Scnti)nenls, dans Corneille, XII
2. « Notre poésie a celte obligation, avec plusieurs autres, à M. Corneille, cjui, dans sa tragi-comédie du Ciel, a. osé \e premier faire 7??e«/'/ric)' de trois syllabes.... Je sais bien qu'il en a été repris par messieurs de l'Académie dans leurs Sentiments sur cette tragi-comédie. Mais le temps a fait voir que c'a été injustement, et qu'on devait le louer de cette nouveauté, au lieu de l'en blâmer. Car, comme je viens de dire, son opinion a prévalu : et tous les nouveaux poètes généralement en usent de la sorte. Je suis un des premiers qui ait imité en cela M. Corneille, aj'ant remarqué que les dames et les cavaliers s'arrêtaient comme à un mauvais pas, à ces mots de meurti'ier, snnr/lier, bouclier, peuplier, et qu'ils •avaient peine à les prononcer. » (Ménage, p. 250.)
3. IV, 189, 924. Dans Soptwnisbe, Corneille avait écrit ceci :
Et vous vois maintenant comme ancien ami. (VI, 520, U4S.)
« Voltaire, afin de ne compter ancien que pour un mot de deux syllabes, a ainsi ■corrigé ce vers dans son édition de 1764 :
Et vous vois maintenant comme un ancien ami.
Note de M. Marty-Laveaux, VI, 520. — Pourtant, dans son Commentaire, k propos de ce vers :
J'ai su tout ce détail d'un ancien valet,
il remarque que « autrefois un auteur faisait ancien de trois syllabes : aujourd'hui cette méthode est changée. Ancien de trois syllabes rend le vers plus languissant; ancien de deux syllabes devient dur. On est réduit à éviter ce mot, quand on veut faire des vers oii rien ne rebute l'oreille. » (I, 453.)
Corneille ne compte pas Ve muet, pour le son aie, dans paiement (X, 152, 8); paiera (V, 83, 1500);
Pour le son ée dans j'agréerai (V, hh, 621), etc.; suppléera (11,188,118/1);
Pour le son f'e, dans criera (VHI, /i93, /iSOl); déniera (IV, 356, 1279); écriera (VIII, 52/i, 5/i31); forlifiera (III, 518, 672); juslifiera (V, 195, 9U); oublierai (IX, Uh^, 888); reprierai (IV, 336, 853) ;
Pour le son oue dans avouera (V, 196, 930), etc.
Il le compte par extraordinaire à la fin d'un mot, quand il est précédé d'une voyelle : jusqu'en 1660, il écrit :
Quoi que jV/j/e pu faire.
A partir de ce moment, il supprime celte faute et met :
Plus je me considère (IV, 181, 741).
Il en est de même pour le vers :
Justif/e César, et condamne Pompée, qu'il corrige ainsi :
JustifiaH/ César, a condanmé Pompée.
En revanche, il laisse subsister trois fois l'irrégularité qui consiste à compter pour une syllabe la finale ent :
Comme toutes les deux jou^nf leurs personnages. (IV, 342, 1014.) Justifie»^ aux miens ma iuite et ton dessein. (II, 266, 828.) Les sœurs crient miracle, et chacune ravie ^
Il croit pouvoir compter baies pour deux syllabes : On leur fait admirer les bayes qu'on leur donne -.
En somme, sur tous ces points. Corneille a l'air de suivre plutôt les indications de son oreille que les conseils de Malherbe : il en serait de même, je crois, pour presque toutes les (piestions d'harmonie.
\. II, 34i, 73. ■< J'ai remarqué que parmi les étrangers qui s'exercent quelquefois à faire des vers français, et parmi plusieurs provinciaux qui commencent, il s'en trouve toujours qui font crient, plient, croient, de deux syllabes. Ces mots n'en valent jamais qu'une seule, et ne peuvent être employés qu'à la tin d'un vers. Corneille fit souvent celte faute dans ses premières pièces; et c'est ce qui établit ce mauvais usage dans nos provinces. » (Voltaire, I, 17.)