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En 1921 à 415 milliards.
A la fin de 1923 à 195 trillions.
Et au 1° février 1924, date de l'arrêt définitif de l’inflation, à 518 trillions.
Dans le même temps, le cours du dollar passait de 8 mks fin 1918 à 2.000 en 1921, à 18.000 fin 1922, 35.000 au 31 juillet 1923, 1.600.000 le 30 octobre et 10.000.000 le 1er février 1924.
Malgré des conditions aussi défavorables, on essaya néanmoins avec courage d'établir un budget. régulier, mais le déficit fut toujours considérable.
Il s'élevait à 86% du budget total 1919-1920 — 60% — 1921 — 48% — 1922
Il était de 65 % du budget total en 1923.
Cela se comprend d’ailleurs aisément si l’on songe à impossibilité d'établir des prévisions budgétaires sur un terrain aussi mouvant.
Parallèlement à tout ceci, la valeur de la circulation monétaire allait en diminuant de 670 millions de francs or en décembre 1920 à 84 millions en décembre 1923.
Le danger d’une telle situation était apparu à tous les yeux au cours de cette période. Dès 1921, on avait cherché des remèdes. Sans vouloir faire l’histoire des tentatives de réforme monétaire manquées, disons cependant qu’un arrêt fut tenté en 1922 sous le ministère Michalski. Les dépenses
extraordinaires avaient beaucoup baissé, de même les avances à l'Etat.
Malheureusement, si les recettes de l’exercice 1922 furent sensiblement égales aux prévisions budgétaires,les dépenses, elles, l’emportèrent de beaucoup sur celles-ci, atteignant868 milliards de marks alors que les prévisions ne dépassaient pas 591 milliards.
Mentionnons encore la première apparition de M. Ladislas Grabski dans l’histoire financière de la Pologne. Ministre des finances, en février 1923, il voulut reprendre la tentative manquée de son prédécesseur.
Son projet, très judicieusement conçu, se basait sur les idées suivantes :
1° La réforme monétaire ne pouvait être réalisée d’un seul coup et ne pouvait s’opérer qu'après la réalisation de l'équilibre budgétaire.
2° Pour prémunir le Trésor contre les pertes qui auraient pu résulter de la dépréciation de la monnaie, on évaluerait les recettes de l’Etaten une monnaie de compte stable, le florin : égalant le franc or, c'était la valorisation de l’impôt.
3° Enfin, comme toujours, on préconisait des économies rigoureuses introduites tout d’abord dans la gestion de l'Etat.
M. Grabski, dans ces premiers mois de 1923, ne conserva pas le pouvoir assez longtemps pour appliquer ces méthodes, mais son successeur, ne put mieux faire que de reprendre ces idées à son
compte. Elles ne devaient pas néanmoins triompher
dès ce moment. La rapidité de la chute du mark dépassait toutes les prévisions, accrue encore par les demandes de l’industrie polonaise à la caisse des prêts qui se dépouillait en sa faveur d'une grande partie de sa réserve de devises étrangères, dernière sauvegarde de la monnaie nationale.
En même temps commencaient à se faire sentir les effets du rétrécissement de la circulation qui devait entraîner une sensible diminution de da production. Il devenait urgent de parer à la catastrophe prochaine, c'est dans ces conditions que M. Grabski reprit le pouvoir comme Président du Conseil et Ministre des Finances au mois de décembre 1923.
$ 2. — La réforme monétaire.
Stabilisateurs et réformateurs, tous d’accord sur la nécessité de faire quelque chose, se disputaient ardemment sur ce qu'il convenait de faire. Les premiers pensaient qu’une longue période de stabilisation de fait devait précéder l'introduction d’un nouveau signe monétaire ; les autres, considérant que l'inflation avait pour ainsi dire tué l’ancienne monnaie polonaise, optaient pour la réforme monétaire immédiate.
M. Grabski était partisan résolu de la réforme immédiate. Comme pour l’approuver, nous voyons, dans la première moitié de janvier 1924, le cours du
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mark bondir de 6 à 10 millions. Il fallait cependant stabiliser l’ancienne monnaie avant d’introduire la nouvelle, sous peine de voir le premier signe monétaire entraîner le second dans sa chute.
Quelles étaient dès cet instant les armes du gouvernement ?
Il y en avait 2 :
Le Loi du 11 août 1923 établissant l'impôt sur la fortune ;
20 Loi du 6 décembre 1923 portant valorisation sur la base du franc or de toutes les recettes publiques.
Ces deux lois font ressortir l'énergie employée par le gouvernement pour restaurer les finances. Alors que les peuples voisins ont recours à l'argent étranger pour soutenir leurs propres finances, la Pologne au contraire, agit avec ses propres ressources. Dans un sursaut de confiance en elle-même, elle s’est sentie assez forte pour ne pas avoir besoin de nations européennes et pour pouvoir, à elle seule, dominer la situation.
Quoi qu'il en soit, les lois de 1923, sur la valorisation des recettes publiques et l’impôt sur la fortune ne devaient pas donner de ressources immédiates. Les sommes qui devaient en provenir étaient encore de réalisation lointaine, et il importait surtout de prendre des mesures immédiates pour lesquelles M. Grabski n’hésita pas à demander les pouvoirs les plus étendus,
Il les obtint par la loi du 15 janvier 1924, Vérita-
ble loi programme, qui fixe les bases de l’assainissement et de la réforme.
M. Grabski pourra aux termes de celle-ci :
10 Augmenter considérablement les impôts directs avec diminution des délais de paiement,
20 Faire passer aux administrations locales certaines attributions qui ressortissaient du pouvoir central,
30 Aliéner une large part des entreprises d'Etat,
4 Enfin, modifier ou même transformer les institutions financières de l’Etat polonais.
Pour réaliser ce programme, le gouvernement polonais divise son effort en deux parties :
1° Recherche de l'équilibre budgétaire et assainissement de la Trésorerie,
2° Réforme monétaire proprement dite.
Pour réaliser le premier point, M.Grabskis’attaque d’abord aux cheminsde fer dont le budget est séparé de celui de l'Etat. Ils seront désormais commercialisés, c’est-à-dire que les recettes devront couvrir les dépenses au moyen d'augmentation de tarifs. C'est un système qui a généralement pour effet de ne soulever les protestations que des seuls usagers.
Il est bon de rappeler que leur déficit représentait à lui seul à la fin de l’année 1993 les 2/3 du budget général. |
Comme autres dispositions propres à relever les finances, signalons :
19 Le système de budget mensuel pour les diverses administrations de l'Etat, permettant de mieux
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LE POINT DE VUE FINANCIER Ai
adapter les dépenses aux recettes. Cette mesure fut prise en partie sur l'initiative du Conseiller financier anglais, M. A. Hilton Young.
29 Parallèlement se poursuivit la réalisation d'un vaste programme d'économies sous la direction d’un Commissaire extraordinaire. Deux ministères furent supprimés : celui de la santé publique et celui des P. T. T. 30.000 emplois publics subirent le même sort.
3° D'autre part, pour se procurer des ressources immédiates, on fit appel à l'impôt sur la fortune. M. Grabski pensait se procurer par ce moyen 180 millions de zloty, soit 1/5 de l’impôt total évalué à un milliard de francs or.
Toutes ces mesures eurent un effet salutaire et presque immédiat sur le budget :
En janvier,les recettes égalent 30% des dépenses.
En février, les recettes égalent 88% des dépenses.
En mars,ellesles dépassent de8 à 10 %.
Restaient les difficultés de Trésorerie pour lesquelles le Gouvernement fit plusieurs fois appel au crédit public, bien que le marché intérieur accabié d'impôts offrit un terrain peu favorable.
Cependant, nous voyons, en janvier 1924, une émission de bons d'impôts pour 50 millions de zloty.
Un emprunt des chemins de fer à 10%.
Un emprunt à lots en livres sterling.
Ces opérations donnèrent des résultats satisfaisants eu égard à l'ambiance.
Il ne restait plus après cela au Gouvernement
qu’à stabiliser la monnaie après avoir contracté auprès de la caisse nationale des prêts un emprunt important pour faire face durant cette période à ses dépenses courantes.
Dès le mois de février 1924, l'inflation se trouvait brusquement arrêtée, et après des efforts successifs pour enrayer les mouvements de hausse et de baisse de la monnaie, mouvements provoqués par des spéculateurs déçus, on put définitivement stabiliser au taux de 1 zloty égal à 1 million huit cent mille mk.
Il ne restait plus qu'à émettre la nouvelle monnaie et même à l’'émettre rapidement du fait de la gêne causée par l'extrème constriction monétaire à laquelle nous avons déjà plus haut fait allusion.
L'opération de rachat des marks au taux indiqué ci-dessus se fit sans encombre au cours de l’année 1924. Pour procéder à cette opération, le Trésor pouvait compter sur la réalisation de l'or qu'il possédait encore, sur la vente des bijoux lui appartenant, sur l'émission de billon prévue par le traité passé entre l'Etat et la Bank Polski,dès sa création, enfin sur l’actif que donnerait la liquidation de la PKR E#P;:
1 fallait maintenant créer un organe capable d'émettre régulièrement la nouvelle monnaie et au besoin, par la suite, de la défendre, d’où la création de la banque de Pologne (Bank Polski).
$ 3. — La Banque de Pologne.
Cette banque est une institution privée, contrairement à la P. K.K.P, son capital est de cent millions de zloty divisé en actions de 100 zloty seulement pour permettre d’intéresser à l’œuvre de salut national le plus grand nombre possible de petits souscripteurs.
Disons en passant que le succès de l’émission fut éclatant. Il y eut 52.000 souscripteurs et le gouvernement ne put de ce fait obtenir qu'une part très réduite du capital.
Par ailleurs, il est concédé à la banque un privilège d'émission de 25 ans. La couverture des billets est de 30 % de leur valeur.
En échange du privilège, l'Etat dispose sur la Banque d’un crédit de 50 millions de zloty, et le gouvernement est autorisé à nommer le président du conseil d'administration.
Au moment de l’ouverture de la banque,la fortune du Trésor national se composait :
Lo de la provision d’or, s’élevant à 86 millions de zloty ;
20 d’une provision d’argent d'environ 12 millions de zloty;
3° de pierres et métaux précieux vendus 29 millions.
De plus, la liquidation de la P. K.K. P., l’émission des monnaies de billon donnèrent en 1924 150.000.000 de z1.
C’est dans ces conditions que le 28 avril 1924 la Banque de Pologne se prit à fonctionner. Son actif comprend : de l'or : 70,3 millions, — des monnaies et devises: valeur or 207 millions de zloty — des lettres de change pour 118 millions.
Elle a à son passif : une circulation de billets de banque de 111 millions, le compte spécial du ministère s'élève à 131 millions de zloty, qui doivent être employés successivement pour le rachat des marks.
Nous parlerons ci-dessous de la politique de cré-
dit de cette banque.