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vaudrait à la suppression des mobiles du travail, car, tant que celui-ci n'a en lui-même aucun attrait, personne ne travaillerait dès que la subsistance de chacun lui semblerait assurée sans travail. Il ne s'agit pas d'une aumône aux pauvres, mais de conditions de travail qui rendent toute aumône superflue.
L'assurance d'un minimum de moyens de subsistance est Inconcevable sans un accroissement énorme de la richesse nationale, qui ne peut être obtenu sans une nouvelle organisation du travail, sans un ordre social harmonieux.
Fourier oppose le droit au travail, en tant que droit fondamental de l'homme, à tous les droits politiques qui ont été proclamés par la Révolution française, mais n'ont jamais pris corps dans la réalité. La souveraineté du peuple, la liberté, l'égalité, la fraternité et, en général, tous les droits purement politiques ne peuvent devenir une réalité pour la masse du peuple, tant que sa subsistance n'est pas assurée. Les philosophes modernes ont oublié dans leur exposé des droits de l'homme de proclamer le droit au travail, qui est le fondement de tous les autres, un droit irréalisable dans le cadre de la civilisation, mais sans lequel tous les autres sont inutiles.
Telle était la conception de Fourier. Mais ses disciples l'interprétèrent autrement; ils firent du droit au travail une revendication d'ordre pratique, réalisable dans le cadre de la société capitaliste.
« Quand l'industrie sera généralement organisée, écrivait Considérant en 1840, ou même quand les gouvernements auront seulement organisé des travaux réguliers en quantité suffisante, la reconnaissance du droit au travail deviendra immédiatement un fait; et ce fait ne sera pas simplement juste et humain, il sera encore singulière-
ment propice à la société, puisqu'il aura pour conséquence d'anéantir les attaques théoriques contre la société, de conjurer les révolutions sociales..., et de prévenir même les attaques individuelles que subit chaque jour la propriété (les vols de tous les genres), généralement engendrées par la misère et par la démoralisation forcée des classes dépouillées. »
Pendant les années quarante, l'idée du droit au travail jouit d'une grande popularité parmi les classes ouvrières françaises. La Révolution de 1848, qui rendit pour peu de temps le prolétariat maître de la situation, eut pour conséquence la reconnaissance solennelle du droit au travail par le gouvernement. Des « ateliers nationaux » furent organisés par le gouvernement provisoire, conformément à l'engagement contracté par lui de procurer du travail aux chômeurs, dont le nombre s'était énormément accru par suite de la crise industrielle et de la stagnation commerciale.
On connaît l'histoire- des ateliers nationaux. Ils ne furent rien moins qu'un essai sérieux d'organisation du travail industriel par l'Etat. La majorité des membres du gouvernement provisoire étaient très hostiles aux ateliers et ils n'ont reconnu, sur le papier, le droit au travail que par crainte des ouvriers parisiens, et avec l'intention de prouver par leur insuccès que des entreprises de ce genre sont irréalisables. Tout aboutit finalement à l'entretien des ouvriers aux frais de l'Etat, sans qu'aucun travail sérieux fût fourni. Il n'est pas étonnant que le gouvernement, dès qu'il se sentit assez fort, ait supprimé les ateliers nationaux et refusé de tenir les engagements pris dans une heure difficile; il ne pouvait d'ailleurs les tenir, car Fourier avait été plus perspicace que ses disciples en affirmant que, dans la société actuelle.
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la réalisation du droit au travail était chose impos sible.
Il est intéressant de voir le sort qu'a eu dans la suite l'idée du droit au travail. La social-démocratie allemande la repousse catégoriquement par l'organe de ses principaux représentants. Kautsky, par exemple, après avoir longuement étudié cette revendication des socialistes français des années quarante, arrive à la conclusion suivante: Le droit au travail équivaut au droit qu'aurait l'ouvrier d'exiger que l'Etat lui procure du travail au salaire habituel, si les entrepreneurs privés ne peuvent ou ne veulent lui en donner. Or, le manque de travail caractérise précisément les périodes de crises industrielles, provoquées elles-mêmes par la surproduction des marchandises et par l'impossibilité de les écouler sur le marché à des prix rémunérateurs. Le chômage est le résultat d'une surproduction antérieure. Et c'est à ce moment qu'on demande à l'Etat de procurer du travail aux chômeurs; en d'autres termes, on lui demande d'augmenter lui-même la production, alors que, d'après la situation du marché, elle devrait être réduite. Cela ne peut conduire qu'à la banqueroute nationale.
Le chômage chronique et périodique est le résultat inévitable du système économique capitaliste. Il ne peut être supprimé que par une organisation méthodique de l'économie sociale, qui alors cesse d'être capitaliste. Il est donc impossible que, dans la société capitaliste, le droit au travail prenne corps dans la réalité; dans l'ordre socialiste, il perd toute signification, il devient superflu.
Néanmoins, l'idée du droit au travail est encore vivante et il n'y a pas lontemps qu'une tentative a été faite pour le faire reconnaître par le législateur. Après un long
débat, le parti socialiste suisse, dans son Congrès de Solothurn (1892), a résolu de poser la question au peuple suisse. La même résolution fut prise également par la plus grande organisation ouvrière de la Suisse, le « Griitliverein ».
Ces deux organisations élaborèrent ensemble un appel au peuple, pour l'inviter à signer une pétition demandant l'adjonction à la constitution fédérale d'un article qui reconnût le droit au travail et d'une législation qui assurât véritablement ce droit à tous les citoyens suisses.
Les organisateurs du mouvement estimaient que ce but pouvait être atteint par les mesures suivantes : réduction de la journée de travail, organisation qui procure du travail à ceux qui en cherchent, protection des ouvriers contre tout renvoi arbitraire, assurance pour le cas de chômage réalisée en partie avec l'aide de sociétés privées, entière liberté de coalition et amélioration de la situation légale des ouvriers vis-à-vis des entrepreneurs en vue d'obtenir une organisation plus démocratique du travail dans les exploitations publiques et privées.
Cette proposition des organisations ouvrières recueillit en peu de temps plus de 50.000 signatures; c'est le nombre de лю1х qui, d'après la constitution suisse, est nécessaire pour qu'un projet de loi vienne devant le Conseil fédéral et soit ensuite l'objet d'un référendum. Le Conseil fédéral repoussa le projet; le référendum le repoussa aussi par 308.289 voix contre 75.880.
Si l'on entend par droit au travail une série de mesures légales en vue de protéger le travail, d'en faciliter la recherche et d'atténuer les suites du chômage pour la classe ouvrière, on peut l'obtenir jusqu'à un certain point, même dans l'ordre capitaliste. Mais, ainsi compris, il perd son sens original et cesse d'être pour l'Etat une
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obligation de fournir du travail à tous ceux qui en manquent.
Ce qui fait pourtant la suprême importance pratique du fouriérisme, ce n'est pas d'avoir proclamé l'idée du droit au travail, ni, en général, sa tactique politique; c'est l'impulsion puissante que, de concert avec l'owenisme, il a donné aux différentes formes du mouvement coopératif. Un ensemble de mesures légales en vue de transformer progressivement la société moderne ne pouvait guère être élaboré d'une façon vraiment systématique par le fouriérisme et par les autres écoles du socialisme fédératif, qui, adversaire de l'Etat, ne pouvait être que très défiant à l'égard de toute ingérence étatiste. L'idée du garantisme est en opposition manifeste avec les principes du socialisme fédéraliste, et ce caractère hybride de la politique pratique du fouriérisme nuit à sa logique et à son harmonie. Le socialisme centraliste, au contraire, qui voit dans l'Etat le principal agent de réalisation de l'ordre socialiste, demande naturellement un arrangement systématique des mesures prises dans ce but. C'est aux représentants antérieurs du socialisme centraliste que les partis socialistes contemporains ont emprunté directement leur programme minimum.
Les saint-simoniens demandaient, par exemple, avec opiniâtreté une mesure très importante, qui pourrait être vraiment un moyen efficace de concentrer toute la richesse sociale dans les mains de l'Etat: la suppression de l'héritage. Les particuliers peuvent jouir leur vie durant de leur richesse, même injustement acquise; mais il ne doit pas leur être permis de perpétuer cette injustice: l'unique héritier de la richesse sociale doit être la société. Telle était la plus importante revendication que les saintsimoniens présentaient au législateur. Il faut cependant
remarquer que, dans la pratique, ils étaient moins radicaux et se contentaient de demander, au lieu de la suppression complète de l'héritage, sa suppression en ligne collatérale et un fort impôt progressif sur les héritages en ligne directe.
Ils proposaient, en outre, une réforme radicale de l'impôt, le remplacement des contributions indirectes par une taxe directe. Cette revendication fut exprimée et longuement exposée par le saint-simonien Decourdemanche, dans une série d'articles du journal Le Globe, en 1832.
Pecqueur, lui aussi, avait dressé toute une liste de mesures pratiques en vue de réaliser l'ordre socialiste. Il avait proposé, par exemple, d'enlever, par une disposition légale, aux entrepreneurs occupant plus d'un certain nombre d'ouvriers, le droit d'administrer leur entreprise; ce droit serait dévolu aux ouvriers. On garantirait aux capitalistes l'intérêt des capitaux engagés dans l'entreprise. Le salaire des ouvriers serait fixé par le pouvoir public et tout le bénéfice reviendrait à la société. En même temps, l'Etat devrait prendre l'obligation de procurer du travail à tous les ouvriers qui, sans qu'il y ait faute de leur part, auraient été réduits au chômage. A cet effet, il centraliserait toutes les indications concernant l'offre et la demande de travail. S'il n'y avait pas d'entreprise privée où le chômeur put trouver emploi, l'Etat l'occuperait dans ses propres exploitations ou même, si là non plus il ne se trouvait pas de place, il lui fournirait les moyens nécessaires à sa subsistance en attendant de lui procurer du travail.
La réglementation du salaire par le pouvoir social, en vue de garantir à l'ouvrier un certain minimum de moyens de subsistance qui lui permette de mener une existence digne d'un homme, a d'ailleurs été considérée
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par de nombreux socialistes des années trente et quarante comme une première étape л'ег5 le socialisme.
Le programme pratique de Louis Blanc demandait l'achat, par l'Etat, des chemins de fer et des mines; la monopolisation, par l'Etat, du crédit et de l'assurance, de même que celle du commerce en gros et en détail, sous toutes ses formes. L'Etat devra employer les ressources ainsi obtenues à fonder et à subventionner des syndicats de production, jusqu'à ce que les entreprises privées, ne pouvant soutenir la concurrence des syndicats subventionnés par l'Etat, aient complètement disparu.
Le programme que donne le « Manifeste communiste » en vue de la réalisation de l'ordre social est la reproduction presque intégrale des revendications formulées par le programme socialiste des années trente et quarante.
L'auteur du « Manifeste » estime que le passage à l'ordre socialiste, après la conquête des droits politiques par le prolétariat, pourrait être réalisé au moyen des mesures suivantes :
1" Expropriation de la propriété foncière; affectation de la rente foncière aux dépenses de l'Etat;
2° Impôt fortement progressif;
3" Abolition de l'héritage;
4° Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles;
5° Centralisation du crédit aux mains de l'Etat par le moyen d'une banque nationale, constituée avec les capitaux de l'Etat, et avec un monopole exclusif;
6° Centralisation des industries de transport aux mains de l'Etat;
7° Multiplication des manufactures nationales, des instruments nationaux de production; défrichement et amélioration des terres cultivables d'après un plan d'ensemble;
8° Travail obligatoire pour tous; organisation d'armées industrielles, notamment en vue de l'agriculture;
9° Réunion de l'agriculture et du travail industriel ; préparation de toutes les mesures capables de faire disparaître progressivement la différence entre la ville et la campagne;
10° Education publique et gratuite de tous les enfants; abolition des formes actuellement en usage du travail des enfants dans les fabriques; réunion de l'éducation et de la production matérielle, etc.
La première de ces revendications — celle de la propriété du sol par l'Etat — est empruntée au programme des chartistes, dont l'aile gauche l'avait inscrite sur son drapeau pendant la lutte des années quarante. Elle n'a pas joué de grand rùle dans les programmes socialistes français (bien que Pecqueur, par exemple, en fût ardemment partisan), car la petite propriété rurale dominait en France, de sorte que ce cri de guerre ne pouvait trouver d'écho parmi les masses populaires. Le dixième point du programme est également emprunté au mouvement socialiste anglais. Tout le reste ne fait que reproduire les revendications habituelles des socialistes français des années quarante; on y remarque surtout l'influence des saint-simoniens et de Louis Blanc.
Les partis socialistes contemporains s'intéressent peu, avons-nous déjà dit, aux questions qui ont trait à la réalisation immédiate de l'ordre socialiste. Ils se préoccupent surtout de lutter pour l'amélioration de la situation des classes ouvrières dans la société actuelle. Le
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mouvement socialiste de nos jours comprend trois courants principaux: 1° la lutte politique, parlementaire, pour obtenir des lois de toute nature favorables à l'ouvrier; 2° le mouvement syndical; 3° le mouvement coopératif sous ses différentes formes. Pour les pays où les municipalités sont organisées d'une façon démocratique, on peut y ajouter ce qu'on appelle le socialisme municipal. Le socialisme municipal, c'est-à-dire la concentration de toutes sortes d'entreprises économiques qui faisaient partie antérieurement du domaine de l'exploitation privée, aux mains des communes autonomes dans leur administration, est le remplacement immédiat, dans un certain champ, de l'économie capitaliste par le système socialiste. Dans les communes démocratiquement organisées, les ouvriers jouent, dans l'administration locale, un rôle prépondérant; il se forme ainsi des municipalités socialistes, qui s'efforcent d'étendre autant que possible leur autonomie, pour en faire profiter la classe ouvrière, et de préparer ainsi peu à peu le terrain à la société socialiste.
C'est à quoi s'emploie également le mouvement coopératif actuel, qui a pour objet principal la formation d'organisations de consommateurs en vue de l'achat direct des denrées sans l'intermédiaire du commerçant. En même temps, ces organisations donnent une extension toujours plus grande à leur propre production. La coopérative de consommation est alors une sorte d'entrepreneur par rapport aux ouvriers occupés dans ses entreprises et dans ses ateliers, mais non point un entrepreneur capitaliste. Servante des intérêts de la classe ouvrière, la coopérative de consommation fait preuve, ou doit faire preuve, de la plus grande sollicitude pour tout ce qui concerne les ouvriers, lorsque ceux-ci sont, par rapport à elle, dans la situation d'employés, de salariés.
Il se développe également différentes associations de petits producteurs, surtout de producteurs agricoles. Entre les coopératives de consommation et ces associations de producteurs, les relations s'établissent. Celles-ci se mettent à travailler non plus pour le marché en général, en recourant à l'intermédiaire d'un commerçant, mais pour des associations de consommateurs, qui leur achètent directement leurs produits. Ainsi tout le trafic économique est, sur une certaine surface, soumis à une organisation méthodique, sociale.
La coopération, de même que le socialisme municipal, prépare le terrain à l'économie socialiste: elle apporte dans le sein du capitalisme le germe de l'ordre futur. Les syndicats contribuent d'une autre façon aux progrès du mouvement socialiste, en organisant et en disciplinant le prolétariat, c'est-à-dire la classe sociale à laquelle est dévolu le principal rôle dans la lutte pour l'idéal socia liste, en développant sa solidarité et en fortifiant sa puissance.
Quelle que soit l'importance de toutes ces formes du mouvement socialiste contemporain — lutte parlementaire, syndicats, coopération, socialisme municipal — elles ne dispensent pas du tout de la conquête du pouvoir public par le prolétariat; celle-ci reste la condition nécessaire du triomphe du socialisme. A cet égard, le programme du « Manifeste communiste > n'est pas aujourd'hui encore suranné; il n'a besoin que de quelques compléments essentiels. L'histoire nous apprend, fait observer Marx lui-même dans la préface de 1872, que « la classe ouvrière n'est pas en état de s'emparer simplement du mécanisme politique existant et de le mettre en marche pour son service propre ». Pour que la conquête du pouvoir politique puisse être le point de départ de la
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transformation socialiste, il est nécessaire que l'organisation économique correspondant aux nouvelles formes sociales soit prête et que la classe ouvrière soit à la hauteur de la tâche difficile qui lui incombera, la création d'une société nouvelle.
L'évolution spontanée de l'économie capitaliste prépare le terrain au socialisme, mais elle ne suffit pas; elle doit être complétée par l'activité consciente de l'homme. La création de nouvelles formes économiques sur lesquelles puisse s'étayer la transformation du système actuel est, par suite, de grande importance. Aussi, le programme purement politique du « Manifeste » demande-t-il des compléments nécessaires: le socialisme municipal, les mouvements coopératifs et les syndicats qui éduquent la masse ouvrière sont une condition essentielle du succès de la révolution prolétarienne.
Le terrain une fois préparé, la conquête du pouvoir politique par le prolétariat doit amener la création de la société socialiste. Quels sacrifices cette transformation entraînera pour les classes qui possèdent, cela dépend au premier chef de ces classes elles-mêmes, de l'attitude qu'elles adopteront dans la grande révolution à venir.
Marx et Engels n'étaient pas hostiles au rachat des moyens de production. Vandervelde se prononce de la même façon sur la question. Kautsky expose longuement, dans une de ses brochures, les motifs qui font de lui l'ndversaire résolu de la confiscation des moyens de production et le partisan de leur rachat.
L'abolition de l'héritage et l'établissement d'un fort impôt progressif sur le revenu ne provenant pas du travail atténueront pour la société les inconvénients de ce rachat. Il n'est pas nécessaire d'installer pleinement dès le début l'ordre socialiste. Au contraire, il est bien plus
rationnel de transformer peu à peu le système économique actuel, d'y introduire progressivement les éléments de l'ordre nouveau. La terre, les entreprises qui ont une importance nationale — chemins de fer, établissements de crédit et d'assurance, — et aussi toutes les associations capitalistes, trusts et cartels, qui ont pris aujourd'hui de vastes proportions, pourront sans difficultés techniques devenir la propriété de l'Etat. Les entreprises moins grandes, parmi lesquelles la majeure partie des fabriques, pourront être remises aux associations ouvrières ou aux municipalités. Quant aux petites entreprises, elles garderont un certain temps encore leur indépendance. Pour que le socialisme triomphe, il faut que le paysan sache que son indépendance économique n'est pas directement menacée.
La tâche la plus difficile du socialisme, ce sera d'établir la proportionnalité de la production sociale. Aujourd'hui, dans l'anarchie de l'économie sociale et avec la propriété privée, cette proportionnalité est réalisée par la banqueroute et la disparition des entreprises dont les produits sont en excès sur la demande sociale, et par le développement rapide, provoqué par la hausse des prix, de celles dont les produits ne sont pas en quantité suffisante sur le marché. Dans l'organisation socialiste, le revenu de l'ouvrier occupé dans une branche de la production ne dépendra aucunement des conditions d'écoulement du produit de son travail : un certain revenu lui sera toujours garanti. Les lois naturelles et aveugles du capitalisme, qui sont celles du marché, doivent être remplacées dans la société socialiste par un mécanisme rationnel. Il sera nécessaire de dresser une statistique très détaillée de la production et de la consommation sociale et de créer une organisation qui répartisse rigou-