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CHAPITRE II

La réforme monétaire de 1924 avait toutefois un défaut important. C'était la faiblesse des réserves d'or comparées aux besoins éventuels du marché.

Ces réserves auraient pu se trouver suffisantes dans les conditions normales, mais elles apparurent comme trop faibles dans la période de crise économique que traversa la Pologne en 1925.

Cette période fut marquée par de mauvaises récoltes,obligeant le pays à importer d'énormes quantités de blé et de farine. De plus, des circonstances défavorables gênaient l'exportation des principaux articies du commerce polonais, tels que le charbon, le bois, le sucre. La balance commerciale accusait un fort déficit ; l'épuisement des réserves de la Banque de Pologne menaçait de plus en plus le cours du zloty. La situation eut pu être rétablie par un fort afflux du capital étrangeren Pologne qui eut comblé les vides causés par le bilan commercial défavorable. Mais cet afflux ne suffit pas à atteindre son but. Par suite de ces circonstances, vers le milieu de 1925, le zloty baissa fortement et une im-

portante crise financière se produisit. Il faut recon-

naître d’ailleurs, que si les mesures prises par le gouvernement pour enrayer la crise pouvaient, sur le moment, donner un heureux résultat, elles n’en constituaient pas moins des moyens purement provisoires, et devaient, à la longue,donner un résultat non seulement négatif, mais nettement défavo-

rable.

C'est ce que reconnaissait très loyalement le rapporteur général du budget de 1925 en ce qui concerne notamment l'impôt sur la fortune. « Dans un pays,disait-il,oùil n'y apas de capital encirculation, où le taux des intérêts monte à 3% par mois, où il n’y a pas d'acquéreurs, pas de possibilités de vente, lorsque quelqu un veut liquider sa propriété pour payer un impôt et surtout dans un pays où la balance commerciale penche d’une façon menaçante vers la direction négative, l'impôt sur la fortune perçu à raison de 333.000.000 de zloty par an est un impôt anti-économique. Pour moi, je regarde cet impôt comme l’acquittement de la dette que la production devait à l'Etat pour les années antérieures. »

Mais une telle mesure devait être prise de manière à ne pas peser sur la vie économiqueetne pas diminuer la force de paiement de la production polonaise.

« J'agite cette question,ajoutait le rapporteur,parce que si nous introduisons dans le budget de 1925 la somme de 300.000.000 de zloty au titre de l'impôt

sur la fortune, si nous savons que cette somme ne

peut pas être payée, ce n’est pas la bonne manière de constituer un budget. »

Puis il citait en fin de discussion l'opinion de deux hommes politiques français séparés par une notable divergence d'idées mais d'accord pour condamner l'impôt sur la fortune.

Le premier,M. de Lasteyrie « dans un pays comme

la France où l'impôt sur le revenu est appliqué à

haute dose, il serait absurde de le compliquer par

un impôt sur la fortune, car on ne peut pas couper les arbres fruitiers dans le verger pourle chauffage et compter que le verger n’en donnera que de plus belles récoltes. »

Le second, M. Violette « c'est un principe auquel nous resterons fidèles que dans le budget qui se renouvelle tous les ans ne peuvent figurer justement que les revenus qui peuvent eux aussi se renouveler tous les ans, l'impôt sur le capital consume la substance des impôts et après quelques années la capacité de paiement tend à disparaître. »

‘ Le caractère de l'impôt sur la fortune fut, on le voit, absolument anti-économique.

Ce vice devait avoir sa répercussion en pratique, tant il est vrai que les principes faux appellent des conséquences fâcheuses.

Mais cet impôt fut plus déplorable encore du fait qu'il était acquitté en argent liquide et qu’ainsi il épuisa vite les réserves des entreprises en minant leurtrésorerie au plus grand préjudice de l’industrie

et du commerce national,

De même la loi sur la valorisation des impôts devait par la suite se révéler nuisible.

Nous savons qu’en exécution de la loi du 6 novembre 1923,mentionnée au chapitre précédent, le gouvernement avait procédé à la valorisation des droits et contributions perçus par l'Etat ; cette valorisation avons-nous dit consistait à adopter un étalon théorique de la valeur du franc or, dont le cours en mark polonais était périodiquement fixé. Tous les droits et impôts étaient calculés en francs or et tous les versements effectués en marks d’après le cours quotidien de ce franc or.

Ce principe de la valorisation avait été également adopté dans la suite pour le règlement des intérêts privés et des conventions particulières.

Les premiers effets de l'assainissement du pays entrepris sous cette forme furent :

L’augmentation du coût de la vie,

La ruine de l'épargne,

La faiblesse du crédit.

&8 1. — Augmentation du coût de la vie.

La hausse des prix de détail et du coût de la vie a été, en effet, la conséquence de cette estimation grande ment influé sur l’accroissement des frais de pro-

des denrées en franc or. Cette hausse a

duction, les salaires des ouvriers étant naturellement fixés d’après le taux du coût de la vie.

Les variations du coût de la vie à Varsovie expri-

à An cotés

mées en or ont été les suivantes (sur la base 100 en 1914).

LRU ER DO PRES ES SRE PARTS 100 DODO RE tel En: 79,4 122 ADM EE eee ve à 125 EN ARE REP PE 126,5 (JO) ne M NA PSN 127,2 RP OCIODL Eh En es de RUMUR 150 126 janvier) ER MES AU 150 A A VOL) Me ea Le he 2 AN ee 150,5

L'augmentation de la cherté de la vie n'était d’ailleurs, comme nousle verrons plus tard, qu’une des multiples causes de la hausse des frais de production. De plus, l’industrie et le commerce ont sérieusement ressenti l'important. relèvement des impôts. |

En 1922,la moyenne des impôts directs était par mois de 2,400 ; en 1923, elle atteignait 4.300 ; et,en 1924, elle montait jusqu’à 24.400 (le tout calculé en milliers de zloty).

L’impôt extraordinaire sur le capital donnait en

1993 : 162, et en 1924 : 16.600.

$ 2. — Ruine de l'épargne.

L'augmentation du coût de la vie amena nécessairement la ruine de l'épargne.

Avant la guerre, les sommes déposées dans les caisses d'Epargne, ainsi que dans les Sociétés Coo-

pératives de Crédit s’élevaient, savoir :

Dans l’ancien royaume de Pologne : 528,000.000 de zloty, soit 47 par tête d'habitant.

Dans les provinces de l'Est: 157.000.000 de zloty, soit 35 par tête d’habitant.

Dans l’ancienne Galicie : 681 .000.000 de zloty,soit 89 par tête d’habitant.

Dans la Posnanie et Poméranie 460.000.000 de zloty,soit 157 par tête d'habitant.

Dans la Haute Silésie : 129.000.000 de zloty, soit 132 par tête d’habitant.

Mais à la fin de 1924 l’état de l'épargne en Pologne était de 1 zloty par tête d’habitant.

& 3. — Faiblesse du crédit.

L'épargne s’effondrant, les crédits devinrent de plus en plus faibles. Il résulte du compte rendu de l'Union des Banques, organe englobant presque toutes les banques privées, que le chiffre d’affaires de ces banques atteignait au 30 octobre 1924.57% seulement de celui d'avant-guerre.

Etant donné la hausse des prix de gros qui était de 40 à 50 %, etl’affaiblissement du pouvoir d'achat de l'or dans la même proportion, il est facile de constater que les banques privées ne constituaient plus à cette époque qu'une source financière infime pour la vie économique du pays et spécialement pour l’industrie et le commerce,

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C'est donc l'institution centrale d'émission, c'est-à-dire la Banque de Pologne qui jouera : le rôle dominant dans les question de crédit (1).

Les banques privées necompteront presque plus.

Si on évalue à 1.500 millions de zloty le crédit nécessaire à la satisfaction des besoins économiques de la Pologne, on trouve que ces besoins ne peuvent être satisfaits que pour moitié, car en tenant compte de toutes les sources de crédit susceptibles d’être mises en- valeur, on ne peut évaluer qu’à 709 millions à peine les ressources du pays.

Ajoutons que le taux de l’escompte en Pologne est très élevé surtout le taux de crédit dans les banques qui s'élève au minimum à 24 % par an dans les banques privées. |

$ 4. — La crise économique

Une autre cause de la crise était l’organisation trop onéreuse de la production.

A Dombrowa par exemple, les frais de production présentaient, en 1923, 70 % du prix de vente, et,en 1924, 97 %. Dans de telles conditions le gain net de l’entreprise devient insignifiant et même pul si l’on considère la charge de l’impôt extraordinaire sur le capital.

Un nombre d'ouvriers disproportionné avec les

1. Nous étudierons ci-dessous la politique de crédit de la Banque de Pologne,

besoins de la production constituait encore une trop lourde charge pour les entreprises.

En 1923, à Dombrowa, la production était de 6.720.000 tonnes, le nombre d'ouvriers de 44.000 et le rendement moyen d'une journée de travail de 55.tonnes.

Les ouvriers étaient nombreux et de plus les salaires élevés. De tous les pays de l’Europe, la Pologne semble être celui où le travail coûte le plus cher, et où, parsuite, Sa rétribution pèse le plus lourdement sur les frais généraux de la production. Autrefois, l’infériorité qui en résultait, au point de vue de la concurrence avec l'étranger, était neutralisée par l'infériorité du taux des salaires. Mais il n’en était plus de même en 1924, la hausse s'étendait aux salaires comme aux prix et aggravait les

conditions de la lutte contre les produits étrangers.

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