Jean Rigauld, cap. VI, éd. du P. Ferdinand, p
6. Lég. Benignitas, mirabilia, n- 18; ap. 5. Ant, vitx diix, p. 226. — Sans vouloir faire du radicalisme naturaliste, est-il téméraire de penser, qu'à l'origine, la dose du merveilleux dans ce récit était assez peu considérable et qu'il consistait simplement en l'un de ces
Je ne veux, — ni ne puis, du reste, — m'arrêtér ici à discuter la part précise de réalité objective qu'il y a dans ces divers récits. Je répéterai, à leur sujet, ce que j'ai* déjà formulé à propos des traditions en général : la critique a le droit et le devoir de se livrer ici à un travail, à vrai dire, fort délicat. Ce travail consiste à s'efforcer, impartialement ei sans tendances préconçues, de séparer le fait réel, qui constitue le germe ou la charpente solide de la narration, telle qu'elle est parvenue au légendaire postérieur et a été enregistrée par lui, des frondaisons subjectives, des détails adventices qui peut-être, qui sans doute, l'entourent et le recouvrent, plus ou moins ; à tâcher de démêler l'influence amplificatrice, dèformatrice ou surnaturalisatrice, — pardon de ces mots barbares, — que peut avoir exercée sur l'épisode primordial V aLCÛon des diverses causes évolutives.
En d'autres termes, ceux qui ont vu ces traits et les ont tout d'abord narrés, ont-ils vu juste de tout point, ou bien, dans un enthousiasme irréfléchi et un parti pris de merveilleux a priori, auraient-ils inconsciemment transformé en prodiges des phénomènes qui pouvaient s'expliquer tout naturellement ? Les intermédiaires, d'autre part, qui ont propagé et transmis les dires des premiers narrateurs, les ont-ils compris et répétés adéquatement, ou bien, pour un motif ou pour un autre, auraient-iïs mal à propos forcé le ton, inconsidérément outré la voix ? A ceux que ce problème attire
concours heureux de circonstances que les gens pieux attribuent volontiers à l'intercession des saints, — témoin certaines publications, — mais dans l'interprétation desquels l'imagination peut avoir une large part ? Une femme, ayant fait un faux pas, a eu la chance de ne pas souiller ses vêtements, comme elle courait grand risque de le faire ; comment ne pas attribuer, en la grossissant quelque peu, cette chance inespérée au thaumaturge, dont elle allait écouter le sermon ?
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et intéresse de peser, aussi froidement, aussi consciencieusement que possible, le pour et le contre et de se faire, s'il se peut, sur ces points une conviction raisonnée.
Le croyant, en tout cas, ne saurait faire mieux, au point de vue catholique, que de prendre pour devise ces paroles de Montalembert : ce Je tiens la raison pour l'alliée reconnaissante de la foi, non pour sa victime asservie et humiliée... Animé d'une foi vive et simple dans le surnaturel, je n'y ai recours que quand l'Eglise me l'ordonne, ou quand toute explication naturelle à des faits incontestables fait défaut ^ »
L'étude, à proprement parler, des légendes antoniennes ne fait guère, de nos jours, que commencer. C'est à peine si elle a été inaugurée, d'une façon rationnelle et critique, depuis quelques années 2. L'origine de la plupart des récits qui composent la biographie populaire du « thaumaturge » de Padoue, leurs dates approximatives, les remaniements et les transformations de leurs textes, provoquent, et provoqueront sans doute encore longtemps, chez l'écrivain sérieux, chez celui qui veut les apprécier sainement et sans exagération en un sens ou en un autre, des hésitations multiples. J'ai essayé, dans les pages précédentes, de planter, en quelque sorte, des jalons qui permettent de mieux