‹ L'évolution intellectuelle de saint AugustinChapitre 4 sur 88 · PREFACE VU · texte numérisé non relu

PREFACE VU

<îe tltMiiHliT uni' cL'ilaiiic Iradition, (pi'il trouvait établie autour cl." lui (,'1 ([u'il kiuiit poiii Mdic. Ses thèses les plus originales, cellis (jui! a professées au sujet du péché originel et de la grâce, ne sont que des transpositions d'idées bien plus anciennes. Les changements même quil a l'ail siil)it aux \ieilles doctrines viennent encore de causes extérieures. Très souvent il ne les a conçus (pi'en voulant réagir contre des théories (pi'il estimait fautives et dangereuses. Il a été influencé par les gens qu'il coniballail auîanl cpie par ses maîtres. On pourrait presque dire que l'étude (le son évolution intellectuelle se ramène à celle des différents groupes avec lesquels il s'est trouvé en rapport. Ceuxci nous sont assez bien connus, grâce aux nombreuses lettres qui nous restent de lui (i"). Sa correspondance nous offre une image vivante de son temps. A tout moment il y parle de ses amis ou de ses adversaires, pour louer les uns ou critiquer les autres. Mais la partialité av.'M- lacjuelle il s'exprime sur eux nous oblige a nous tenir en garde contre ses jugements. Ici, comme en tous ses autres écrits, les renseignements qu'il nous donne sont. sujets à caution. D'une manière générale, nous pouvons croire aux faits don! il se poite garant, seulement nous devons nous défier des commentaires dont il les accompagne, car il ne sait pas mentir, mais il .est également incapable de se prononcer d'une façon purement objective, saris s'inspirer de ses antipathies ou de ses préférences.

Kii suixaiil la méthode qui vient d'être indiquée, nous trouvons dans la vie d'Augustin plusieurs périodes nettement distinctes, quoique très solidaires. Lui-même en distingue deux, tout à fait opposées, dont l'une va jusqu'à son baptême^ c'est-à-dire jusqu'à

(i) Los Iclhes tl'AugusIiii ont élr ('•difées dans le Corpi/.s de Vienne (vol. 34, en 'i parties) par Ai. (Joldbachcr, qui a utilisé surtosit des manuserits ilalirn< (Voir son raiiport Uber Handschriften der Briefe. des hril. \ii(i. lirisrhrriclil. dans l(>s Sitziingsberichle de l'Aeadémie de Vienne, ///(//. iiisl. hl.. 1S70. ÏAXIV. p. r^yB-'îS'i), et dont le travail a <'lé hlcn aicnciili par les incillenrs eriliqnes (V.Inlielier dans la TheoJ. Liffrnhirzeil.. i8o5. p. Sog-oio; Gust., Kriig-er, dans le Tlie.ol<j(j. lohreshrr.. i8()5. p. 176-177; Eivv . Preuselien. dans le Lilerar-Ci-iilmlbl ., i8f)5. p. 9-.>'i-955).

VllI L EVOLUTION INTELLECTUELLE DE SAINT AUdUSTIN

sa trente-troisième année, l'autre jusqu'à sa mort, survenue quarante-trois ans plus tard. La première, passée loin du Catholicisme, dans d'incessantes illusions suivies de déceptions cruelles, aurait été sujette à toutes sortes d'incertitudes et de changements. La seconde, au contraire, .entièrement vouée à la \raie foi, n'aurait plus connu d'indécisions ni de variations notables (i). Seulement cette division, laite d'un point de vue tout dogmatique, s'accorde fort peu avec les faits. Augustin a professé les doctrines manichéennes avant de se rallier à celles de l'Eglise. Mais il s'est cru aussi Ci?rtain dans uq c;is (jue dans l'autre de posséder la vérité intégrale. Les loulcs ddiii il prétend avoir été assailli dur.ifil lout le cours de la piciiiii'Mi' période n,e se sonl i';ii( sentir à lui (pi';i|iiès de longues ;iiui(''cs d'une loi très ardente et n'ont duié d'.iillcurs (pic peu de lcui|)s. (hiaiid il a reçu le boptènie, il accordait si peu d'impiulancc à ce rilc que, dans |{>s écrits de cette époque, oi'i il ]);ulc tré(picninieiit de lui-même et de tout ce (pii l'intéresse, il n'y l'ail jamais la plus lointaine allusidu. Il l'Iail alors assez peu catholicpie. Sans doute il acceptait la Iradition cln(''ticime, mais il ne la considérait que comme une adaptalioii jjopulaire de la sagesse platonicienne. O n'est que longtemps plus tard qu'il est arrivé à donner à la foi le pas sur la raison. Encore s'est-il fait du dogme catholique une conception toujours plus peisonnelle, (jui, après sa mort, devait garder son nom.

En somme, nous pouvons distinguer avec jilus de raison dans son évolution trois phases principales, au cours desipielles il finit par nier, sur des points importants, ce xpi'il avait d'abord affirmé. Dans la piemière, qui commence à sa dix-neuvième année et se prolonge jusqu'à sa 1 renie-quatrième, un peu audelà de son baptême, il va du Manichéisme,' dont il a commencé par être un très chaud partisan, au Néoplatonisme, où il croit en trouver une antithèse paifaile. Dans la seconde, (|ui embrasse les dpuzc années suivantes, il passe de la philosophie néoplatonicienne, dont le (lliristianisme n'était pour lui (piun substitut pratique et populaii'e, à une foi catholique de [ilus en ])lus ligide, avec laquelle il aTTi\,e à ne \oir dans la spéculation philosophique

(i) Cost ce que suppose ton! le livre des Coiifi-ssiims. Aiijjuslin l'a ^'•rril afin do montrer jiar son exemple (pie l'Ame est toujours ajïitée loin de Dieu et qu'elle lrou\c .11 lui le \riii repos \Cnuj. 1, i).

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