‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 9 sur 76 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

qui veut se rendre compte de l'évolution des diverses fonctions psychologiques. A quatre ans, un enfant est sans doute encore la plus frêle des créatures, la plus ignorante et la plus déraisonnable. Et cependant ce petit être est déjà eu possession de tous les éléments essentiels de son activité future. Il a acquis l'usage de tous ses sens, et le monde extérieur lui est ouvert. La locomotion et le langage l'ont mis en relations directes avec, les choses matérielles, comme avec ses semblables. Les diverses formes de l'intelligence, depuis la perception jusqu'au raisonnement, ont fait leur trouée dans la conscience ; et le hambin, qui n'a pas encore droit d'entrée à l'école, sait déjà juger et raisonner à sa manière: avec des prémisses inexactes et parfois des conclusions ridicules, n'importe! il a sa dialectique h lui. Ni les passions égoïstes, ni les émotions affectueuses ne lui sont étrangères. Et sa petite volonté se manifeste, ne serait-ce que dans les caprices qui sont comme des batailles que l'indépendance naissante de son caractère livre k la volonté des adultes. Toutes les parties de la nature humaine, en un mot, sont représentées dans cette âme de quatre ans. Les diverses routes de l'activité sont tracées. L'enfant n'a plus qu'à y marcher d'un pas chaque jour plus ferme, sous l'action de plus en plus féconde et décisive de l'éducation. Et voilà pourquoi nous le laissons au moment où il va apprendre à lire, à écrire, au moment oîi à l'enfant succède l'écolier.

Les faits que nous avons recueillis ici, de toutes mains, mais avec choix, comme ceux que nous avons empruntés à notre expérience personnelle, ont été distribués et classés dans les cadres ordinaires et d'après les divisions consacrées delà psychologie usuelle. Ce que l'on peut dire de mieux en faveui'de cette distribution classique des matières, c'est qu'il n'y en a guère d'autre de possible. Nous avions été tenté tout d'abord d'adopter une division générale eu deux parties distinctes ' ; nous aurions examiné tour à tour « l'enfant avant qu'il parle » i — (1 Ft-nfant pendant qu'il apprend et après qu'il a appris Sf parler ». Mais les difficultés d'exécution nous ont obligé à écarter ce plan, qui aurait bien eu poui'tunt son intérêt ; il noua

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i'-M fallu revenir à tluux reprises sur les mêmes facultés, sur les mêmes fonctions ; consiL^rer, par exemple, la mémoire, l'imagination, avant et après l'acquisition du langage, et par suite nous condamner ft tomber dans de perpétuelles redites : le langage, quelque influence qu'il ait sur le développement do la pensée, ne constituant pas une ligne de démarcation très nette el une coupure bien tranchée.

A vrai dire, ce qui vaudrait le mieux, ce serait pas de divisions du tout. Quel contraste en effet entre la réalité et l'image que nous essayons d'en tracer, entre le modèle el la copie, entre l'enfant, dans son unité vivante, développant harmonieusement et du même coup l'ensemble des puissances de son corps et de son âme, et les études morcelées, fragmentaires, auxquelles nous réduisent les nécessités de l'analyse ! Mais c'est là le tort commun de toutes les recherches scientifiques. Et ces nécessités sont peut-être plus impérieuses, comme les inconvénients <jui en résultent sont plus sensibles encore, quand il s'agit de l'histoire de l'enfant, c'ost-à-dire d'un fitre en formation, dont les facultés sont en train de s'organiser, chez qui les phénomènes divers, comme des caractères d'écriture enchevêtrés, s' effaçant en quelque sorte et s'obscurcissantles uns les autres, constituent comme des couches successives, comme une série de palimpsestes superposés. Il s'en faut que nous ayons encore atteint la période de différenciation complète, qui caractérisera la maturité. Nous assistons à une sorte de fermentatioD, oii tout se môle et se confond. De sorte que, pour s'y reconnaître, il est d'autant plus nécessaire de multiplier les distinctions, les divisions de l'analyse, et de répartir dans les comlipartiments d'une sèche nomenclature des faits que la nature Agissante et toujours en mouvement a unis et associés. On se plaindra peut-être de trouver dans cet essai beaucoup trop de petites choses, beaucoup trop de minuties. Mais la psychologie Ë l'enfant ne peut être précisément qu'une collection de petits i menus qu'on se demande parfois où l'on trouvera des lots assez fins pour les llécrire. Ces petites choses d'ailleurs lont grandes par les conséqucnres qu'elles comportent, puis-

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