‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 116 sur 525 · III. — coup d'œil d'ensemble · texte numérisé non relu

III. — coup d'œil d'ensemble

Dans ce chapitre, nous venons de parcourir à peu près une demi-circonférence du globe, en interrogeant au point de vue du droit pénal des peuples de races diverses, ayant seulement en commun d'être parvenus au même stade d'évolution politique. Néanmoins, dans leur manière de concevoir et de rendre la justice, nous avons constaté chez tous ces peuples, une grande ressemblance. On est donc fondé à voir dans ces similitudes un résultat nécessaire et spontané de l'évolution sociale elle-même et l'on y est d'autant plus autorisé que la justice des petites monarchies barbares se rattache visiblement à celle des tribus monarchiques, qui les ont précédées.

Dans les unes et les autres, la conception générale du droit est tout à fait grossière. La justice abstraite est ce dont on se soucie le moins. La notion de crime n'existe pas; il y a simplement des torts, que les offensés ont le droit de rendre, et souvent ils s'efforcent de le faire exactement; car l'idée du talion s'est précisée dans les esprits. Fréquemment Ton s'efforce d'infliger à l'offenseur et aux .siens, car la justice est volontiers collective, exactement le dommage causé, et parfois, si possible, avec les mêmes instruments. Le talion vengeur tâche aussi de frapper, de mutiler le membre, l'organe même qui a servi à commettre le méfait. Pourtant, comme le goût de la propriété s'est considérablement déve-

loppé, on consent, sans trop de peine, à transiger et à commuer la vengeance en une profitable indemnité.

Si les intéressés étaient seuls en cause, ce mélange de vengeance et de composition constituerait toute la justice ; mais ils sont sous le joug d'un maître, qui, par orgueil et par avidité, s'est constitué le grand juge de son peuple. Dans cette fonction, le souverain trouve à la fois du prestige et du profit ; car il convertit en amendes versées dans son trésor une partie des compositions pécuniaires. Toujours il châtie avec fureur tout ce qui lui semble attentatoire à son omnipotence; mais, pour le reste, il observe en gros les coutumes traditionnelles, se réservant d'ailleurs de les enfreindre, quand il y est poussé par ses caprices, ses passions ou ses intérêts. — Sans la moindre vergogne, il se permet tout ce qu'il punit chez les autres et ne saurait, en effet, ni voler, ni assassiner, etc., puisque ses sujets lui appartiennent corps et âme. Par conséquent il perturbe sans cesse les anciennes coutumes et démoralise la justice primitive. Souvent aussi il change, complique et aggrave les supplices. C'est, par exemple, le roi M'tésa s'amusant à faire désarticuler lentement les adultères, etc.

D'autre part, les croyances superstitieuses ou religieuses (c'est tout un) altèrent aussi la procédure; en même temps qu'elles créent des crimes spéciaux, purement imaginaires. Le sorcier se métamorphose de plus en plus en prêtre; son intervention et ses pratiques de magie s'imposent dans les conflits juridiques; les ordalies deviennent la grande ressource des juges et des plaideurs dans l'embarras.

Tout cela, notre enquête l'a suffisamment mis en lumière. Je me bornerai donc à ce bref résumé, qui a seulement pour objet de bien déterminer le point où nous sommes parvenus dans notre étude ethnographique de l'évolution du droit.

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