‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 26 sur 525 · Encyclopédie. Article lu* te · texte numérisé non relu

Encyclopédie. Article lu* te

4 X'ÊVOLUTION JURIDIQUE.

Mais qui donc aurait ainsi gravé complaisamment ces • maximes sur € les tables de l'humanité »? À ce sujet Diderot ne fait pas intervenir, comme Voltaire, la puissance divine. Il remplaçait probablement Dieu par une autre entité plus moderne et habituellement invoquée par les philosophes du siècle dernier, par la Nature. « La Nature, disait ironiquement et cette fois justement J. de Maistre, quelle est cette femme ? »

Consultons maintenant le roi des métaphysiciens, cité et vanté plus souvent peut-être qu'il n'est lu, le sec et logique E. Kant : « Il n'y a, nous dit-il, qu'un seul droit naturel et inné4. » L'idée du juste est, pour lui, un impératif catégorique; elle n'a rien avoir avec la réalité et l'expérience. Ses ordres sont absolus; il faut leur obéir indépendamment de toute considération pratique, sans songer ni au bien de la société, ni à celui du coupable : c La peine juridique, c'està-dire le châtiment prononcé par la loi pour un crime ou un délit contre la loi, ne peut jamais être infligée, comme moyen de procurer un autre bien, même au profit du coupable ou de la société dont il fait partie, mais parla seule raison qu'il a fait le mal2. » La maxime est d'une rare insanité; mais elle ne saurait surprendre sous la plume d'un philosophe, aux yeux de qui le contentement que l'on éprouve en faisant une bonne action était chose immorale. Kant est un métaphysicien fanatique, absolument détaché des petits intérêts humains. II veut que la peine soit strictement eu proportion du mal moral commis et, pour obtenir ce résultat mathématique, la seule loi convenable à ses yeux est celle qu'a trouvée du premier coup l'humanité' sauvage et barbare: la loi du talion : « Seul, le droit du talion (jus talionis) peut donner déterminément la qualité et la quantité de la peine,

1. Introduction à la métaphysique des mœurs. 3. Métaphysique du droit, partie II, sect. I„ § 49.

mais à la condition, bien entendu, d'être apprécié par un tribunal et non par le jugement privé. Tous les autres droits sont chancelants1. »

Nos métaphysiciens plus modernes ou contemporains n'ont pas, il s'en faut, cette inflexible rigueur de raisonnement; directement ou non, la philosophie expérimentale fait, dans leur esprit même, échec à leurs principes abstraits; mais sur le dogme de l'innéité des idées du juste et de l'injuste ils sont aussi intraitables que leurs devanciers. Je leur emprunterai quelques citations caractéristiques: € La distinction du bien et du mal, dit l'un d'eux, est naturelle à l'homme; elle luit dans son intelligence par le développement d'une faculté supérieure, que l'on appelle raison. » — « La Nature a mis au fond de nos cœurs des sentiments de justice pour en faire la règle de nos actions*. >

Voici maintenant un légiste non moins métaphysicien que les philosophes, dont c'est particulièrement le métier : « La justice humaiàe, écrit-il, est une loi naturelle, un élément du système moral dans ce monde, comme la gravitation est une loi du système physique, destiné à retenir les corps dans l'orbite qui leur est tracée 3. »

Dans un petit livre intitulé Philosophie du droit pénal, un des derniers champions de la métaphysique contemporaine revient encore sur l'innéité et l'universalité de l'idée du juste : « Je ne veux, dit-il, toucher à la loi pénale écrite que pour la soumettre au contrôle de cette loi éternelle, dont parle Cicéron, de cette loi, qui est la même à Athènes qu'à Rome, et dont le texte ne se trouve nulle part, sinon dans la raison divine et dans la conscience du genre humain4. »

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