LA RÉALISATION DE L'ORDRE SOCIALISTE
reusement le travail social entre les différentes branches de la société, conformément aux besoins de celle-ci. Cette organisation devra réaliser la proportionnalité de la production sociale, tout en respectant la liberté individuelle, tout en laissant autant que possible à chacun le libre choix de son occupation.
Pourtant, l'économie socialiste ne sera pas complètement indépendante des fluctuations naturelles du marché : les produits seront également achetés et vendus au prix du marché, déterminé lui-même par le rapport de l'offre à la demande. De même que dans la société capitaliste, il y aura hausse des prix lorsque la demande dépassera l'offre, et baisse dans le cas contraire. Ainsi, la société future aura, comme la société actuelle, dans l'échelle des prix un baromètre indiquant la proportionnalité de la production sociale. La différence sera celle-ci: dans la société socialiste, le prix, s'il règle la production et la consommation, ne réglera pas la répartition sociale.
Somme toute, il n'y a pas d'obstacles insurmontables auxquels doive se heurter l'organisation socialiste. Il faut bien reconnaître et considérer que l'ordre socialiste n'est pas le rêve irréalisable d'un paradis sur terre, ni une chimère ou une illusion; c'est un système d'économie sociale, qui, sans doute, ne peut être pleinement réalisé dès demain, mais qui peut très bien servir de but à notre politique pratique. Naturellement, il n'y a pas de révolution historique, il n'y a pas de mouvement social qui puisse être comparé à l'ampleur de cette transformation sociale, qui sera, en réalité, une régénération de l'humanité. La conviction que cette refonte totale de la société est non seulement possible mais inévitable n'est nullement une foi aveugle, une illusion, comme le prétendent les adversaires du socialisme. La foi au socialisme repose
sur une base scientifique; on est obligé d'y croire, car le socialisme, c'est le couronnement logique nécessaire de la démocratie. Les économistes bourgeois ont longtemps essayé en vain de prouver qu'en voulant transformer l'ordre économique actuel, il se heurterait à des difficultés techniques insurmontables; nous voyons aujourd'hui quels progrès la conviction de l'approche du socialisme fait dans leurs rangs. Le nombre de ceux qui désertent le camp bourgeois augmente sans cesse et les meilleurs esprits se rangent autour du nouveau drapeau.
Le socialisme viendra, parce que le capitalisme luimême, comme le prouve la science, prépare le terrain pour une ère nouvelle ; parce qu'indépendamment de sa base scientifique, le socialisme a ses racines profondes dans le cœur de tous ceux qui peinent; il est pour eux un idéal, un credo, en même temps qu'une foi au progrès, en un avenir meilleur, d'où auront disparu la violence et l'exploitation et où la réalité sociale sera en harmonie avec nos aspirations morales. Les socialistes croient que cette vie deviendra belle, que le bonheur de l'un ne sera plus acheté au prix de la misère de l'autre, que la pauvreté cessera d'être cruelle à l'homme, que la vérité triomphera.
On rencontre souvent des gens qui croient au socialisme, qui l'attendent, mais qui le redoutent et le haïssent; il leur apparaît comme le règne de la sottise et de la vulgarité. Il y a au fond de cette hostilité un sentiment d'aversion pour la foule, un orgueilleux dédain du peuple et un manque de confiance en lui. Les socialistes ne craignent pas, ne méprisent pas le peuple, et c'est avec joie qu'ils saluent l'avènement d'un avenir meilleur.