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L'Évolution de la morale

lstouaneau. — L'Évolution juridique. 1

j'ai montré comment se forment, dans le cerveau humain, certaines tendances morales, instinctives et héréditaires, sur lesquelles la métaphysique a basé son hypothèse des idées innées. Il serait au moins superflu de revenir aujourd'hui sur cette démonstration; mais j'en dois rappeler la notion fondamentale, qui repose tout entière sur un grand fait biologique.— La cellule nerveuse douée de conscience, la cellule cérébrale est par excellence un appareil enregistreur: les sensations et impressions qu'elle perçoit ne s'y produisent qu'en laissant derrière elles des sillons psychiques, des empreintes reviviscentes, qui, à la seule condition d'ètp renouvelées un nombre suffisant de fois, nombre variable suivant la qualité des centres nerveux, finissent par engendrer des impulsions spontanées, des tendances héréditaires. Ce fait est vrai pour les animaux supérieurs aussi bien que pour l'homme ; mais, dans le cerveau humain, certaines de ce? tendances suscitent, sous l'influence de la vie sociale, des manières spéciales de sentir, par suite de penser. Telle est la raison d'être, fort simple, de ce que les métaphysiciens ont appelé et appellent les idées innées. '

Mais, nous l'avons constaté déjà pour plusieurs des grandes manifestations de l'activité sociale, les diverses agglomérations humaines ont, sous le fouet de la nécessité, évolué en général de la même manière; l'analogie de la longue éducation ancestrale a donc modelé, sur un plan analogue aussi, h cerveau des divers peuples parvenus à un même stade è civilisation, d'où une certaine uniformité dans le mode de sentir, et de penser, du moins à propos de quelques sujet d'intérêt très général, notamment du bien et du mal, du juste et de l'injuste. Cette appréciation, si simple pour qui s'inspire de la grande doctrine évolutive, les métaphysiciens non seulement n'y sont point arrivés autrefois, ils la rejettent aujourd'hui encore, fermant les yeux à l'évidence même.

Pour eux, les grandes idées morales ont une origine surnaturelle. C'est la divinité, qui les a implantées non dans le cerveau, mais dans « l'âme » de tous les hommes sans distinction de race ou d'époque ; ces idées seraient essentielles à la constitution même de l'esprit humain. Comme ces vues si radicalement erronées dominent encore la philosophie du droit pénal, je m'y arrêterai un moment; car avant de construire, il importe de déblayer d'abord le terrain.

Après les considérations, que j'ai tout à l'heure formulées, surtout après mes précédentes études, il me suffira presque, pour faire toucher du doigt l'inconsistance des axiomes métaphysiques, de procéder par citations, choisies entre beaucoup d'autres, et même sans remonter plus haut que le xvni* siècle; car, sur ce sujet, la métaphysique de tous les temps, de tous les pays et de toutes les écoles est d'une désespérante monotonie. — Écoutons d'abord Voltaire, qui, sur la question des idées innées, a été chrétien sans le vouloir : € Qui nous a donné, dit-il, le sentiment du juste et de l'injuste? Dieu, qui nous a donné un cerveau et un cœur... Dieu nous a fait naître avec des organes, qui, à mesure qu'ils croissent, nous font sentir tout ce que notre espèce doit sentir pour la conservation de cette espèce... Le fond de notre âme, nos principes seront éternellement les mêmes1. »

Sur ce sujet, le matérialiste Diderot ne pense pas autre ment, au fond, que le déiste Voltaire : € Les maximes gravées, pour ainsi dire, sur les tables de l'humanité sont aussi anciennes que l'homme et ont précédé les lois auxquelles elles doivent servir de principes; mais ce sont les lois, qui, en ratifiant ces maximes et en leur imprimant la force de l'autorité et des sanctions, ont produit les droits parfaits, dont l'observation est appelée justice, la violation injustice K »

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