I, 186, 101-HO
2. A. Chénier dit pourtant de l'ode à Henri sur la prise de Marseille : « Celle ode est belle; elle est courte et pleine de chaleur. La marche est vive et lyrique; le style, noble cl ferme; les images, vraies et variées. >• Commentaire, p. 29. Cf. p. 30, 32, etc.
3. Parlant de l'ode à Marie de Médicis sur sa bienvenue en France, A. Chénier, malgré son admiration pour Malherbe, avoue ceci : « Celte ode est bien écrite, pleine d'images et d'expressions heureuses, mais un peu froide et vide de choses, comme presque tout ce qu'a fait Malherbe, car il faut avouer que le poète n'est guère recommandable que pour le style. » {Commentaire, p. b2.)
Tout passe. — L'art robuste Seul a réternité.
Les dieux eux-mêmes meurent.
Mais les vers souverains
Demeurent Plus forts que les airains.
A un moment où la langue se forme, où la poésie hésite, Malherbe a le talent de dégager dans le français l'élément durable, d'indiquer au poète un chemin étroit, mais droit, qu'on devra élargir, mais qu'il faudra suivre; et ce talent, il le pousse jusqu'au génie, puisqu'on n'en peut citer qu'un seul autre exemple : Boileau.
Malherbe a le courage de prêcher sa doctrine par ses préceptes, par ses exemples, sans défaillance, toute sa vie : et ce courage, il le pousse jusqu'à l'héroïsme, puisque sa mort vient corroborer l'enseignement de toute sa vie : c'est un apôtre de ses idées, celui qui meurt ainsi : « ... Une heure avant que de mourir, après avoir été deux heures à l'agonie, il se réveilla comme en sursaut pour reprendre son hôtesse, qui lui servait de garde, d'un mot qui n'était pas bien français à son gré; et comme son confesseur lui en fit réprimande, il lui dit qu'il ne pouvait s'en empêcher, et qu'il voulait jusques à la mort maintenir la pureté de la langue française * ».
Malherbe commence donc l'école du purisme, qui est l'une des deux moitiés de l'école classique. C'est lui aussi qui répand et autorise celte idée, que tout l'art peut se réduire en règles, en formules, en recettes; que ces règles, une fois trouvées, peuvent être appliquées partout et toujours; qu'il suffit de raisonner pour les U\m\ev a priori. Bien avant Descartes, Malherbe trouve la théorie cartésienne : « Une des filles de la reine, raconte Racan, disait, en sa présence, à M. de Gombaud, comme on parlait de la difficulté qu'il y a de bien faire une pièce de théâtre : Mais que faut-il donc pour en faire une bonne? Et M. de Gombaud lui ayant répondu qu'il y avait bien des règles à observer, « Je crois, dit M. Malherbe, que le jugement me « les ferait trouver toutes -. )>
Chapelain résumera toute la doctrine de Malherbe, en disant, dans la préface des douze derniers chants de la Pucelle : « On devient poète par l'étude des règles ».
1. Vie de Malherbe par Racan, I. lxxxviii. Telie n'est pas l'opinion de M. Arnould, Anecdotes inédites, p. 81.