‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 272 sur 525 · IX. — l'évolution de la justice chez les arabes · texte numérisé non relu

IX. — l'évolution de la justice chez les arabes

Les documents, d'origine diverse, que je viens de citer ou de résumer, nous permettent maintenant de nous représenter l'évolution de la justice chez les Arabes. — Les phases tout à fait primitives nous échappent. En effet, dès la période anté-islamique, les Arabes vivent en tribus monarchiques et sont déjà jugés par des magistrats spéciaux, les kadis, quand le cheik, le chef politique, ne rend pas en personne la justice. Nulle trace, chez les Arabes, de la phase républicaine, vivante encore en Kabylie, et durant laquelle la fonction judiciaire est exercée par l'ensemble des hommes adultes et politiquement égaux. Mais une survivance, qui a persisté jusqu'à nos jours, celle du talion familial, atteste un état bien antérieur au régime de la tribu républicaine, une phase anarchique, pendant laquelle chacun se vengeait à sa guise, seul ou avec le secours de son clan.

Le Koran est l'expression du second stade judiciaire chez les Arabes. Son rédacteur s'est sûrement borné à fixer en formules, en articles de loi, les mœurs régnantes de son temps, en s'efforçant d'amender quelque peu certaines d'entre elles. Le Prophète n'eut même pas l'idée d'abolir le talion ; il se borna à le réglementer, ce qui fut déjà un progrès, un frein mis aux féroces caprices de la vengeance.

Les jurisconsultes continuèrent l'œuvre de Mahomet,

mais sans aller beaucoup plus loin que le prophète. Seulement ils revendiquèrent pour les juges le droit de prononcer ■un bon nombre d'applications du talion et s'efforcèrent de faire rentrer les cas particuliers, si variés qu'ils fussent, dans les articles de loi, souvent très généraux, édictés par le Prophète. Sans heurter de front des textes sacrés, qu'il eût été sacrilège de modifier, ils les interprétèrent, les commentèrent, parfois très subtilement. Au total, ils en adoucirent la rigueur, mais sans y introduire aucun élément nouveau, ce qui eût été d'ailleurs fort difficile; car les codes théocratiques sont rigides et ils se bornent à définir le délit, à en déterminer la punition, une fois pour toutes. Les juges, enchaînés par la lettre de la loi, n'ont plus ensuite qu'à constater les infractions et à les châtier de la manière indiquée. Pour amender ces législations réputées divines, il faut, de toute nécessité, en tourner les prescriptions, les interpréter subtilement et avec une grande liberté, surtout pouvoir y ajouter de nouveaux articles. Tout cela s'est fait en d'autres pays; mais l'esprit arabe est simpliste, les aspirations de la la race vers le progrès sont extrêmement faibles ; aussi la législation islamique n'a guère subi, depuis le Prophète, que des modifications de détail.

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