‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 220 sur 525 · Voy. de Marco Polo · texte numérisé non relu

Voy. de Marco Polo

Les livres anciens de la Chine ne parlent guère et ne peuvent guère parler de la période primitive, antérieure à l'histoire, mais des traditions, des survivances de cette époque sauvage subsistent encore dans le code écrit. Des peines expressives attestent qu'en Chine, comme ailleurs, le talion a été la forme première de la justice et nous l'avons trouvé pleinement en vigueur encore au Japon, jadis civilisé par la Chine. Les primitifs occupants de la Chine, les c cent familles aux cheveux noirs », vivaient sûrement sous le régime du clan et leur justice devait être grossière, comme celle de la Mon* golie et du Cambodge. Le principe de la responsabilité collective, conservé pour certains cas dans le code chinois actuel, suffirait à l'établir et nous savons, d'autre part, que le clan familial est toujours très vivant dans le Céleste Empire.

L'histoire de la Chine nous apprend que ce pays, comme la plupart des autres, a passé du régime républicain des clans à la monarchie despotique et nécessairement cette évolution a dû influer grandement sur son organisation judiciaire. Il est probable qu'au beau temps de la monarchie chinoise, quand le souverain possédait la réalité du pouvoir absolu sans l'atténuation qu'y a apportée l'institution du mandarinat lettré, la justice des Célestes devait ressembler très fort à celle des monarchies indo-chinoises, au moins à celle du Japon. Ce qui rendit cette justice plus raisonnable et plus humaine, ce fut l'attachement fanatique de la nation pour les usages traditionnels, les coutumes des ancêtres. Tout en se soumettant à la monarchie absolue, les Chinois conservèrent autant que possible les mœurs juridiques du clan repu-

blicain et un respect religieux pour l'organisation familiale, sur laquelle on s'efforça même de modeler celle de l'Empire. L'empereur et ses délégués eurent la prétention de juger en bons pères de famille et de punir les coupables, la mort dans l'âme. Il va sans dire que la théorie familiale était, en fait, inapplicable ; pourtant elle inspirait aux législateurs et souvent aux juges une mansuétude relative et elle contribua aussi à les garder de certaines erreurs, dans lesquelles est tombée l'Europe. En Chine, la métaphysique ne fournit pas à la justice de prétendus principes abstraits, comme l'idée d'un sens du juste inné, la fiction du libre arbitre, etc. Jamais le législateur chinois n'a quitté le sol, le terre-à-terre des faits; le plus souvent il s'est inspiré de l'utilité sociale, entendue comme le comportait l'état politique du pays. On s'est efforcé de faire respecter l'organisation familiale, d'une part ; l'empereur et les fonctionnaires impériaux, de l'autre, mais sans considérer ces derniers comme des êtres supérieurs, devant jouir de droits inconnus au vulgaire. Au contraire, dans l'intérêt du bon ordre social, on admit que la somme de responsabilité devait grossir avec l'élévation du rang et le degré de l'instruction ; aussi le Gode chinois est peut-être le seul au monde, qui, pour une même faute, punisse les grands plus sévèrement que les petits. La plupart des empires barbares ont fait précisément le contraire, et nos codes d'Europe appliquent aveuglément la même pénalité à tout le monde.

Sous ce rapport, la Chine a donné au monde un bon exemple, qui doit nous rendre indulgents pour les nombreuses traces de barbarie subsistant encore dans ses codes.

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