CHAPITRE 1Л" Socialisme et communisme centralistes
Les marxistes considèrent avec grand dédain l'édification de plans de la société future. Si l'ordre socialiste ne devait être en effet que la résultante de forces naturelles, indépendantes de la volonté consciente de l'homme, toutes les considérations sur les bases de la société future seraient vaines et futiles. Mais il faudrait admettre aussi bien l'inanité de toute activité consciente en vue de réaliser l'idéal socialiste. Puisque l'évolution sociale doit réaliser d'elle-même le socialisme, par le jeu de forces naturelles, sans collaboration aucune de notre raison et de notre vouloir, à quoi bon notre ingérence dans ce procès nécessaire, inévitable ? Il ne nous reste qu'à attendre l'effondrement prévu de l'ordre capitaliste et l'apparition d'une société nouvelle.
Seulement, ce point de vue théorique ne convient pas le moins du monde à un parti de lutte sociale, que constituent en réalité les marxistes, et il n'y a pas lieu de s'étonner de ce que ceux-ci reconnaissent pratiquement la nécessité pour tout socialiste de se faire une idée nette et distincte des bases de la société future. Un homme n'est-il pas socialiste précisément parce qu'il a dans l'esprit le plan d'une société socialiste ? Ce plan peut
être insuffisamment élaboré, nombre de parties peuvent en rester dans l'ombre, mais il doit être pourtant assez net pour qu'on ne puisse pas douter de la possibilité de la réalisation du socialisme, en tant que forme future de la communauté. Peut-on s'imaginer un socialiste qui ne saurait rien, absolument rien, de ce que doit être la société socialiste ? S'il s'en trouvait un, on pourrait lui demander pourquoi, à son avis, l'effondrement du capitalisme doit conduire au triomphe du socialisme et non pas à celui de tout autre ordre social. Si le socialisme est véritablement un X, pourquoi donner une dénomination à une inconnue ?
Au fond, les marxistes reconnaissent tout aussi bien que les utopistes la nécessité d'un plan de la société future. La seule différence, c'est que les utopistes ont eux-mêmes élaboré ces plans, ce qui leur a demandé un énorme effort intellectuel, tandis que les mai-xistes leur ont emprunté ces plans tout faits. Ce n'est que grâce à ceux-ci que le marxisme est une école socialiste.
Ces plans font donc partie intégrante de toutes les doctrines socialistes, qui, sous ce rapport, peuvent être classées de la façon suivante :
Socialisme Communisme