‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 77 sur 247 · CACOPHONIE · texte numérisé non relu

CACOPHONIE

Les mêmes consonnes sont répétées quelquefois jusqu'à la satiété :

Qu'a conservés ton sang. (X, 98, 54.) A qui combat pour lui. (X, 251, 12.) <M qu'il soit. (III, 181, 1457.)

Je ne serai qu'à vous, qui que ce soit que y aime. (VIII, 513, 1201.) N'est que pour qui ne veut que ce qui doit leur plaire. (YI, 508, 874.) Pour peu que vous m'aimiez, aimez mes avantages. (VII, 211, 259.) Tranchez donc cette p«ri par où l'ignominie. (V, 56, 899.) Et sans s'en émouvoir. (IV, 58, 724.) Ravalerait son sang sans élever le mien. (VII, 497, 819.) Et ce que se promit. (X, 184, 7.) Que suça ce Dieu des batailles. (IX, 9, 44.) ...Tu le sais, et c'est assez t'en dire. C'est par cet intérêt. (VII, 203, 44.) U'un suc ravissant, D'un suc si gracieux, d'un suc si nourris.sa?iL (IX, 22, 275.) PIains-<u tant un moment? (II, 254, 600.) Au sein de ton tuteur. (III, 435, 1139.) Je n'ai pu tant attendre. (VII, 226, 627.) D'auianf plus tôt en toi. (VIII, 449, 3877.)

La dureté des vers de Corneille a déjà été relevée par d'Aubignac ',

par Voltaire, et ajuste raison, car il fallait avoir l'oreille bien peu

sensible pour laisser subsister des passages aussi peu harmonieux que

ceux-ci :

Cléandre entre. (IV, 381-, 1809.)

Que l'espérance a de quoi croître. (VIII, 008, 619.)

Déesse, quels encens.... (VI, 284, 668.)

Comme rien n'eût été plus facile que de mettre « quel encens », on peut en conclure que Corneille n'avait pas de scrupules sur la mélodie

■1. Remarques sur Sertorius :

Vous ravaleriez-vous jusques à la bassesse? « Pour ôter la rudesse du premier hémistiche, il fallait mettre :

Vous abaisseriez-vous....

N'ont-ils tous ni verlu.

'< Voilà bien des t. t.

Après t'ètrc immolé chez toi ton général.

" Voilà encore bien des t. /., et qui ne sont guère agréables. 11 me semble que j'entends la réponse de ce capitaine de l'un des (piartiers de Paris, auquel, durant les barricades, plusieurs personnes étant venues dire que l'on tendait les chaînes par toute la ville, s'écria, tout en colère : Qu'altend-on tant? Que ne les tend-on? » cité par M. Marty-Laveaux, XII, 508. Mon bras sur moi du moins.

« Je ne remarque pas la rudesse des m. m. qui sont aux monosyllabes du premier hémistiche. » D'Aubignac, Remarques sur rOBrf//je (Marty-Laveaux, XII, 509).

de ses vers. Il serait sur ce point moins le disciple de Malherbe que l'élève de Chapelain, élève quelquefois à la hauteur du maître; ne croirait-on pas lire ici un vers de la Pucelle :

Et l'on voit chaînes, fouets, et moule, et croix, et hache '.

La dureté de ce vers est due en partie à ce fait qu'il est presque complètement monosyllabique.

Les vers entièrement composés de monosyllabes sont relativement très nombreux, .l'en ai compté trois cent dix-sept, ce qui fait à peu près en moyenne un vers monosyllabique sur deux cent soixante-cinq. De plus on constate fort souvent que rien ne serait plus facile que de supprimer cette anomalie, au moyen de la plus légère transposition. Ainsi, au lieu de :

Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère (IV, 318, o48),

il serait bien simple de mettre : à qui sauve ton frère. Reste à savoir pourquoi Corneille a coulé si volontiers sa pensée dans ce moule étroit.

Peut-être ne se préoccupait-il pas de cette particularité, et trouvaitil tout simplement que ce genre de vers ne valait ni plus ni moins qu'un alexandrin ordinaire. C'est possible, mais peu probable, vu le nombre de ces singularités. Il faut pourtant convenir que, dans un peu plus de deux cents cas, il est diftîcile de trouver la moindre intention cachée, la moindre recherche d'effet. Ce genre de vers est un peu plus dur que les autres, mais pas beaucoup; et l'on pourrait admettre pour ces deux cents vers-là que Corneille les a composés ainsi sans en avoir conscience, sans les remarquer même après coup. Cette explication ne vaut pas pour nombre d'autres cas, surtout pour un certain nombre de distiques monosyllabiques.

Ke dis point que c'est peu de chose, Ne dis point que c'est moins que rien. (VIII, 469, 4295.) Point pour vous de bien qui ne dure, Point de mal qui ne tourne en bien. (IX, 207, 7.) Qui voit de haut en bas et tout ce qu'a la terre Et tout ce qu'ont les cieux? (IX, 215, 20.)

1. IX, G12, 15. Voltaire critique au même point de vue ce vers de Pompée :

El quoiqu'elle la tienne aussi chère que moi (IV, 97, 1703). Commentaire, I, 420-421.

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