Le coton
L'industrie du coton a pris naissance en Russie au xvIie siècle dans les gouvernements de Moscou et de Vladimir où les premiers tisserands russes ont travaillé avec des filés importés d'Angleterre.
C’est dans la seconde moitié du xix° siècle que la production cotonnière a progressé, grâce aux perfectionnements rapides des machines et des procédés. Des techniciens nationaux se sont formés sur place dans des écoles spéciales et le niveau intellectuel du personnel n’a pas tardé à s'élever. J
À cette première cause du progrès, il convient d’ajouter le développement de la culture du coton en Asie Centrale. Des missions scientifiques envoyées aux Etats- Unis par le Gouvernement rapportèrent des graines, étudièrent la culture du coton dans des champs d’expériences et firent procéder à des travaux d'irrigation. Ces études et ces travaux furent couronnés de succès : en
1883, les plantations de l’Asie Centrale ne dépassaient pas une superficie de 500 hectares ; en 1895, la superficie plantée atteignait 220.000 hectares et 1.650.000 hectares étaient irrigués en vue de la plantation future ; un peu plus tard, des plantations furent créées au Caucase.
La branche la plus prospère de l’industrie cotonnière était la filature qui n’arrivait pas à satisfaire aux demandes des tissages ; les tissages s'étaient, en effet, développés plus rapidement que les filatures. Dans ces conditions, la filature imposait ses prix au tissage et réalisait ainsi des bénéfices très élevés.
Les cotons importés de l’étranger venaient de l’Amérique du Nord, de l'Egypte et des Indes orientales ; de 1896 à 1898, les quantités suivantes ont été importées :
Valeur en millions
Années Milliers de tonnes de roubles 1896 152 75,8 1897 163 70,7 1898 199 71,2
Les filatures fabriquaient surtout des fils courants, des inférieurs et des moyens ne dépassant pas le numéro 80, des numéros de trame de 34 à 40 et des numéros de chaîne de 30 à 40. Elles produisaïent aussi, sur commande, des fils de chaîne des numéros 130 à 140 et allaient même jusqu’au numéro 250.
Les tissages fabriquaient principalement des calicots ; une partie de ces tissus était blanchie et utilisée comme articles de lingerie, le reste était envoyé aux teintureries et aux ateliers d'impression.
Vers 1880, l'apparition de nouveaux colorants avait déterminé la création de nombreuses teintureries pour les fils en canettes et pour le coton brut.
Vers 1890, l'apparition des machines imprimant sur les deux faces du tissu et l’application de procédés donnant au tissu un aspect laineux ont mis à la disposition de la clientèle peu fortunée des étoffes de belle apparence pour un prix très accessible.
Avant 1880, les métiers à tisser et les diverses machines de tissage et d’apprêt n'étaient presque jamais fabriqués en Russie. Quelques années plus tard, ces fabrications s'étaient développées à un point tel que la plupart des commandes étaient exécutées par l’industrie nationale.
Les autres branches de l’industrie cotonnière faisaient en même temps de grands progrès dans la fabrication des tulles, des dentelles, des rubans et de la broderie mécanique.
En 1898, la Russie n’importait plus que des tissus exceptionnellement fins destinés à une clientèle très réduite, À cette époque, les filatures disposaient de 6 millions 1/2 de broches et les tissages de 200,000 métiers.
En 1910, il y avait 359 tissages de coton groupant 213.179 métiers dont la production atteignait 273.000 t. d'articles de coton divers.
D’après la statistique fournie par la Fédération internationale du coton, le nombre des broches était de 9.212.557 au 31 août 1913 ; la Russie occupait ainsi le quatrième rang après la Grande-Bretagne (56 millions), les Etats-Unis (32 millions) et l'Allemagne (11 millions). Depuis 1900, l'augmentation du nombre des broches
vue
était donc de 50 0/0. Les importations étrangères demeuraient stationnaires.
Tous les tissages de la région de Saint-Pétersbourg et un grand nombre de ceux de la région de Moscou étaient exploités par des techniciens anglais, mais en général, les capitaux investis dans cette branche de l'industrie textile étaient partiellement ou entièrement russes. Ces capitaux étaient d’ailleurs bien rémunérés, le revenu moyen n'étant pas inférieur à 10 %.
Dans la filature, la proportion des machines anglaises atteignait 90 %, par contre dans le tissage et la teinturerie une grande partie du matériel était fournie par l'Allemagne. Pour remédier à cette situation le Gouvernement cherchait à développer l’industrie nationale en frappant de droits de douane les machines étrangères.
Certaines mesures douanières tendaient à accroître la culture du coton au Turkestan et en Transcaucasie en frappant de droits élevés le coton brut d'importation étrangère. Les zemtsvos créaient des taxes locales à la charge des manufactures ; ces taxes prenaient le caractère d’une subvention à la classe agricole au détriment de la classe industrielle.
Tout le coton brut d'origine russe était produit par le Turkestan et la Transcaucasie ; le rendement moyen à l'hectare était très élevé, il atteignait 336 kilos contre 224 en Amérique et 112 dans les Indes. La plus grande partie de la culture était pratiquée à la main par les petits fermiers, l’usage des machines agricoles étant encore peu répandu. Toutefois, les salaires, relativement élevés, atteignaient 6 francs par jour en 1914 ; ce
Là
taux correspondait à une augmentation de 100 % en dix ans. En général, dans les régions productrices la culture du coton était très rémunératrice, beaucoup de terrains avaient acquis une grande plus-value et, sur certains points, la vigne tendait à disparaître pour faire place au coton. Cette situation s’explique par la facilité des transports dans ces régions bien desservies par les chemins de fer.
Certains tissages russes étaient considérés, avec juste raison, comme les plus beaux de l’Europe et même du monde, au point de vue de leur perfection technique et de leur organisation générale. Parmi ces établissements modèles, on peut citer le fissage Kraengolm, de Narva, qui comportait plus de 500.000 broches et 4.000 métiers ; il comprenait un hôpital qui avait coûté 2 millions de francs et une cité ouvrière assurant le logement à plus de 3.009 habitants.
La récolte de 1914 avait produit 1.300.000 balles de 225 kilos. L'industrie cotonnière était en état de progrès depuis le début de la guerre.
Les données statistiques suivantes, relatives au Turkestan ont été publiées par Arthur Raffalovich (op. cil.).
Production, en milliers de pouds, pour les territoires de Ferghana, Samarkand, Syr-Daria, Amu-Daria et les régions de Bokhara et de Khiva.
AR UE) 4 VA RES RARE A ARR RE EE tn 112545 TOR RTE LE A AA Ge 11.483 EROA NS QI Pt CI SAN AR ra eee RENTE 12.664
Surfaces cultivées, en milliers de déciatines, pour les territoires de Ferghana, Samarkand, Transcaspien el Syr-Daria.
2, — La laine
L'industrie de la laine apparut en Pologne en 1820, à Lodz et à Zgierz ; elle gagna ensuite Moscou et Saint- Pétersbourg à la suite du soulèvement polonais de 1830 qui chassa les industriels du début, Saxons pour la plupart. Les progrès de l’industrie lainière, malgré l’existence d'immenses troupeaux de moutons, ne furent pas aussi rapides que ceux de l’industrie cotonnière. Cela s'explique par le prix de revient élevé des tissus de laine, inaccessibles aux paysans russes qui devaient se contenter des cotonnades, aussi chaudes mais moins coûteuses. La plus grande partie de la clientèle de la laine était représentée par la population des villes et par l’armée.
Encouragés et soutenus par les commandes permanentes de l'Etat, les industriels perfectionnèrent leurs procédés et intensifièrent leur production jusque vers 1880. À cette époque, une réduction des débouchés se produisit pour les tissus de laine cardée et les usines durent restreindre la fabrication de ces tissus, mais la production normale ne tarda pas à se rétablir.
L'importation de laine portait presque uniquement sur les qualités mérinos fines, destinées au peignage ; elle était en majeure partie consommée par les filatures polonaises.
Pour les laïnes de qualités communes, la production nationale était suffisante.
Les grands marchés de laine étaient : Varsovie, Kharkov, Rostof-sur-Don, Orembourg ainsi que la foire de Nijni-Novgord. Les principaux lavages se trouvaient à Orembourg et à Kharkov ; par suite du manque d’eau, le Turkestan ne pouvait pas envoyer ses laines sur le marché russe, le transport en suint étant d’un prix trop élevé. D’autres régions, telles que la steppe Khirgiz se trouvaient dans le même cas.
En 1882, les peignages possédaient environ 50.000 bro- : ches ; vers 1900, ils en avaient plus de 250.000. Le nombre des métiers des tissages n'ayant pas augmenté dans les mêmes proportions, il en était résulté une surproduction dans la catégorie des filés.
La plupart des filatures de laine peignée étaient situées en Pologne, maïs malgré leur bonne organisation, elles n’arrivaient pas à produire les quantités deman— dées. L'industrie lainière, en effet, malgré sa surproduction, n’arrivait pas à supprimer l'importation étrangère qui tendait même à croître. Les pays importateurs de filés et de laine peignée étaient principalement l’Angleterre, l'Allemagne ; la France venait ensuite pour une faible part.
En tissus, la Russie faisait surtout des draps unis ; les draps communs étaient fabriqués dans la région de Moscou, mais la production de cette région comprenait aussi l’article national : les châles, les cachemires, les broderies sur tissus de laine.
La Pologne avait acquis une réelle supériorité dans
les lainages nouveauté, mais malgré cette situation, les fabriques étrangères arrivaient encore à écouler leurs produits sur le marché russe. Cette importation était favorisée par deux causes : développement très lent du tissage qui manquait de métiers, apprêt et teinture défectueux des tissus. La technique de l’apprêt et de la teinture est en effet très délicate ; ces deux opérations de finissage accroissent la valeur marchande du produit sans en augmenter le prix de revient, mais les industriels russes n’arrivaient pas à obtenir ce résultat. Les articles anglais et allemands arrivaient à concurrencer les lainages russes sur leur propre marché ; les maisons allemandes, grâce à leurs procédés commerciaux très favorables à l’acheteur : escompte élevé et long crédit, écoulaient leurs produits avec une extrême facilité ; quant aux maisons françaises, elles traitaient peu d’affaires.
L'industrie des tapis éprouvait de grandes difficultés à s'étendre à cause de la concurrence du Caucase, du Daghestan, du Turkestan et de la Perse. Les fabriques du centre moscovite ne faisaient guère que la moquette à grands dessins, d’une exécution imparfaite. Vers 1900, les filateurs ayant commencé à produire des fils de couleur, la fabrication des tapis était entrée dans une phase nouvelle, marquée par la netteté des dessins et la disposition harmonieuse des teintes. Quelques années. avant, des fabricants russes, et non des moindres, faisaient venir de Beauvais leurs chaînes imprimées.
Eo 1900, l'industrie lainière disposait de 700.000 broches et de 45.000 métiers.
La production nationale n’arrivait pas à répondre aux
Ld
AR ras
besoins du marché intérieur. En 1910, la valeur des importations était de :
18.750.000 francs pour le fii à tisser ; 31.000.000 francs pour le fil à coudre ; 30.750.000 francs pour les articles confectionnés.
En 1913, il était importé pour 140 millions de francs de laine brute.
La production de la laine brute était en décroissance par suite de la diminution des troupeaux. Cette diminution résultait de trois causes : développement de la culture dés céréales, plus rémunératrice ; baisse générale des cours de la laine avant la guerre sur le marché mondial ; inertie des paysans qui ne cherchaïient pas à introduire de nouvelles méthodes d’élevage ou à améliorer celles qui existaient.
Les dernières statistiques publiées avant la guerre indiquaient 1.037 entreprises lainières représentant un capital de 575 millions de francs. L’outillage comportait : 1.423.627 broches et 43.173 métiers fonctionnant à la main ou mécaniquement. Le nombre d'ouvriers travaillant dans ces usines atteignait 142.049 personnes, dont 88.669 hommes, 50.355 femmes et 3.025 enfants. La production correspondante était de : 69.000 tonnes de fil à tisser, 62.000 tonnes de tissus.
La guerre a raréfié les importations des laines fines et arrêté l'exportation des qualités communes, mais l’industrie n’a pas souffert de cette situation, car les besoins de l’armée suffisaient à absorber la production.
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