VERS MONOSYLLABIQUES
Et j'en eus tout le droit du choix qu'on fit de moi.
Le trône où je me sieds n'est pas un bien de race. (Y, 163, IGI.)
Fut un don de ma gloire et non pas de ma flamme.
Je n'en ai point pour lui, je n'en eus point pour vous. (VI, 417, 1286.)
On t'offre ou, pour mieux dire, on prend la paix de toi,
Et ceux qui se font craindre aux deux bouts de la terre. (X, 178, 48.)
Et ton bras en dix jours a plus fait à nos yeux
Que la fable en dix ans n'a fait faire à ses dieux. (X, 206, 172.)
Et que, pour être à vous, je fais ce que je puis.
Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis. (X, 23o, 1715.)
II doit donc y avoir, instinctive ou consciente, une tendance chez Corneille à préférer ce vers. L'explication qui me paraît la plus vraisemblable est celle-ci : préoccupé avant tout de la force de l'idée, Corneille aime un vers qui lui permet de condenser le maximum de pensée dans le minimum de mots. Un monosyllabe étant aussi compréhensif qu'un mot beaucoup plus long, le vers monosyllabique renfermera, toutes choses égales d'ailleurs, plus de matière qu'un autre; je citerai comme exemples les vers que voici :
On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit. (Il, 257, 639.) Je sais ce que je suis, et que mon père est mort. (III, 151, 824.) Noble, à ce qu'on m'a dit, mais un peu mal en biens. (IV, 220, 1448.) Je puis tout pour tout autre, et ne puis rien pour moi. (V, 435, 376.) Je sais ce que je suis, et ce que je dois faire. (VI, 513, 993.) Donc à moins que d'un roi tu ne veux plus te rendre. (VII, 40, 770.) Qui jusqu'au fond du cœur en moins de rien se coule. (VIII, 364, 2146.) A ce Dieu qui de rien fit la terre et le ciel. (IX, 181, 8.)
Il faut ajouter que cette forme permet à Corneille d'introduire plus facilement une antithèse complète dans un seul vers. Et l'on sait quel amour il a pour le chquetis des pensées, pour ces dialogues où les idées se croisent et se choquent, vers par vers, hémistiche par hémistiche, mot par mot. Les vers suivants sont plus cornéliens encore que les autres :
Vers celle à qui je dois et qui me doit la vie. (I, 361, 1582.)
Je n'en ai que la honte, il en a tout le fruit. (II, 364, 472.)
Je ne suis point pour Albe, et ne suis plus pour Rome. (III, 286, 88.)
Je sais ce que je suis : je sais ce que vous êtes (IV, 80, 1286.)
Le choix du Roi l'y mit; le choix du Roi l'en chasse. (V, 366, 1058.)
Je vois ce qu'il faut faire, à voir ce que vous faites. (VI, 396, 777.)
C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire. (VII, 329, 1076.)
Il tait ce qu'il doit dire, et dit ce qu'il doit taire. (VIII, 192, 337.)
Vois moins ce qu'il a fait que ce qu'il aime à faire. (X, 337, 70.)
Malherbe eût trouvé ces vers de forme défectueuse : le fond en