

qui comptent en tout soixante-six vers, Malherbe estime qu'il lui faudra à peu près deux mois : car Henri IV les lui a demandées le 18 février 1610, et Malherbe écrit à Peiresc le 24 mars 1610 : « Je ne vais point au Louvre depuis que le roi m'a commandé de lui faire une élégie. Je n'irai qu'elle ne soit faite, cela s'appelle jusques à Pâques. » (III, 15i.) Cette année-là Pâques tombait le 11 avril : c'est composer à peu près une moyenne d'un vers et demi par jour.

On voit d'ici les inconvénients de cette méthode : le moindre, c'est que les pièces de circonstance arrivent toujours un peu tard : Malherbe excite Louis XIII à chasser les Anglais de l'île de Ré, et lui promet la victoire, prédiction facile, car la pièce est terminée après l'événement (I, 277). Ses éloges funèbres risquent d'arriver au moment où l'oubli a commencé son œuvre (III, 202). Une légende veut qu'une pièce entreprise pour consoler un veuf soit finie au moment où ledit veuf, très consolé, s'était remarié ^ La légende ici est plus vraie que l'histoire. Malherbe se préoccupait moins de calmer effectivement la douleur de ses amis, que de composer quelque pièce à effet , qui n'était plus , une fois terminée , qu'un à-propos vieilli. Aussi peut-on prendre exactement au pied de la lettre ce qu'il écrivait à Mme de Conli, pour la consoler de la mort de son frère : « Nous ne sommes plus ce que nous étions hier,... et déjà,

1. « Lundi au soir M. le Grand me commanda de faire des vers pour les dames.... Je fis ce que je pus pour m'en excuser : vous pouvez penser si un homme qui a mauvaises jambes, comme j'ai, peut faire beaucoup de chemin en si peu de temps. J'en fis pourtant, car il fallut obéir; mais ce furent des vers de nécessité : je ne veux pas qu'on les voie. » (111, 2.) On peut lire ces stancesau t. I, p. 84. Ce n'est ni bon, ni médiocre, c'est du Malherbe passable.

2. <i Malherbe fut près de trois ans à faire ces stances sur la mort de la femme du premier président de Verdun : et quand il les publia, le premier président était remarié, ce qui leur fit perdre beaucoup de leur grâce.... Je tiens toutes ces particularités de M. de Racan. » (Ménage, p. 543.) M. Lalanne a rétabli la réalité : le président était mort un an après le décès de sa femme, remarié, il est vrai. (I, 268.)

Madame, je ne suis plus celui que j'étais, quand je me suis mis à vous écrire cette lettre ' » .

Ce n'est pas une des moindres singularités de Malherbe que d'avoir donné le change à son siècle, et d'avoir fait prendre pour une vertu littéraire cette lenteur de composition qui n'était chez lui qu'un défaut d'esprit. 11 a su faire croire à ses contemporains que l'ode même était une affaire de patience plutôt que de génie \ On pourrait résumer toute sa poétique dans cette variante du vers connu :

Si natura negat, facit... industria versum. C'est en effet à force de temps qu'il fabrique ses vers et ses odes.

Il est bon d'énumérer d'abord les différentes sortes de couplets, strophes et stances usités par Malherbe. Comme il n'y a pas encore de distinction nettement établie entre ces deux derniers termes ^, j'appellerai stance l'ensemble lyrique où l'alexandrin apparaît seul ou prédomine, soit comme nombre, soit comme importance, et strophe les éléments composés presque uni([uemenl de vers de sept, de huit, de neuf ou de dix pieds. Je me contente d'abord d'une simple énumération.

Malherbe emploie douze sortes de quatrains : des strophes isométriques, en vers de sept pieds :

i. IV, 206. « Malherbe m'a dit autrefois qu'ayant à écrire à Mme la princesse de Conti sur la mort de son frère cette belle consolation que vous avez tant vue, il lui fit faire un voyage exprès à Saint-Germain, afin qu'on ne put pas dire qu'étant en même ville, il n'avait qu'à lui dire ce qu'il lui écrivait. .« (Lettre de' Cliapelain à M. de Monstreuil, 12 février 1640, I, 573; cf. éd. Lalanne, IV, 195- 224; cf. Arnould, p. 59.) Malherbe tirait du reste très habilement parti en pareil cas de sa lenteur de composition. Il faut lire à ce propos sa lettre à Bellegarde sur la mort de son frère, IV, 224-226.

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