‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 70 sur 247 · Malherbe, I, H-14, 187-258.— Corneille, IX · texte numérisé non relu

Malherbe, I, H-14, 187-258.— Corneille, IX

2. X, 222. — Cf. Picot, Bibliographie cornélienne, p. 4o8-4o9.

de la composition, il écrit de verve, enllammé par une sorte de feu mystérieux, dit-il modestement, par son génie, dirons-nous :

Certes, dans la chaleur que le ciel nous inspire.

Nos vers disent souvent plus qu'ils ne pensent dire;

Et ce feu qui sans nous pousse les plus heureux

Ne nous explique pas tout ce qu'il fait par eux. (X, 96, 33.)

Mais quelle est donc cette flamme qui échauffe son génie, et qui soulève sa pensée? Pour expliquer la toujours mystérieuse genèse de l'inspiration, ne pouvons-nous, tout au moins par hypothèse, deviner le germe d'où viendra la vie? Un passage de la Galerie du Palais permet de supposer, avec quelque vraisemblance, que c'est l'amour, personnellement éprouvé par Corneille, qui l'a rendu poète : Dorimant s'en explique ainsi :

Lui seul de ses efîels a droit de nous instruire :

Notre plume à lui seul se doit laisser conduire :

Pour en bien discourir il faut l'avoir bien fait;

L'n bon poète ne vient que d"un amant parfait. (II, 27, 1o6.)

Et Dorimant, c'est Corneille : car, parlant en son nom personnel, il aflîrme la même théorie : l'amour a été le « père de ses vers » (X, 78, 9J). Au moment de la Querelle du Cid, il proclame bien haut, dans son excuse à Ariste, que la passion l'a seul inspiré :

J'ai brûlé fort longtemps d'une amour assez grande, Et que jusqu'au tombeau je dois bien estimer, Puisque ce fut parla que j'appris à rimer.... Charmé de deux beaux yeux, mon vers charma la cour, Et ce que j'ai de nom, je le dois à l'amour '.

N'est-ce pas pour la même raison que son Polyeucle est si supérieur à tout ce qui l'a précédé? Le vers en est plus assoupli, moins froidement correct : visiblement Corneille se laisse aller à une émotion personnelle. Le poète est attendri par la passion nouvelle qui anime l'homme. Il y a plus de sensibilité vraie, plus d'amour humain, dans les deux premiers actes de Polyeucle que dans Horace et Cinna réunis. Chacun de ces vers a l'air d'un battement de cœur, et nous communique sa vibration.

Nous pouvons maintenant entrer dans la technique même de cette versillcalion, et demander à Corneille, toujours si sincère sur lui-

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