‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 247 sur 525 · I. — l-E TALION POUR MEURTRE · texte numérisé non relu

I. — l-E TALION POUR MEURTRE

En commençant ce livre, j'ai dit que la justice de tous les peuples avait commencé par reposer sur un principe des

plus simples, celui des représailles, du coup pour coup. Cette proposition générale a été depuis confirmée pir l'étude que nous avons faite de la justice chez toutes les races de couleur. Les races blanches qui, au point de vue mental, sont simplement des types humains en général plus développés que les autres, vont, comme nous l'avons déjà va chez les Berbères, apporter de nouvelles preuves au fait de l'universalité du talion primitif ; mais c'est surtout chez les Arabes que la retaliation est nettement, ostensiblement établie, comme la base même de la justice.

L'enquête poursuivie jusqu'à ce moment nous a montré, qu'au fur et à mesure de leur développement social, les peuples s'écartent du talion brutal, tel qu'il est exercé duran t le stade de sauvagerie. Avec le temps, la retaliation finit par ne plus se manifester, dans la législation pénale, que par des survivances dont le sens même est parfois voilé, oublié; par exemple, par des peines dites expressives, c'està-dire s'efîorçant de copier les actes qu'elles punissent. — Il n'en a pas été ainsi chez les Arabes, dans les lois desquelles le talion s'étale encore sans la moindre vergogne, malgré le développement relatif de leur civilisation. C'e^l que cette civilisation est restée, avant tout, théocratique; c'est que la loi civile des sectateurs de Mahomet ne s'est jamais séparée de leur loi religieuse ; c'est que le texte sacré du Koran, rédigé à une époque fort barbare encore, na pas cessé de servir de règle à la vie sociale des Musulmans: or, les textes sacrés sont immuables; car leur prétention est d'exprimer la volonté divine elle-même. Tout l'effort des jurisconsultes arabes, et il y en a eu de fort subtils depuis Mahomet jusqu'à nos jours, a consisté seulement à peser, à éplucher les versets du Koran, à les amender par d'ingénieuses interprétations, comme nous Talions voir en continuant notre étude.

Le prophète qui, sûrement, ne faisait que formuler les vieilles mœurs préislamiques, a été, en parlant du talion, aussi net que possible : « 0 croyants, s'écric-t-il, la peine du talion vous est prescrite pour le meurtre. Un homme libre pour un homme libre; l'esclave pour l'esclave ; une femme pour une femme1. » — « Dans ce code, nous avons prescrit aux Juifs : âme pour âme, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures sont punies par la loi du talion9. »

Mais déjà, à l'époque de Mahomet, le talion s'était amendé dans la pratique et n'était plus absolument implacable : la composition était admise; le pardon même était permis. Tout cela se reflète dans le livre saint : « Celui qui obtiendra le pardon de son frère sera tenu de payer une certaine somme et la peine sera prononcée contre lui avec humanité3. » — Ailleurs le prophète recommande d'employer en aumônes la composition perçue, de renoncer même à la rigoureuse application du talion : « Celui qui, recevant le prix de la peine, la changera en aumône fera bien*. » — € Quand vous exercez une vengeance pour des injures reçues, faites qu'elle soit analogue à celle que vous avez soufferte ; mais si vous préférez les supporter avec patience, cela profitera mieux à ceux qui auront souffert avec patience 5. » — Ces co nseils pleins de mansuétude n'infirment pourtant en rien le principe même du talion : c Dans le talion, dit Mahomet, est votre vie, ô hommes doués d'intelligence0! » Voilà les textes sacrés. Écoutons maintenant les jurisconsultes, et consultons aussi les mœurs. Le plus célèbre des jurisconsultes

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