‹ L'évolution historique du socialismeChapitre 10 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Vices de la civilisation et appréciation générale de l'économie capitaliste

Outre la théorie de la concentration de la production, Fourier est encore le père d'une autre théorie non moins importante : celle des \ices de la civilisation.

Le vice fondamental de l'ordre social actuel, déclare Fourier, c'est l'insignifiance de la richesse sociale qu'il est en état de créer. Parfois il n'utilise pas les forces productrices de la communauté, parfois il va même jusqu'à les détruire. La civilisation ne remplit pas la première condition de toute bonne organisation sociale, qui est de créer le plus possible de richesse.

Dans l'organisation actuelle, il est une foule de gens qui sont improductifs ou qui même n'ont qu'un rôle négatif. La société actuelle comprend au moins les deux tiers de parasites, c'est-à-dire d'éléments improductifs. Ces parasites sont :

1° Les parasites domestiques, femmes, enfants, valets : a) les trois quarts des femmes de la ville et moitié de celles de la campagne, par absorption aux travaux du ménage et à la complication domestique ;

b) les trois quarts des enfants, pleinement inutiles dans les villes et peu utiles dans les campagnes; c) les trois quarts des domestiques, dont le travail n'est qu'efîet de complication.

2° Les parasites sociaux : a) les armées de terre et de mer, qui n'ont pour objet que la destruction ; b) des légions de fonctionnaires et de fiscaux ; c) la grande moitié des manufacturiers, réputés utiles, mais qui sont improductifs relativement, par la mauvaise qualité des objets fabriqués ; d) les 9/10 des marchands et agents commerciaux ; e) les deux tiers des agents du transport de terre et de mer ; /) les chômeurs légaux, accidentels et secrets ; g) les sophistes et d'abord les controversistes ; h) les oisifs, gens dits comme il faut, passant leur \ie à ne rien faire, auxquels il faut joindre leurs valets et toute la classe qui les sert ; г) les prisonniers, qui sont une classe d'oisiveté forcée ; A') les scissionnaires, gens en rébellion ouverte contre l'industrie, les lois, les mœurs et les usages. Tels sont les loteries et les maisons de jeu, vrais poisons sociaux, les chevaliers d'industrie, les femmes publiques, les gens sans aveu, les mendiants, les filous, les brigands et autres scissionnaires, dont le nombre tend moins que jamais à décroître et oblige à entretenir une gendarmerie et des fonctionnaires également improductifs.

Parmi les parasites sociaux, il faut encore compter les agents de création négative qui ne travaillent pas pour satisfaire les besoins naturels de l'homme, mais des besoins créés par l'imperfection de l'ordre social actuel. Comme exemples de production négative, on peut citer l'édification d'un mur de clôture, le déboisement d'une forêt utile au pays mais détruite par la rapacité de propriétaires qui ne pensent pas à l'intérêt commun, la

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 97

fondation de plusieurs entreprises concurrentes là où une seule entreprise suffirait aux besoins de la communauté.

Ainsi, d'après Fourier, la majeure partie de la population, dans la société actuelle, est improductive : elle ne collabore pas à la création de la richesse sociale, mais souvent même elle entrave cette création. Il est curieux de constater que Fourier considère comme improductifs ceux qui sont occupés dans le commerce.

Le véritable rôle des commerçants devrait être de rapprocher le consommateur du producteur. Ce rôle, le remplissent-ils ? Le commerçant n'est-il réellement qu'un agent subalterne du producteur et du consommateur ? Il s'en faut de beaucoup. Le commerçant exploite dans son intérêt l'anarchie économique actuelle, la désorganisation de la production et devient le maître aussi bien de la production que de la consommation. Le commerçant, écrit Fourier, lèse la société en la grevant d'un tribut exagéré dont il profite ; il lèse la société, en détournant les agents qu'il emploie de tout travail productif. Il lèse la société en falsifiant les produits pour pouvoir se maintenir dans l'âpre lutte de la concurrence. Il se fait même destructeur de la richesse sociale, en retenant intentionnellement des produits qu'il pourrait vendre ou même en les anéantissant, afin de les rendre plus rares ; le principe fondamental de l'organisation commerciale est, en effet, la liberté illimitée et le droit absolu que possède le négociant de disposer des produits dont il fait commerce, au mieux de ses intérêts.

Le commerçant lèse la société par les pertes que subit celle-ci du fait des milliers de petits magasins, du morcellement de la circulation des marchandises, d'où résulte une complication inutile. Il lèse également la

société par ses banqueroutes, qui affectent non seulement le banqueroutier, mais encore tous ceux qui sont en relations d'affaires ал'ес lui. Toutes les banqueroutes de spéculateurs sont supportées par la population productrice, mais ce sont surtout les industriels et les ouvriers de l'industrie qui ont à souffrir des crises ainsi provoquées.

Le commerçant lèse la société par les fluctuations du prix des marchandises qu'il provoque et qu'il exploite au détriment des producteurs et des consommateurs, en achetant aux premiers leurs marchandises à bas prix et en les revendant aux seconds à des prix exagérés.

Une autre conséquence du commerce non moins nuisible à la société, c'est qu'il détourne le capital de l'industrie et de l'agriculture. Il s'entasse dans les grands centres commerciaux des capitaux énormes, dont le seul emploi est la spéculation commerciale, l'agiotage.

En général, le commerce complique et rend plus difficile le processus de la production et de la distribution des produits entre les diverses classes de la société. Ceux-ci font un long trajet de main en main, avant d'arriver au consommateur. Et, à chaque étape, le prix augmente. Toujours nouveau gain du commerçant, payé en définitive par le consommateur, en même temps que tous les frais causés par le transport superflu des marchandises d'un commerçant à l'autre.

En présence de cet état de choses, Considérant déclare : " Le corps commercial peut être considéré dans son état actuel, et comparativement au rôle qu'il devrait jouer, comme un parasite que les travailleurs productifs, agriculteurs et fabricants, et les consommateurs, sont forcés de nourrir de leurs plus clairs revenus ; comme un vampire qui suce les richesses et le sang du

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 99

corps social, sous prétexte de faire circuler ce sang et ces richesses. A l'égard du producteur, c'est un corsaire qui croise et qui rançonne ; à l'égard du consommateur, c'est l'araignée qui tend sa toile et saigne la mouche imprudente. »

Historiquement, le commerce est né du brigandage et du pillage. Le marchand de l'ancienne Grèce était en même temps pirate. Et, aujourd'hui encore, il n'y a pas de classe, qui ait, de l'honneur, de ce qu'il est permis et de ce qui ne l'est pas, une idée aussi large que les commerçants. La tromperie est encore un trait nécessaire du commerce, ce qui montre bien la parenté morale du négociant moderne et de ses lointains ancêtres.

« Le corps des négociants, écrit Fourier, n'est dans l'ordre social qu'une troupe de pirates coalisés, qu'une nuée de vautours qui dévorent l'industrie agricole et manufacturière et asserA'issent en tout sens le corps social. Soit dit sans les critiquer indi\4duellement : ils ignorent eux-mêmes la malfaisance de leur profession ; et quand ils la connaîtraient, peut-on blâmer aucun spoliateur en civilisation, puisque cette société est le jeu des dupes et des fripons ? »

Mais le plus grand reproche qu'on puisse faire à la société moderne, c'est de créer inévitablement une vaste classe de parias : criminels, mendiants et, en général, tous ceux qui ne produisent rien et sont même les adversaires, les destructeurs, de la société. Si cette catégorie de gens existe, la faute n'en est-elle pas à la société ?

Le premier vice de la civilisation est donc la perte énorme de force ouvrière dont elle est responsable, la formation de légions innombrables d'éléments sociaux improductifs ou destructifs. Mais il y a plus : la civili-

sation ne sait même pas tirer tout le parti possible des quelques ouvriers qu'elle emploie à un travail productif.

Les avantages qui résultent de la grande production sont connus de tous : ils proviennent surtout de la division du travail, de l'utilisation plus complète de la force ouvrière, du capital et de l'emploi des machines. Mais la petite production existe même dans les pays les plus avancés. C'est surtout l'agriculture qui en souffre. En France, la majeure partie du territoire appartient à de petits paysans. Quel gaspillage énorme de force humaine constitue l'exploitation agricole actuelle !

Le morcellement de l'exploitation augmente la difficulté de toutes les entreprises communes nécessaires à l'agriculture, par exemple, le drainage, l'irrigation, le dessèchement de marais, etc.

Si ces centaines de petites parcelles étaient réunies en un grand domaine, si on bâtissait au lieu de centaines de misérables chaumières une grande maison d'habitation, si toutes les terres étaient communes et si on les exploitait d'après un plan d'ensemble pour le compte de toutes les centaines de producteurs, sans aucun doute la quantité des produits récoltés croîtrait énormément, et la même superficie de terrain serait pour la population une source de richesse bien plus grande.

Encore plus manifestes sont les avantages de la grande production dans l'industrie ; et comme là aussi la petite production est loin d'avoir disparu, nous constatons donc que dans tous les domaines économiques la civilisation est impuissante à tirer le meilleur parti possible des forces productrices de la société

Mais il s'en faut que le morcellement de la production soit le seul vice de l'organisation économique actuelle. Le caractère lui-même du travail économique moderne

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 101

n'est pas un moindre mal. Ce travail n'a aucun attrait ; on ne travaille que parce qu'on y est contraint par le besoin et par la faim et, naturellement, on travaille très mal. Nous sommes habitués à considérer le travail économique comme nécessairement ennuyeux et désagréable. Et pourtant, cette répulsion que nous avons pour le travail ne provient pas de son essence même; elle a son origine dans l'organisation défectueuse, dans les conditions extérieures du travail économique en notre ère de civilisation. Ne voyons-nous pas des gens entreprendre de plein gré, simplement par amour de l'activité, des travaux qui exigent une dépense de forces bien plus grande que n'importe quel travail d'ordre économique ? Le chasseur ne se fatigue-t-il pas, par amour de la chasse, plus qu'un ouvrier ? Pourtant ce travail ne l'ennuie pas. Pourquoi ? Parce qu'il est conforme à ses goûts, (ju'il commence et qu'il cesse à son gré. Tout travail est désagréable qu'on exécute par contrainte ; et, par contre, tout travail, même le travail économique, peut être agréable s'il n'est pas trop prolongé, si on l'exécute de plein gré et s'il correspond aux goûts et aux aptitudes de l'individu.

Le manque d'attrait du travail économique sous le règne de la civilisation provient donc d'une mauvaise organisation de l'économie. L'ouvrier qui est contraint de travailler produira naturellement moins que celui à qui le travail fait plaisir et qui, par suite, travaille avec goût. Voilà donc un nouveau « vice de la civilisation », qui provoque une diminution de la production sociale.

Mais la liste des « vices de la civilisation - est loin d'être épuisée. On sait combien le travail du propriétaire est plus énergique que celui du salarié. La civilisation est placée devant cette alternative : ou bien traA-ail

du propriétaire et petite production, exclusive de la technique rationnelle, ou bien grande production et mauvais travail, travail négligé du salarié. La preuve est faite de son incapacité à réunir les avantages de la grande production et ceux du travail que l'on exécutd pour soi, dans son propre intérêt. "

Considérons maintenant l'organisme économique de la civilisation dans son ensemble. Le seul lien qui réunit les divers domaines économiques est l'échange, régi par ce que l'on appelle la libre concurrence. Il n'y a pas de plan général de la production sociale; chacun ne pense qu'à soi, sans s'occuper des autres. Le résultat obtenu est non point l'harmonie de tous, comme le veulent les économistes, mais la guerre acharnée de tous contre tous, l'enrichissement des uns aux dépens des autres, la ruine des entreprises malheureuses, c'est-à-dire les banqueroutes, qui se multiplient en masse au moment des crises commerciales et industrielles, lorsque les fabriques ferment leurs portes l'une après l'autre et que les ouvriers sont abandonnés à des privations inouïes.

La conclusion est celle de Considérant : « La forme sociale actuelle est contraire aux intérêts généraux des individus et des peuples; elle appauvrit et affame le corps social... Et ce ne se sont pas les moyens d'action qui manquent : la terre, les capitaux, l'industrie, la puissance des machines, des arts et des sciences, les bras et l'intelligence sont là. Toute la question gît dans l'organisation de l'industrie; c'est une combinaison qu'il faut proposer et essayer : c'est la grande question de destinée, question de bonheur et de malheur, de richesse ou de misère, et peut-être, à l'heure qu'il est, de vie ou de mort pour les sociétés modernes. »

Nous ал'0П8 donc découvert les raisons de l'insigni-

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 103

fiance de la richesse sociale, même chez les peuples les plus avancés. Ces raisons dérivent entièrement de l'organisation sociale actuelle. C'est elle qui enchaîne les forces productrices de la société, qui fait, de la majeure partie de la population, des parasites et enlève au reste la possibilité d'utiliser pleinement ses forces, qui, ainsi, ne créent qu'une très minime partie de la richesse que la société pourrait produire avec une meilleure organisation. Il est facile de comprendre que, dans ces conditions, même avec la répartition la plus juste du revenu social, la pauvreté doit être le lot inévitable de l'humanité.

Malgré cette sévère condamnation de l'ordre économique moderne, Fourier sait très bien combien le capitalisme est supérieur à tous les autres systèmes économiques antérieurs. Maintes fois, il rappelle que la civilisation a été un pas important dans l'échelle du mouvement social, attendu qu'elle a créé les moyens de réaliser l'ordre futur, l'association. N'est-elle pas la mère de la grande production, des sciences et des arts? Ce sont là des moyens nécessaires pour monter dans l'échelle sociale, des moyens auxquels nous devons recourir, si nous ne voulons pas croupir éternellement dans cet abîme de misère et de bêtise. La civilisation a transformé la technique de la production, elle lui a donné une base scientifique.

Dans la civilisation, un nouvel ordre de choses commence à se développer. La propriété change de forme : d'individuelle et exclusive elle devient sociale. La production se socialise, la petite production étant évincée par la grande, qui renferme les éléments d'une nouvelle organisation : l'association.

Toute la littérature socialiste qui a suivi n'a guère

rien ajouté d'essentiel au tableau magistral, donné par Fourier, des vices de la civilisation. D'ailleurs, Fouriev est un des plus grands et des plus profonds penseurs sociaux que connaisse l'histoire. Sans doute, les couleurs sont, dans son tableau, trop chargées, surtout en ce qui concerne sa caractéristique du commerce. Mais en condamnant si impitoyablement le commerce, en le traitant de vampire, de parasite, d'araignée, il ne faisait que donner libre cours à l'indignation morale que lui inspirait son expérience personnelle de certaines pratiques commerciales.

L'économiste ne peut sur ce point partager les vues de Fourier. Le type social du grand commerçant ne diffère guère du type social de n'importe quel grand entrepreneur capitaliste. Le commerce remplit, dans le mécanisme de l'économie capitaliste, une fonction tout aussi nécessaire que l'industrie : sans l'échange des produits, leur production de\âendrait impossible.

Le commerçant n'est donc pas un parasite, mais bien un rouage nécessaire du mécanisme économique moderne; c'est son hypertrophie, son extension excessive au détriment des autres branches de l'activité humaine, — en relation étroite avec l'organisation capitaliste, — qui en fait un mal indéniable. Fourier a parfaitement raison de prétendre que les services rendus par le commerce à la société, quels qu'ils soient, sont trop chèrement payés.

La phase la plus récente de l'évolution industrielle est caractérisée par la tendance à établir des relations immédiates entre producteurs et consommateurs, en supprimant les intermédiaires. Différents modes d'organisation coopérative s'efforcent, avec beaucoup de succès, de faire disparaître le petit commerce et même le com-

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 105

merce en gros. Dans la littérature du mouvement coopératif, qui est dirigé en droite ligne contre le négoce capitaliste, nous trouvons aujourd'hui encore des déclamations et des considérations tout empreintes de l'esprit de Fourier. Nombre de fanatiques de la coopération ne A'oient pas le commerçant autrement que sous les traits du vampire ou de l'araignée.

Le suprême idéal des coopérateurs est d'établir des relations directes entre producteurs et consommateurs, en supprimant complètement le commerçant. L'évolution économique contemporaine, même indépendamment des organisations coopératives, est orientée dans le même sens. La concentration de la production et la réunion de petites entreprises en associations gigantesques fait que celles-ci ont la possibilité de se passer d'intermédiaires commerciaux dans l'achat des matières premières nécessaires et de s'aboucher directement avec le producteur. D'ailleurs, dans les plus hautes sphères de la production capitaliste, par exemple dans la construction des grandes machines, des navires, des rails, le travail sur commande est la règle générale.

L'intermédiaire du commerce perd ainsi de son importance et c'est naturellement un grand avantage pour la société, une grande économie de force sociale. Mais comme, en même temps, le système économique de l'échange progresse toujours, que le système économique naturel disparaît de plus en plus vite, somme toute le rôle du commerce dans la société moderne augmente plutôt qu'il ne diminue, malgré ces tendances à la restriction; une preuve entre autres en est fournie par la rapide progression du nombre des personnes employées dans les différentes opérations commerciales.

La liste dressée par Fourier des vices de la civilisation

est encore très instructive en ce qu'elle montre l'inanité des craintes si répandues, que l'ordre socialiste amènera l'égalité universelle dans la pauvreté. Cette erreur s'explique par le fait que nous ne voyons que très imparfaitement quelle minime partie des forces productrices dont elle dispose, la société utilise actuellement. Naturellement, les nombres donnés par Fourier dans l'énumération des « parasites sociaux » sont absolument arbitraires et n'ont en eux-mêmes aucune valeur. Pour prétendre qu'au moins les deux tiers de la population se composaient de parasites vivant aux dépens d'autrui; Fourier ne s'appuyait sur aucunes données statistiques. Mais, si son évaluation n'est pas exacte, elle est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité.

De tous les socialistes postérieurs, Marx est le seul qui puisse être comparé à Fourier, par sa conception grandiose de l'ensemble des lois de l'évolution sociale.

Marx a essayé, par la généralisation des faits positifs de l'évolution historique, de déterminer le sens de l'évolution de la société moderne, les nouvelles formes sociales qui doivent naître nécessairement de l'ancienne société. Naturellement, il est parti de sa philosophie de l'histoire, de la doctrine du matérialisme social, qui voit dans l'évolution des conditions matérielles du travail économique le facteur fondamental et décisif du progrès social. Or, si le développement économique détermine tout le reste, l'apparition d'un nouvel ordre social doit, elle aussi, être le résultat d'une évolution de la forme économique actuelle, suivant des lois déterminées. Cette

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 107

forme économique est le capitalisme. Donc, les forces qui feront la гéл'olution sociale doivent résulter de l'évolution de l'économie capitaliste.

Le mode de production capitaliste constitue une nouvelle phase dans le développement progressif de l'humanité. La production capitaliste a été précédée, d'une part, par la petite production indépendante et, d'autre part, par la production forcée du servage. Ces deux formes sont, au point de л-ие technique, inférieures au capitalisme. Le capitalisme a été un très grand progrès dans l'histoire de l'humanité, puisqu'il a été un agent très actif du développement des forces productrices sociales.

Mais ce système capitaliste renferme des antinomies inévitables, qui doivent amener une transformation et l'apparition d'une forme supérieure. Ce sont ces antinomies qui produisent les crises économiques périodiques.

L'industrie capitaliste doit nécessairement parcourir le même cycle : une période de calme est suivie d'un essor industriel, qui doit se terminer par l'effondrement et par la crise, après quoi Ton recommence le même mouvement. « Semblable aux corps célestes qui répètent toujours le mouvement qui leur a été imprimé, la production sociale se poursuit sans cesse avec le même jeu d'expansion et de contraction... La période de ces cycles embrasse aujourd'hui de dix à onze années, mais rien ne nous autorise à considérer cette durée comme constante. Les lois de la production capitaliste nous amènent au contraire à admettre que cette durée varie et diminue peu à peu. »

Ainsi Marx prévoit, pour Гал'еп1г, une crise chronique qui arrêtera le mouvement de la production capitaliste et portera par là à l'ordre capitaliste le coup de grâce.

Les forces purement économiques qui résultent de l'or-

ganisation capitaliste de l'économie sociale doivent donc nécessairement amener sa transformation en une forme économique supérieure. L'action de ces forces aveugles de l'évolution économique est encore fortifiée par celle des forces sociales conscientes qu'engendre cette môme évolution capitaliste et qui s'exercent dans le même sens. Le capitalisme se trouve finalement en présence non seulement d'un conflit économique, qui ne peut être solutionné dans l'organisation actuelle et qui exige la socialisation des moyens de production, mais il crée encore une classe qui a un intérêt immédiat à cette socialisation. Cette classe est le prolétariat.

Un énorme mérite historique du capitalisme, c'est l'accroissement de la productivité du travail social qui résulte de ce nouveau mode de production. Mais plus la richesse sociale monte, plus son producteur, c'est-à-dire l'ouvrier, descend!

A quoi doit aboutir l'amoncellement toujours plus considérable de misère qu'entraîne l'accroissement de la richesse; à quoi doit aboutir cette augmentation incessante du nombre des prolétaires qui sombrent dans la misère, pendant qu'un petit nombre de plus en plus restreint de capitalistes concentrent dans leurs mains des quantités toujours plus énormes de moyens de production? La résistance du prolétariat augmente; les conditions de la production apportent dans cette résistance toujours plus d'union et de discipline. *< L'heure fatale à la propriété capitaliste privée a sonné. Les expropriateurs seront expropriés. » Le mode de production capitaliste est le premier pas dans la négation de la propriété privée basée sur le travail personnel. " La production capitaliste crée sa propre négation par une évolution nécessaire. C'est la négation de la négation. C'est le réta-

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 109

blissement, non pas de la propriété privée, mais de la propriété individuelle des acquisitions faites au cours de l'ère capitaliste, c'est-à-dire la coopération et la propriété commune de la terre et des moyens de production. »

Л^оНа le schème général suivant lequel, selon Marx, l'ordre socialiste naît de l'ordre capitaliste. Pourtant, bien que génial, il ne correspond pas tout à fait à la réalité. Comme nous l'avons déjà dit, le petit nombre des magnats du capital ne diminue pas et l'on ne remarque pas non plus d'aggravation de la misère du peuple. De plus, la prévision de Marx d'un retour des crises à des intervalles de plus en plus rapprochés, et finalement d'une crise chronique qui rendrait impossible la production capitaliste, ne s'est pas non plus réalisée. L'expérience et la saine doctrine a})prennent au contraire que le développement du capitalisme ne crée pas de nouveaux obstacles à l'écoulement des produits de l'industrie capitaliste. Il n'y a donc pas de raison de prévoir que le capitalisme meure jamais de mort naturelle; il faut qu'il soit détruit par la volonté consciente de l'homme, détruit par la classe qu'exploite le capital, par le prolétariat.

D'ailleurs dans tout le schème donné par Marx de la genèse de l'ordre socialiste naissant du capitalisme, on remarque un dualisme indéniable. Dune part, Marx fait tous ses efforts pour prouver que le passage de l'ordre capitaliste à l'ordre socialiste est un phénomène nécessaire, naturel. Le capitalisme doit, de par les lois nécessaires de l'évolution économique, se détruire lui-même, et cela d'une façon tout à fait indépendante de la volonté humaine, des classes sociales organisées. D'autre part, Marx veut que la destruction du système capitaliste

et la création de l'ordre économique socialiste soient l'œuvre consciente d'une classe sociale, du prolétariat. Mais, si réellement l'éA'olution économique elle-même, sans aucune inter\'ention de la conscience humaine, conduit au triomphe du socialisme, pourquoi la classe ouvrière doit-elle prendre part à la lutte sociale et dépenser ses forces à la poursuite d'un idéal dont la réalisation n'en est pas moins inévitable ?

Il y a là évidemment une contradiction profonde, qui a son origine dans les bases de la philosophie sociale de Marx. L'auteur du « Capital » exagérait l'importance de l'aspect naturel de l'évolution historique et ne comprenait pas le rôle créateur énorme que joue dans ce procès la personnalité humaine. Aussi cherchait-il toujours, comme savant et comme penseur, comme homme de science objective, à mettre au premier plan de la scène historique les forces naturelles de l'évolution économique.

Mais Marx n'était pas seulement penseur et homme de science objective: il était en même temps un lutteur, qui avait la haine de l'ordre social actuel. Il était un révolutionnaire ardent et il a consacré toute sa vie à la cause de la révolution. Il n'était pas seulement riiomme de la réflexion abstraite, mais de la volonté ferme, de l'action puissante. Et cette action puissante, il l'exigeait des autres. Or, pour cela, il était obligé de descendre des hauteurs de la spéculation, et d'appeler les hommes à la lutte pour leurs intérêts, pour l'idéal socialiste.

Il va de soi que l'évolution économique est une condition nécessaire de la victoire du socialisme; elle prépare le terrain pour le nouveau système économique, crée les conditions économiques nécessaires et organise la force à laquelle est dévolu le rôle décisif dans la lutte pour le

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 111

socialisme, c'est-à-dire le prolétariat. Jusqu'ici Marx a raison. Mais l'évolution naturelle des formes économiques ne suffit pas à assurer le triomphe du socialisme : il faut encore que l'homme exerce son action consciente sur l'état social actuel. Ce n'est que la volonté humaine consciente qui, s'appuyant sur le processus naturel de l'évolution, peut créer un nouveau système économique, un système socialiste.

De même que Fourier, Marx voyait dans l'économie capitaliste un grand progrès sur tous les systèmes économiques antérieurs. Mais il n'a pas, comme Fourier, analysé les obstacles qui s'opposent à la pleine utilisation des forces productrices sociales dans le système capitaliste. C'est là pourtant un point très important dans une appréciation critique du capitalisme.

Quand Fourier promettait de décupler la richesse sociale, en remplaçant la liberté anarchique du capitalisme par une organisation méthodique du travail sous forme de vaste association à la fois agricole et industrielle, ce ne pouvait être qu'un jeu d'imagination et en réalité ce n'était pas autre chose. Le phalanstère n'était pas un moyen capable de conduire à ce résultat. Mais ce qui était loin d'être un rêve, c'est que le système économique capitaliste renferme des obstacles à l'accroissement des forces productrices sociales et à leur pleine utilisation.

L'organisme de l'économie capitaliste est un agglomérat fort complexe d'organismes économiques privés, d'exploitations indi\iduelles reliées entre elles par l'échange. Chacune de ces exploitations privées jouit dans son domaine d'une certaine autonomie. Chaque entrepreneur, chaque propriétaire peut faire ou ne pas faire ce que bon lui semble, sans rencontrer de défense

и? PREMIÈRE PARTIE

mais sans rencontrer aussi de secours et d'appui de la part de la société. L'économie sociale, dans son ensemble, est dépourvue de tout plan raisonnable. Les forces aveugles de l'évolution historique et les rapports de supériorité et de dépendance qui régissent la société règlent la répartition de la population sur toute l'étendue du territoire aussi bien que les formes économiques existantes. Aussi celles-ci sont-elles extrêmement diverses. Partout, même dans les pays les plus avancés, nous Aoyons un grand nombre d'entreprises industrielles condamnées irrévocablement à la disparition par suite de leur faible productivité et qui pourtant se défendent avec acharnement et ne disparaissent qu'avec une extrême lenteur.

C'est ainsi que, dans le domaine industriel, par exemple, les avantages des machines et de la grande production en général sur la petite sont véritablement énormes. Et pourtant, la petite production ne veut pas céder; elle fait même des progrès. Sans doute, il y a des branches de la production où la petite production est en mesure de s'adapter aux progrès techniques et de subsister encore longtemps ou même toujours, par exemple les différentes branches de l'industrie artistique, etc. Mais ces industries n'occupent qu'un petit nombre des petits producteurs; la majorité de ceux-ci sont employés à des travaux pour lesquels la machine constitue un progrès technique considérable. Mais la machine ne pénètre pas dans ce domaine, par suite des conditions sociales de l'ordre économique moderne et surtout par suite des salaires dérisoires dont les ouvriers à domicile sont obligés de se contenter.

La modicité des salaires est un des plus grands obstacles à l'accroissement de la productivité et aux progrès

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 113

de la machine. D'autres particularités sociales du capitalisme agissent encore dans le même sens. C'est ainsi, par exemple, que tout récemment, au centre du monde capitaliste, en Angleterre, on a observé dans certaines branches de la confection des vêtements un fait qui de prime abord semble incompréhensible : la grande production en décadence, le travail des machines remplacé par le travail à la main effectué à domicile. Cela s'explique par le fait que les exigences des inspecteurs des fabriques en faveur des ouvriers ont amené les industriels à recourir au travail à domicile, où aucune ingérence extérieure ne gêne le libre exercice de l'exploitation capitaliste. Алее le système de l'économie privée, une grande partie de la production sociale reste à l'écart du progrès technique. A quoi bon les inventions, si les classes opprimées, c'est-à-dire, dans nombre de pays, la majeure partie de la population, travaillent avec les mêmes outils primitifs que leurs lointains ancêtres ? La charrue à croc, le rouet, le métier à la main tiennent encore une large place dans la vie économique de nombreux pays.

Nous constatons donc que, dans les diverses exploitations privées, les ressources techniques dont dispose la société ne sont que très imparfaitement utilisées. Sans doute, un progrès considérable s'y accomplit : les entreprises plus perfectionnées au point de vue technique grandissent, en général, bien plus vite que les entreprises moins perfectionnées, dont le nombre subit une diminution sinon absolue du moins relative. La grande production prédomine de plus en plus dans l'économie nationale.

Mais l'ensemble de l'économie capitaliste reste sans organisation, régi par des forces aveugles. On n'y observe

presque pas de progrès, car la réunion des capitalistes en cartels ne supprime pas la concurrence entre cartels, et la production nationale reste dans le même état d'anarchie. Il n'y a aucune force dirigeante pour établir l'harmonie entre les différentes entreprises autonomes dont l'ensemble constitue l'ordre économique capitaliste. Pourtant, par suite de l'échange, la situation de chaque entreprise est intimement liée à la situation des autres. Il en résulte une pression incessante exercée sur la croissance de la production sociale par le caractère chaotique de l'échange capitaliste. Cette pression, invisible mais absolument réelle, est un des principaux obstacles au développement des forces productrices sociales dans le capitalisme.

La force centrale qui règle le mouvement de l'industrie capitaliste est le marché. C'est lui qui transmet au monde capitaliste cette pression que le manque d'organisation de l'échange social exerce sur la croissance de la production sociale. Les ressources techniques de l'industrie moderne sont si énormes, que la production de chaque pays capitaliste pourrait en très peu de temps augmenter considérablement. Les bonds étonnants que fait la production capitaliste pendant les périodes d'essor industriel en sont la meilleure preuve. Les fabriques, les nouvelles entreprises industrielles et commerciales de toutes sortes sortent de terre comme des champignons; des quartiers entiers sont construits, des villes entières surgissent dans le Nouveau-Monde, comme si le charme d'une pluie d'or avait ranimé la terre et réveillé les forces productrices qui sommeillaient dans son sein et dont les proportions énormes font l'étonnement du monde.

Cette animation ne dure pas longtemps. Trois ou

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 115

quatre années se passent, puis viennent de nouveau les crises, les banqueroutes, la stagnation industrielle et le déclin général. Voilà la marche invariable de l'industrie capitaliste, son évolution normale, faite de l'alternance de périodes de prospérité et de stagnation. Mais pourquoi l'essor industriel est-il toujours très bref et finit-il toujours par la stagnation ?

La cause immédiate d'une crise économique est toujours une baisse du prix des marchandises, l'impossibilité de trouver pour les marchandises produites un écoulement à des prix avantageux. L'essor industriel ne s'arrête pas parce que la société capitaliste n'est pas en mesure d'accroître sa production, mais parce qu'elle n'est pas en mesure d'utiliser les produits créés, de les digérer, bien que l'énorme majorité de la population souffre du manque d'objets de consommation.

Ainsi, c'est précisément l'anarchie de l'échange capitaliste qui entrave l'industrie et l'empêche de progresser aussi vite que les facteurs purement techniques de la production. C'est là, dans l'ordre social du capitalisme, qu'est кг principale raison de l'insignifiance relative du chiffre total de la richesse nationale, même dans les pays les plus riches. La richesse nationale peut-elle être considérable, quand, au cours du siècle dernier, chaque courte période de prospérité industrielle a été invariablement suivie d'une période de dépression souvent bien plus longue, quand, pour les trente dernières années, le nombre des bonnes années au point de vue industriel a été de beaucoup inférieur au nombre des années mauvaises ?

Une particularité caractéristique du système capitaliste, c'est l'existence permanente d'une classe plus ou

moins nombreuse de chômeurs, de gens qui sont capables de travailler, qui veulent travailler, mais ne trouvent pas de travail.

Pendant les périodes de crises, le nombre de ces sanstravail augmente considérablement; il diminue pendant les périodes de prospérité industrielle, mais il ne disparaît jamais complètement. Quelle est la cause de ce chômage permanent bien que plus ou moins aigu? Ce ne sont pas non plus les conditions techniques, naturelles, de la production. Il ne manque pas d'outils de travail pour tous les chômeurs, il ne manque pas de matières premières à travailler, il ne manque pas de besoins à satisfaire. Pourquoi donc ces gens ne trouventils pas d'ouvrage, alors que les moyens de production sont inactifs et que les masses populaires sont privées des objets de première nécessité ? Uniquement parce que le système économique moderne, qui enlève à l'ouvrier les moyens de production et morcelle l'organisme économique en millions d'exploitations privées autonomes et indépendantes, entrave la production sociale de chaînes de fer, l'empêche d'utiliser les forces productrices énormes découvertes par la science et qui sommeillent dans le sein de la société moderne.

Sans doute, même dans la production capitaliste, on observe un puissant courant de réunion des entreprises capitalistes en différents modes d'associations. Mais ces organisations capitalistes ne sont pas seulement incapables de briser les liens qui retiennent la production sociale; elles prennent elles-mêmes des mesures étendues pour restreindre la production sociale et l'empêcher de s'accroître. C'est le but principal des cartels, trusts et autres associations capitalistes.

Le manque d'organisation de l'économie capitaliste.

CRITIQUE DE l'ordre ÉCONOMIQUE CAPITALISTE 117

que les associations capitalistes ne peuvent supprimer, provoque donc de grands frottements dans la marche en avant du capitalisme. Ces frottements sont parfois tels qu'ils amènent un arrêt complet, comme il arrive pendant les crises. A d'autres moments, le frottement est moindre, mais il n'en constitue pas moins un obstacle permanent. L'organisation méthodique de l'économie sociale le diminuera considérablement et les ressources énormes de production que possède la société moderne se déploieront pleinement.

Il en résultera un accroissement de la productivité du travail social, une augmentation de la richesse sociale, dont il nous est difficile de nous faire une idée. Evidemment, les résultats économiques de la nouvelle organisation de l'économie sociale ne peuvent être exprimés par des chiffres exacts. Il n'y a pas très longtemps, un auteur allemand qui écrit sous le pseudonyme d' « Atlanticus » a tenté de déterminer quel pourrait être l'accroissement de la richesse, si toute la production sociale était organisée d'après les principes de la technique moderne. Il est arrivé à cette conclusion, que le nombre des ouvriers agricoles pourrait être diminué de 60 p. 100 tout en obtenant une production deux fois plus grande. Mais, en général, il estime que les revenus du travail pourraient être doublés et triplés avec une durée de travail deux fois moindre.

J'estime que les calculs d'Atlanticus ne suffisent pas à donner une idée de l'accroissement véritable de la richesse dans l'Etat socialiste, car ils ne tiennent pas compte d'une partie des avantages qui résulteraient de l'ordre nouveau. Mais même ces évaluations très prudentes et très modérées prouvent la possibilité d'une augmentation considérable de la productivité du travail social.

D'assez nombreux calculs de ce genre ont été donnés et la plupart des auteurs arrivent à des résultats plus favorables qu'Atlanticus. Nous ne nous y attarderons pas, car il ne saurait être question de chiffres exacts. Il n'y a là qu'une illustration mathématique de l'énorme accroissement de la producti\ité du travail que rendrait possible une organisation méthodique de la production sociale. Cela prouve aussi que le grand problème du socialisme — qui est d'arriver à la richesse de tous par une transformation complète du système économique moderne — peut très bien être résolu dans un avenir prochain et qu'il n'a rien d'utopique.

Ainsi, l'économie capitaliste ne condamne pas seulement la masse du prolétariat à un travail excessif et à une existence misérable; elle empêche encore l'accroissement de la richesse sociale, elle empêche la productivité du travail de suivre les progrès de la technique moderne. Une organisation méthodique du travail social ne faA'orise donc pas seulement la répartition équitable de la production; elle est encore nécessaire pour l'accroissement de celle-ci. L'ordre capitaliste n'est pas seulement injuste, il est encore arriéré au point de vue technique. Par rapport à l'économie esclavagiste ou féodale, le capitalisme constitue un grand progrès. Mais l'histoire poursuit aujourd'hui sa marche en aл'ant et la mission du capitalisme est terminée. L'économie sociale doit gravir un degré plus haut : l'anarchie capitaliste de la production sociale doit faire place à l'organisation méthodique du socialisme.

L'organisation socialiste de la société

Page 1