‹ L'Évolution et le développement du merveilleu dans les legendes de S. Antoine de Padoue [microform]Chapitre 11 sur 47 · Liber miraculorum, ap. Acta SS., n · texte numérisé non relu

Liber miraculorum, ap. Acta SS., n

souA^enir serait resté au fond de cette narration. Il n'est pas invraisemblable qu'un novice fugitif vola effectivement à saint Antoine un manuscrit précieux, puis que, touché de remords, il vint le lui rapporter, en implorant son pardon.. Seulement la poésie et la légende sont comme le peintre peu expérimenté : veulent-elles nous représenter uii homme torturé par le regret, le désespoir, l'épouvante, elles nous le montrent poursuivi înatériellemeiit par des furies ou par un fantôme diabolique, du genre de celui que le novice en question est censé avoir rencontré sur sa route.

C'est aussi au XIV siècle, c'est dans la légende Benignitas '^ , d'où il a passé notamment dans le Liber miraciUorum'^, qu'apparaît pour la première fois ce que les hagiographes modernes ont appelé « le sermon miraculeux de Rome ». Prêchant, dans la ville éternelle, devant des auditeurs de diverses nations, Antoine aurait vu se. renouveler en sa faveur le miracle de la Pentecôte :

Dum vir Dei semel in Romana curia esset constitutus pro qidbusdam negotiis, contigit innumerabilem populorum diversarum linguarum multitudiiiem... confliixisse.. Quumque peregrinis hujuscemodi solemniler prs&dicasset, ecce gratia Spiritus sancti, quemadmodum sanctos aposiolos in die Pentecostes, sic mirificcwit, sic replevit, sic dolavit linguam ipsius, quod unusquisque patenter ajudint, clare intellexit linguam in qua natus fuerat et educatus^.

1 . Leg. Benignilas, mirabilia, n" 1 et 2, ap. S. Ant. vitse dux, p. 223. — Les Additions du ms. de Lucerne à la Legenda prima (add. II, n" 23 et 24, ap. S. Ant. vitai dnx, p. 122.) reproduisent la légende Benignitas.

2. Liber miraculorum, ap. Act. SS., n° 1. — Les Actus B. Francisco cap. XLVIII (éd. Sabatier, Paris, 1902) et Barth, de Pise, f LXVII, éd. de Milan, 1510, donnent aussi ce récit.

3. Lég. Benignilas, mirabilia n"l et 2, ap. -S. Ant. vitx dK«, p.223.

l'évolution du merveilleux 233

Or, -r et c'est l'explication qu'a proposée une revue, la Voix de saint Antoine^ qu'on ne suspectera pas de témérité irrévérencieuse i, — il y a sans doute lieu de reconnaître ici encore, comme substratum du récit, un fait naturel, embelli par la légende. Le saint a pu prêcher effectivement à Rome, devant des pèlerins de tous pays ; sa réputation, son aspect, sa parole véhémente auront causé une impression profonde sur ceux-là même qui ne comprenaient pas son langage'^. De là à comparer son sermon au discours miraculeux des apôtres, le jour de la Pentecôte, il n'y avait qu'un pas. Avec le temps on l'a franchi ^. n

Parmi les plus merveilleuses histoires que Barthélémy de Pise, à la lin du XIV^ siècle, a glanées un peu p£^rtout, se trouve le prodige du a cœur de l'avare », qu'après une prédication d'Antoine on aurait trouvé palpitant au milieu de l'or. Un sermon anonyme du XIV siècle^ avait déjà, avant Barthélémy, relaté le trait en ces termes :

1. Voix de S. Antoine ; iuïïlet 1902 : problèmes antoniens. Vanves, près Paris, imp. Franciscaine Missionnaire.

2. Ce pourrait fort bien être le sens d'une phrase assez obscure d'Odon de Giiâteauroux dans ses sermons sur saint Antoine. (Voir 5. Ant.vitas dase, p. 269, 270) : Cujiis Antonii prosdicatio faitimagnx efficacix etiam apud eos qui eumnon intelligebant. {Serm., 23).— On trouve le même phénomène, tout à fait naturel, dans la vie d'autres prédicateurs célèbres, notamment dans celle de saint Jean de Gapistran.

3. Gela est si vrai que, pour raconter le prétendu prodige, les Actus B. Francisci, ou Fioretti, vont jusqu'à calquer certaines expressions des Actes des apôtres.— Ut videretur, dit la légende, renovatum illud anliquum, aposloloram mirabile, admirantium et dicentium : Nonne hic Ilispanus est ? Et quomodo nos omnes audivimus per eum linguam nostram in qua nati sumus, Grxci et Latini, Francigense et Teutonici... Lombardi et barbari (Act. B. Franc, cap. XL VIII). Or, on lit dans les Actes des apôtres : Stupebant omnes et mirabantur dicentes ; Nonne ecce omnes isti qui loquuntur Galilœi sunt? Et quomodo nos audivimus unusquisque linguam nostram in qua nati sumus, Parthi et Medi, etc. (Act., II, 7, 8, 9).

4. Jadis attribué, à tort et sans aucun fondement, à saint Bonavenlure.

« Dam.,, ad quemdam mortiium ut prmdicaret invitatus a parentibus esset, hoc in thema proposuit : Ubi esl thésaurus tuus, ibi est et cor tuum'^. Deinde addidit quod, quum mortuus non Deum sed aurum amaverat, cor ipsius non erat in eo, sed cum ipsis denariis in marsupio. Quumque illi diligenter inquirerent, non in ipso, sed in ipso marsupio, cor hominis invenerunt-.

Chose curieuse : un vitrail de l'église inférieure du Sacro Convento d'Assise (chapelle de saint Antoine, la deuxième à droite, lorsqu'on entre par le grand portail) représente, entre autres sujets,, cet épisode de l'avare. Seulement, dans cette verrière 3, la scène est encore réduite à ses proportions naturelles. Sur une place, devant le portail d'une église, le saint est en chaire; il exhorte la foule et montre du doigt un cercueil. Mais le cadavre ouvert, mais le cofFre-fort, où le cœur du défunt aurait palpité au milieu des écus, ne figurent nullement dans cette peinture ^. L'artiste semble avoir complètement ignoré ces détails, que les peintres postérieurs, ceux du XV° siècle notamment, retraceront avec tant de complaisance et de réalisme^.

Est-il téméraire de penser que Je vitrail d'Assise nous donne le fond de réalité d'où est sortie peut-être cette histoire fantastique du cœur de l'avare ? GonHne glose du texte évangélique ^ et à l'occasion du trépas de l'un

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