‹ L'Évolution et le développement du merveilleu dans les legendes de S. Antoine de Padoue [microform]Chapitre 10 sur 47 · Jean Rigauld, cap. III, éd. du P. Ferdinand, p · texte numérisé non relu

Jean Rigauld, cap. III, éd. du P. Ferdinand, p

3. Fideli quoramdam fralriim relalione didici. — Jean Rigauld, cap. VIII, éd. du P. Ferdinand, p. 86.

l'évolution du merveilleux 229

une indépendance toute apostolique, ne craignit pas de lui adresser publiquement de véhéments reproches sur sa conduite, c'est-à-dire vraisemblablement, suivant la remarque du D"" Lempp et de l'abbé Lepitre*, sur son hostilité à l'égard des Frères Mineurs. Le Liber miracidorum, qui reproduit presque textuellement Jean Rigauld, dit simplement :

Ad archiepiscopum verbum dirigens in fervore spiritus, dixit ei : Tibi loqitar, coniute. Cœpit autem qusedam vitia, ex quibus erat archiepiscopus in conscientia sauciatus, tanto fervore et tam claris et solidis ScripturiB testimoniis detestari quod subito cœpit archiepiscopus ad conipunctionem et lacrymas et devotionem iiiexpèrtçim hactenus provocari^.

Rien de merveilleux^ à proprement parler, on le voit, dans ce récit ; nul détail surnaturel^ quant à la manière dont Antoine avait pu connaître, — bien facilement et bien naturellement sans doute, — les faits et gestes d'un personnage aussi en vue que Simon de Sully. Or, voici comment, en plein XIX" siècle, un pieux auteur^ glose sur le texte du Liber :

« Au milieu de son allocution, ;7 (le saint) eut une 'illumination soudaine et sut, par révélation, que l'archevêque était un de ces pasteurs pusillanimes, un de ces chiens muets, dont parle l'Ecriture sainte et qui..., etc. 4 »

1. E. Lempp, dans la Zeitschrift de Brieger, t. XII, p, 445 et 446.— AumLvi'PiTB.E, S. Antoine de Padoue, ch.Y.

2. Liber miraciilorum, ap. Acta SS., n° 15. — Jean Rigauld, cap. VIII, éd.* du P, Ferdinand, p. 86-88. — Le texte continue : Finita autem synodo, ei humiliter, in partem deducto, conscienlise vnlnus aperuit (arcliiepiscopus) et ex tune, Deo et fratribiis devotior, in Dei sérvitio se studiosius occupavit.

3. Et ce n'est pas le seul, il faut le dire. Voir, notamment, R. P. At, Hist. de S. Ant. de Padoiie, ch. X, p. 145. Paris, 1878.

4. R. P. LÉOPOLD DE Ghérangé, S. Ant. de Padoae, ch. X, p. 95. Paris, 1894.

Après avoir raconté les derniers moments d'Antoine, la Legenda prima nous dit simplement que les Frères Mineurs, pour éviter l'encombrement de la foule, s'efforcèrent de tenir caché le trépas du saint, mais que néanmoins des enfants l'annoncèrent, en courant par la ville :

Fratribus igitur studiosissime ah exlraiieis et ab amicis et notis cautissime felicem ejas transitiun celantibus, ne videlicet popidorum frequentiiim premerentar incursii, pueri, per civitatem catervatim incedentes, clamabant dicentes : Mortuus est pater sanctus K

Le fait est assez explicable naturellement : il suffit de supposer que le secret fut mal gardé, les précautions mal prises, ou que quelque indice révéla la chose au dehors ; ce qui est d'autant plus plausible que le saint avait été, au grand jour et au vu de tout le monde, ramené mourant de Gamposampiero. En tout cas, la Legenda prima s'abstient de dire expressément qu'il y ait eu en cela un miracle. Les légendaires postérieurs, au contraire, ont eu grand soin de transformer le tout en un prodige formel :

Quod fratres voluerant occultare, dit Jean Rigauld, Deo placuit, modo mirabili, revelare. Nam, quum omiies^ prseter eos qui adfuerant, ej'us obitum ignorarent, subito per vicos civitatis catervatim innocentes pueri gradientes,.. decantabant : Mortuus est pater sanctus ^.

Et la légende Benignitas : A pueris Paduanœ urbis fuit obitus ejus per miraoulum denuntiatus ^.

A côté de récits légendaires, tels que ceux que je viens de citer, dans lesquels la surnaturalisation des

1, Leg. prima, 18, n° 1, ap. S. Antonii vitœ duse, p. 58.

2, Jean Rigauld, cap. IX, éd. du P. Ferdinand, p. 114.

3, Lég. Benignitas, frag. P, n° 11, ap. S. Antonii vitae dues, p. 235.

l'évolution DU MERYEILLEUX 231

faits primitifs ressort, matériellement, de la simple comparaison de la légende avec les documents authentiques ou du simple rapprochement entre eux des textes successifs, il en est d'autres où, pour être moins manifestement établie, cette surnaturallsation ne laisse pas, pourtant, que de se laisser deviner, que dis-je ? où elle est plus que transparente.

■ Lisons, si vous le voulez, l'épisode du « psautier volé ». Le Liber miraculorum, un siècle et demi après la mort d'Antoine, qu'on ne l'oublie pas, nous le raconte en ces termes :

Quum apucl Montempessulanum fratribus legeret theologicun,, accidit qaemdam tiovitium ab ordine recessisse et secum nocte psalterium glossatum magni valoris, cum quo famulus' Domini docebat, furtive nihiloniiaus detulisse. Hoc aiidiens, vir Dei nimis dolidt ; et tune, oratione et divina virtute procurante, diabolus cum securi novitio, per quemdam pohtem fugienti et transeunti, obviavit terribiliter, dicens et : Revertére ad servum Dei Antonium et ad ordinem tuum cum psalterio ; alioquin.. te interficiam et in jluvium te praecipitabo. Tremefactus ac stupefactus est novitius, sed adJiuc aliquantulum resistens : in tantum ad horam crevit diabolus ^proceras magnitudinis factus,.. utnovitius, mox timoré divino correptus, reverteretur ad virum Dei, offerens psalterium, cognoscens culpam, ordinem lacrimabiliter petiturus *.

Pour qui connaît la tendance des légendaires du moyen âge à matérialiser, sous des images sensibles, les faits psychologiques et à faire intervenir dans leurs récits, sous une forme visible, l'esprit du mal, il est assez facile d'entrevoir le trait, peut-être réel, dont le

Page 1