‹ L'évolution intellectuelle et morale de l'enfantChapitre 8 sur 76 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

Hère. Et de mî^me les animaux, dont on a pu dire quo « leur liistoire i^lait celle de la pensée avant Thoinine ",nui sont comme les ébauches de la nature s'essayant à l'ot^aHisalion psychique, nous aideront, par comparaison, à mieux comprcudn> quoli|Ufisimes des actions de l'enfant. Les beaux travaux de M. Romanes sur X IntelUgt-nce dos animaux, sur VÉvohttion mentais des animaux, renferment plus d'une considération suggestive, dont nous avons fait notre profil.

Avec ces (5léments multiples d'information, il n'y a pas à di5sesp<îrer qu'on puisse parvenir un jour, uprfts de nombreuses reprises et d'incessantes revisions, non seulement à diïcrire avec exactitude, mais encore à expliquer avec sûreté l'évolution des facultés de l'enfant. Déjà des essais ingénieux et mOme des teuvres considcVables ont paru. La meilleure preuve que le sujet est attrayant et l'entreprise pratique, c'est que la psychologie; de l'enfant esta l'ordre du jour; ù'est que de toutes parts physio« légistes et psychologues se sont mis à l'iEuvre, ont ouvert hardi* ment la voie, et se sont rapprochi^s du but, s'ils ne l'ont pas atteint tout à fait [Ij.

Ce n'est pas au moment où nous entreprt^nons nous-raômo un travail du mGme genre, iju'il peut nous convenir de signal» par oii pochent les tentatives de nos devanciers, tentatives qui ont rendu relativement faciles nos propres efforts. Nous aimons! mieux en faire ressortir le mérite et les qualités diverses. Tous ceux qui ont lu l'esquisse biographique ov Dai'win a résumé b observations sur son fils Doddy, reconnaîtront qu'il n'est pai possible de condenser en quelques lignes un plus grand nombrâ

(r) Voki las opuscules ou les ouvrages à signaler comniE les plus impoti tnats : 1° un mûuoire de TujEnnT TiKnsnAnN, traduit eu ISliO par M. Micusctif ol publii' dnns lo Journal général de l'InstfucHon publiqve (ce mémoire date de lTSt)i ■.x Daiiwxn, a Bioijrapl'ieal sketch of an infont [Mind, juillet 1877); 3° E. Eoonl Ol/ifrvaimts el réflcx'um sur le d€ixlûfipemfnt de Vinlelligeace el du langage ci la enfaiils. Puris, ISTS ; 3° Behnahi> Phrez, Les trois premières années de CenfaiA b* édition, 1801 (la prcuiiùre édition date de 1878); 6° Pheïed, Uie Stèle des Kinâ traduit ra frnui;iùs pal- M. de Vahiony. Pnris, Àlcoo, 18!i7. — Rappelons aussi li 'ttndes sur le langage deâ entants, publiées [inr Polloi^k, dans le Mind, Juillet. 187f l'article de AI. Taikg sur {' Aequisit'On du langage, dans la Beriie filiilosojihi (i" nnuùe, n" 1], et les olisurvattuns du M. Feuiu, dans la Filosofia dalle k\ itatiane, octobre IH7B lit 18SU, etc.

INTRODUCTiON.

de faits saillants et pri^cis, et que l'illusti-e naturaliste anglais aurait pu écrire l'hisloire de l'origine de l'âtue avec plus de BÛreli^ ot de certitude que celle de l'origine des espèces. M. E. I-Igger, en interprétant des notes de famille, a montré combien les connaissances philologiques peuvent servir à éclairer l'étude des progrès du langage et par suite de l'intelligence elle-môme. M. ïaine, dans quelques pages ti-op courtes, mais très nourries et li'ès pleines, a appliqué avec succès la méthode qu'il définit ailleurs en ces termes : » De tout petits faits bien choisis, impportants, significatifs, amplement circonstanciés et minulieuse- Lxaent notés, voilà aujouid'hui la matière do toute science (1) ». Nous saluons dans le livre de M. Prcyer un monument de patience germanique, et le plus riche répertoire d'observations qao nous possédions encore (2). Eiiliu M. Porez, avec son abouwjaoce d'anecdotes, recueillant en tous lieux ce qui concerne la Dvîe (le l'enfant, à la sortie des écoles, dans les squares ou les nourrices font prendre l'air aux bébés, jusque dans les faits divers des journaux, a beaucoup contribué à vulgariser, à populariser les études auxquelles il s'est consacré avec un zèlu persévérant et passionné.

Mais ce n'est pas seulement dans les ouvrages spéciaux et, pour ainsi dire, techniques, qu'il faut chercher les matériaux do notre travail. Ne laissons pas dire que la psychologie de l'enfant soit chose entièrement nouvelle. Les éléments, quelques élé- 1 ^ents au moins, en étaient épars depuis longtemps dans la plupart des écrits consacrés à l'éducation de l'enfance, notamment ns ceux qui, comme les œuvres mémorables de Locke et de Ijtousseau (3), ont été suscités par l'esprit philosophique. Il n'est tas d'éducateur, digne de ce nom, qui n'ait été entraîné par les iesoins de sou sujet à dire au moins quelques mots de la nature i l'enfant. De môme les mémoires, « les autobiographies »,

^I) M. Tawk, flnlelligmice, Prùface.

pilt) U- PnBVEit a observé aon flJs pendant [rois ans i chaque joar, le oiBlin, a ftUi et le soir ». (Voyei Prdface, p. vin.)

■ tp) Qu'est-ce que r£ini7« de Hoiissead, sinon, comme le (lûsait déjà remnrqucr

llaiiie (II! Bii'dn, " une eorle de psycholo((i(' pialiqne diins tout ce qui conceciio

WViirdre îuccessit du liéveloppeuient de nus fuculté» intellectuelles et uiurulea... »'(

INTRODUCTTON.

Bsoni sources utiles à consulter : à cnndition pourtant qu'on n'oU whWe- pas, d'abord que l'imaginalinn do l'homme, mftr, quand i Krevient par la pensiïe sur son enfance, est prompte à embellir^ M transfigurer les souvenirs vagues de ses premières années; ■en second lieu, qu'il n'y a guère que des esprits distingués, de ■grands écrivains qui se soient avisés de raconter les comraence- ■cienls de leur vie et les prouesses de leur jeune âge; que, par Bconséqucnt, on s'exposerait, en prenant leurs écrits à la lettre, mh se faire de la nature humaine une idée excessive, supérieure E& la moyenne, et à ne connaître enfin qne la psychologie ■'Enfants prodiges.

I S'il y a encore quelque indécision sur la question des méthodes KL employer, il ne saurait y en avoir sur celle du but à atteindre. Ml ne s'agit pas de dessiner seulement des portraits d'enl'ants, deai nortraits moraux, comme ceux qu'on trouvera dans VEnfant, Hde Dupanloup, des portraits de fantaisie poétique ou humoristique, comme en ont esquissé Champlleury. Gustave Droz, Hans leurs livres sur VEnfant^ ou encore Gavarni dans ses Rgendes des Enfants lernbles. 11 s'agit de tracer un tableau com- Hblet de la nature humaine à ses dt-buts et de son évolution. Un ' ■des premiers fondateurs de la psychologie infantile, Tîedemann, B^ttachait une très grande importance h. la question des dal n'enfant a suivi du regard la lumière et distingué les objets au Btrente-sixicme jour; il a souri ou pleuré à la seizième ou à la dixfcoptième semaine. Une chronologie psychologiquea certainement Bbou importance. Mais Tiedemann reconnaissait lui-même qu'il fest impossible, en pareille matière, d'établirdes règles générales ■et absolues. Il y a une telle différence d'un enfant à un autre, psous le rapport de la précocité (t), qu'on ne nous apprend j: Bgrand'chose en nous disant : « Doddy a ou son premier bégaie- Rment au CL'utième jour; Axel a fait son premier pas h quinze wnois. " Toul au plus, en mullipliant les expériences, peut-on.

K (I) C'est CE que tait retuiirquer M. Pollock, dans son ôtaile sur les progrès dU Bve'^c '■ ° Cliililtvn diffrr un miak in /'oriuar'incaa titat Ihe lime ofpavticular acqui- Kîtion seems ni' liltte importance ai compared wiUi llieîr order. a {Mind, Juillet

IPiTHODUCTlON. XKI

arriver à une moyenne qu'il n'est pas inutile de connaître {!). Mais ce qui a un tout autre intérêt que la question de dates, (■'est de déterminer dans quelles circonstances le sourire, les jileurs apparaissent, dans quelles conditions et sous quelles formes se produisent les premières paroles ou les premiers pas ; c'est, en uo mot, de déterminer l'ordre de développement ou d'évolution des faits psychologiques, ordre dont la marche peut être accélérée ou ralentie, mais qui, en lui-même, dans la succession et l'enchaînement des phénomènes qui le constituent, est toujours le môme et reste invariable d'individu h individu (2).

11 y a évidemment des lois de la nature qui président à la genèse des facultés; le tout est de découvrir ces lois.

Dans les explorations que nous allons diriger de ce côté, quelle est d'ailleurs la limite extrême, quel est le point final où s'arrêteront nos recherches? Nous ne dépasserons pas l'âge do six à sept ans : six ans, l'âge scolaire, sept ans, l'âge théo- ■logique, l'âge où « les péchés comptent ». M, Egger pousse Kaes observations jusqu'à la dixième année, et s'il ne va pas plus loin, c'est que, dit-il, « à partir de cet âge, le grand nombre et la variété des opérations apprises restreignent chaque jour le jeu spontané des facultés ». Cette raison, fût-elle la seule, serait de nature, nous semble-t-il, h nous arrêter beaucoup plus tôt, et tout au moins à l'entrée de l'école. Dans l'opinion générale, la première enfance s'étend jusqu'à sept ans (3). Mais au point de vue qui nous intéresse, la véritable enfance, Is période de formation, s'achève un peu avant. Ce sont les

I trois ou quatre premières années qui importent surtout, pour

II (I) U est d'nilleui's bon d'ajouter que, même dana une existence individuelle, il \VB saurnit être question d'établir une date précise pour l'apparition de telle ou

lelle faculté : les facultés, loin d'avoir une ériosion soudaine, ctomportont toujours une lente et longue préparation.

[S) Il Tel enfant se développe rapidement, tel autre lentement; on constate de»

iUBinalX» individuelles des plus considérailes, même chez les enfants des mêmes

Mis ces différences portent bien plus sur l'époque et le degré, que sur

frwdre de luccession et d'apparition des divers phénomènes du développement;

r l'esseace de ces phénomènes est identique chez tous. >> {i{, Pheyer. Préface,

f] ■• InfunU'a primas seplem annon xlnlis habtt ", disait Stnhl,

Page 1